Communiquer pour convaincre
Ce redéploiement est avant tout destiné à augmenter le temps d’animation. Jusqu’alors, si Nièvre et Yonne étaient plutôt bien dotées avec un ou deux animateurs pour seulement cent Cuma chacune, Côte-d’Or et Saône-et-Loire ne comptaient qu’un seul animateur par département pour respectivement 220 et 265 coopératives. L’embauche d’un animateur supplémentaire et la régionalisation des moyens humains permettront de garantir un équivalent temps plein pour cent Cuma dans toute la Bourgogne. En Saône-et-Loire, cela se traduira désormais par la présence de deux animateurs au lieu d’un seul sur le terrain.
Enrayer l’essoufflement…
Cet effort d’animation est avant tout dicté par le constat d’un essoufflement du mouvement Cuma chez les agriculteurs. Si les coopératives existantes investissent encore, elles le font « sans apporter d’innovation majeure », déplorent les responsables de la FDCuma 71. « De plus, de nombreux agriculteurs se tournent vers les services des entreprises de travaux agricoles », d’où une moindre sollicitation de la fédération des Cuma pour accompagner des projets collectifs. C’est sur la zone allaitante que le constat semble le plus préoccupant. Historiquement très en pointe du mouvement Cuma, ce secteur semble avoir perdu son dynamisme en la matière. Un ralentissement du renouvellement du matériel y est constaté et malgré les difficultés liées aux tâches administratives, les Cuma "allaitantes" se tournent pourtant peu vers leur fédération.
Un fait qui a poussé cette dernière à réaliser une enquête auprès de ces Cuma « peu demandeuses ». Confiée à des étudiants d’une école supérieure d’agronomie, l'étude a mis en évidence le manque de communication dont souffre le réseau. La moitié des enquêtés (tous "cumistes") disent ne pas connaitre la fédération des Cuma ! Un chiffre à rapprocher au fait que seules 30 % des Cuma de Saône-et-Loire sont rencontrées annuellement par la fédération.
Du « souk » au « salon professionnel » !
Le travail des élèves-ingénieurs a aussi permis de dresser une typologie de la manière dont les Cuma sont perçues par leurs adhérents. Une classification éloquente dans laquelle la Cuma peut aussi bien être appréhendée comme un « souk », une « grande surface », une « épicerie du coin » ou encore une « brocante » ! Seulement un quart des sondés vivent leur Cuma comme une « coopérative » à part entière avec l’esprit « d’engagement, de lien social, de solidarité et de travail en commun » qui va avec. Pour plus de la moitié des enquêtés, c’est souvent le manque d’organisation, d’ambition et de service qui ressort. Le rapport avec l’organisation semble aussi perverti par un certain opportunisme ; une relation qui, à l’instar de l’avenir des coopératives en question, parait très incertaine.
Face à la hausse des charges
Tous les enquêtés se retrouvent en tout cas sur un point : la réduction des charges de mécanisation est la motivation principale. Le contexte économique - face à des marchés de plus en plus volatiles - ne fait qu’accentuer cet impératif. Or pour faire baisser le coût d’une mécanisation devenue très sophistiquée, dans le cas d’exploitations à dimension humaine, il ne semble guère y avoir d’autre idée que le modèle Cuma. Dans le cadre de sa régionalisation, le réseau Cuma de Bourgogne se fixe d’ailleurs comme objectif une diminution des charges de mécanisation de -50 €/ha en agriculture-élevage et -500 €/ha en viticulture. A cela, il faut ajouter la possibilité de répondre collectivement « aux problèmes environnementaux, au développement des circuits courts ou encore à des besoins de main-d’œuvre ponctuels », argumentait le président Jean-Michel Desmard. Ce sont ces évidences qui ont guidé le réseau Cuma dans sa restructuration régionale. Une régionalisation combinée à un redéploiement des missions d’animation sur le terrain. Reste que pour financer cette redynamisation du réseau, les Cuma adhérentes devront consentir un effort sur leurs cotisations. Une aide du conseil régional devrait atténuer cette hausse.
En mission à Madagascar avec Afdi
Du 15 au 28 mai prochain, dans le cadre d’une mission organisée par Afdi Bourgogne et la fédération des Cuma, Alain Saunier, agriculteur à Ciry-le-Noble, ancien président de la FDCuma de Saône-et-Loire, et Etienne Courtat, jeune retraité, ancien animateur de la fédération régionale des Cuma, se rendront à Madagascar. L'Afdi Saône-et-Loire travaille depuis une quinzaine d’années au développement de l’agriculture du sud-ouest malgache. « Notre mission était au départ de mettre en place des organisations paysannes. En 1997, cela s’est traduit par la création de la Maison des Paysans, une structure collective de formation et de commercialisation des produits agricoles. Par la suite, les activités ont été recentrées sur trois axes majeurs : vulgarisation, semences et mécanisation. L’agriculture malgache n’arrive pour l’instant pas à nourrir sa population. Avec une période humide trop courte, il faut pouvoir travailler les terres très vite, d’où la nécessité d’une mécanisation groupée (microtracteurs, motoculteurs) », explique Marc Gauthier, responsable Afdi pour la Saône-et-Loire. C’est dans ce cadre que la fédération des Cuma de Saône-et-Loire a décidé de participer financièrement au projet mené par l'Afdi et c’est à ce titre qu’Alain Saunier et Etienne Courtat se rendront sur place pour rencontrer les organisations professionnelles locales.