Jeunes Agriculteurs
Contractualiser ou non ?
Vendredi à Saint-Usuge, les Jeunes agriculteurs s’interrogeaient sur leur futur. Rien de plus normal pour eux qui préparent et installent l’avenir agricole. Reste qu’à la question "La contractualisation est-elle une solution pour les agriculteurs ?", les réponses apportées étaient parfois bel et bien opposées. En tout cas, une nouvelle fois pour ce qui concerne la filière viande. Une fois de trop ?
Le président des Jeunes agriculteurs, David Bichet, avait prévenu dès son mot d'accueil : « les débats seront riches ». Une vérité au vu du niveau des différentes interventions qui ont suivi à Saint-Usuge vendredi dernier.
Premier à s’exprimer, Yves Largy, président de Global, voyait dans la contractualisation « un espoir pour les revenus » des éleveurs. Il rajoutait cependant « un bémol » : celui de leur enlever « la culture de négocier le prix des animaux ».
Autre coopérateur et président, Guy Fonteniaud pour Charolais Horizon estimait, pour sa part, que les éleveurs s’engageant « à livrer leur production à une organisation de producteurs n’est plus suffisant. Il faut aller plus loin dans la démarche qualité (AOC…), dans la proximité (démarches locales…) et dans la régularité de l’approvisionnement ». Problèmes identifiés par tous les participants, la filière bovine est « désorganisée », « pauvre » et dégageant « des résultats faibles ». Yves Largy n’hésitait pas à dire qu’elle « a dix ans de retard sur les filières volailles ou lait ». Pas simple donc dans ces conditions...
Quels indicateurs de marché ?
Dès lors, André Bonnard, éleveur laitier dans la Loire et administrateur de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), estimait que la contractualisation « ne supprime pas la part de négociation des prix dans le lait. Il faut simplement mettre noir sur blanc le prix dans le contrat ». Conclusion, le contrat n’est certainement pas synonyme automatiquement de facteur de plus-value. Pour lui, « c’est l’organisation des contrats » qui est payante, « sinon, cela devient des contrats d’intégration » ! Il rejetait aussi immédiatement l’idée que la filière bovine serait plus segmentée que celle des produits laitiers. « L’interprofession (Cniel) négocie des indicateurs de marché –lait, poudre, beurre– qui forment une PARTIE du prix qui entoure ensuite le marché », précisait-il. En quelque sorte, une entente sur le prix minimum d’un coût de revient de la production, où il est déconseillé de vendre, sous peine de risque de pertes financières, si les charges augmentent et ne sont pas rapidement intégrées aux prix de vente.
Monopole ou régulation ?
Représentant les opérateurs privés, André Beaucarnot « reste prudent » sur ce qu’on entend par contractualisation et « sceptique » sur la capacité de cette dernière à faire remonter les prix. Pour lui, le marché ne se portera mieux que si la consommation de viande est là. Il évoquait la possibilité que ces contrats « suppriment une partie de la concurrence », avec un vrai risque final de voir le « monopole » d’un opérateur. Il ne s'avançait pas à dire s'il sera issu du secteur privé ou coopératif, du milieu agricole ou financier...
Apportant son analyse, Didier Laurency, président de la coopérative Bourgogne du Sud, exprimait quant à lui une notion intermédiaire semble-t-il. Celle d'un « prix de campagne » qui permet de commercer sur le marché des céréales avec « des cours qui se font, de la récolte jusqu’à la commercialisation, et ainsi permettant de lisser les variations de prix trop importantes ».
La contractualisation interfilière, notamment entre élevage et grandes cultures, n'était finalement que très peu discutée tout au long de la journée.
Sécurisation ou intégration ?
Autre modèle, Cyril Loiseau, technico-commercial chez LDC, parlait plutôt de « contrat de sécurisation ». En volailles, cette société « commande les poussins » souligne ne faire « produire que ce qui est déjà vendu ». Le prix est alors défini en trois "points" : prix de poussin, prix aliment et prix de reprise. Avec 800 personnes travaillant à Branges, LDC vise à augmenter encore sa production de 20 % et envisage de recruter pas moins de cent nouveaux producteurs sur la région, « dans un rayon de 120 km » autour de l’usine de Branges.
Apportant sa vision externe d’éleveur laitier, Régis Dumey analysait que l’opérateur « qui compte en viande, c’est Bigard ». Allant plus loin, André Bonnard pense même que « Bigard a la chance de contrôler 60 % du marché. Il a la capacité de s’approvisionner où il veut. La valeur ajoutée est passée de la Grande distribution à Bigard ». Non présent à la réunion des JA, l'avis de Jean-Paul Bigard sur le sujet aurait été intéressant, lui qui préside en plus la Fédération nationale des industriels et des commerçants de la viande (FNICGV).
Jeune éleveur à Dompierre-sous-Sanvignes, Eric Jouanon se levait au fond de la salle et reposait la question centrale : « Messieurs, êtes-vous capables demain de faire monter les prix ? ».
Vite, on crève !
Une question claire faisant taire la salle. Tous les regards se braquaient alors sur les intervenants. Malheureusement, aucune certitude n'était possible. Des contrats seuls, sans organisation du marché derrière, risquent donc de reproduire le même schéma « atomisé », « sans cohésion » et sans revenu. David Bichet reprenait alors la parole et exprimait le sentiment général du terrain : « ce qu’on reproche, ce ne sont ni les efforts, ni les initiatives mais le fait que cela ne va pas assez vite ! Nous, on crève. À notre niveau, l’offre et la demande semblent biaisées. Quand vous vous tirez la bourre entre opérateurs, c’est le dernier maillon de la filière –les éleveurs– qui est pénalisé ». Pour lui, après toutes ces tentatives et ces rendez-vous manqués, « à nous maintenant d’imposer notre prix ! ». Sécuriser l'avenir est une nécessité pour les Jeunes agriculteurs. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas hésité à contractualiser symboliquement avec une grande surface du département pour faire réagir les opérateurs privés et coopératifs. Est-ce que cela a marché ? L’histoire le dira…
Henri Brichart estime « nécessaire que les adhérents de coopératives soient consultés »
Dans une lettre ouverte du 24 mars, le président de la FNPL, Henri Brichart rappelle que « les coopératives ont obligation d'adapter leur règlement intérieur, voire leurs statuts, en conformité avec la loi, et ce, avant le 1er juillet 2011 » dans le cadre de la contractualisation. Le responsable syndical écrit « qu'il lui apparaît donc nécessaire que les adhérents soient consultés sur ces évolutions, même si c'est au conseil d'administration de les proposer ». « Les éleveurs adhérents de coopératives auront donc soin de solliciter cette consultation si la coopérative ne l'a pas organisée », prévient Henri Brichart dans sa lettre. « Ils auront également à cœur de vérifier que ces évolutions prennent bien en compte l'ensemble des dispositions interprofessionnelles, y compris sur les éléments d'évolution du prix du lait », ajoute-t-il. Pour le président de la FNPL, « les éleveurs doivent se préparer à ce tournant dans notre histoire laitière ». Selon lui, « (...) les contrats qui permettront une garantie de prix sur le long terme. En revanche, ils deviennent nécessaires, dans un monde qui se privatise ».
Contractualisation interfilière : des propositions concrètes de la filière végétale pour le 29 juin
Le 29 juin devra être rendu, au ministère de l'Agriculture, par la filière végétale un rapport comportant des propositions de contrat type entre filières animale et végétale. Cette annonce de Philippe Pinta, directeur d'Orama, fait suite à la première réunion sur la contractualisation interfilière qui s'est tenue, le 24 mars, avec Bruno Le Maire, au ministère de l'Agriculture. « Il nous faut encore du temps », s'est-il exclamé car « nous devons rentrer dans le concret ». Ce rapport à rendre fin juin est qualifié de « tardif », surtout dans un contexte de « survie » pour les éleveurs. De plus, pour Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine, « on ne peut pas imaginer un contrat interfilière, sans un autre mode de fixation du prix du porc que celui du marché spot ». Dans ce sens, Coop de France avance l'idée d'« un marché à livraison différée permettant d'assurer aux éleveurs une visibilité sur les prix pour une durée à minima d'une bande ».
Contractualisation : Coop de France fait des propositions
Coop de France travaille la mise en place de relations contractuelles entre les filières végétales et animales. Réunissant en son sein à la fois la collecte des grains (Coop de France Métiers du grain), les organisations de production de production animale (viande et aviculture) en passant par l’alimentation animale, Coop de France s’estime bien placé pour proposer aux filières de production animale un panel d’outils afin de les aider à mieux faire face à la forte volatilité des cours des matières premières agricoles.
Coop de France estime que la notion de contrat « fait partie des gènes du modèle coopératif » et que l’expertise de Coop de France en la matière est « indiscutable ». D’ailleurs au sein d’importants groupes polyvalents, un certain nombre d’initiatives ont déjà permis un rééquilibrage économique entre les secteurs de l’élevage et des grandes cultures.
Premier à s’exprimer, Yves Largy, président de Global, voyait dans la contractualisation « un espoir pour les revenus » des éleveurs. Il rajoutait cependant « un bémol » : celui de leur enlever « la culture de négocier le prix des animaux ».
Autre coopérateur et président, Guy Fonteniaud pour Charolais Horizon estimait, pour sa part, que les éleveurs s’engageant « à livrer leur production à une organisation de producteurs n’est plus suffisant. Il faut aller plus loin dans la démarche qualité (AOC…), dans la proximité (démarches locales…) et dans la régularité de l’approvisionnement ». Problèmes identifiés par tous les participants, la filière bovine est « désorganisée », « pauvre » et dégageant « des résultats faibles ». Yves Largy n’hésitait pas à dire qu’elle « a dix ans de retard sur les filières volailles ou lait ». Pas simple donc dans ces conditions...
Quels indicateurs de marché ?
Dès lors, André Bonnard, éleveur laitier dans la Loire et administrateur de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), estimait que la contractualisation « ne supprime pas la part de négociation des prix dans le lait. Il faut simplement mettre noir sur blanc le prix dans le contrat ». Conclusion, le contrat n’est certainement pas synonyme automatiquement de facteur de plus-value. Pour lui, « c’est l’organisation des contrats » qui est payante, « sinon, cela devient des contrats d’intégration » ! Il rejetait aussi immédiatement l’idée que la filière bovine serait plus segmentée que celle des produits laitiers. « L’interprofession (Cniel) négocie des indicateurs de marché –lait, poudre, beurre– qui forment une PARTIE du prix qui entoure ensuite le marché », précisait-il. En quelque sorte, une entente sur le prix minimum d’un coût de revient de la production, où il est déconseillé de vendre, sous peine de risque de pertes financières, si les charges augmentent et ne sont pas rapidement intégrées aux prix de vente.
Monopole ou régulation ?
Représentant les opérateurs privés, André Beaucarnot « reste prudent » sur ce qu’on entend par contractualisation et « sceptique » sur la capacité de cette dernière à faire remonter les prix. Pour lui, le marché ne se portera mieux que si la consommation de viande est là. Il évoquait la possibilité que ces contrats « suppriment une partie de la concurrence », avec un vrai risque final de voir le « monopole » d’un opérateur. Il ne s'avançait pas à dire s'il sera issu du secteur privé ou coopératif, du milieu agricole ou financier...
Apportant son analyse, Didier Laurency, président de la coopérative Bourgogne du Sud, exprimait quant à lui une notion intermédiaire semble-t-il. Celle d'un « prix de campagne » qui permet de commercer sur le marché des céréales avec « des cours qui se font, de la récolte jusqu’à la commercialisation, et ainsi permettant de lisser les variations de prix trop importantes ».
La contractualisation interfilière, notamment entre élevage et grandes cultures, n'était finalement que très peu discutée tout au long de la journée.
Sécurisation ou intégration ?
Autre modèle, Cyril Loiseau, technico-commercial chez LDC, parlait plutôt de « contrat de sécurisation ». En volailles, cette société « commande les poussins » souligne ne faire « produire que ce qui est déjà vendu ». Le prix est alors défini en trois "points" : prix de poussin, prix aliment et prix de reprise. Avec 800 personnes travaillant à Branges, LDC vise à augmenter encore sa production de 20 % et envisage de recruter pas moins de cent nouveaux producteurs sur la région, « dans un rayon de 120 km » autour de l’usine de Branges.
Apportant sa vision externe d’éleveur laitier, Régis Dumey analysait que l’opérateur « qui compte en viande, c’est Bigard ». Allant plus loin, André Bonnard pense même que « Bigard a la chance de contrôler 60 % du marché. Il a la capacité de s’approvisionner où il veut. La valeur ajoutée est passée de la Grande distribution à Bigard ». Non présent à la réunion des JA, l'avis de Jean-Paul Bigard sur le sujet aurait été intéressant, lui qui préside en plus la Fédération nationale des industriels et des commerçants de la viande (FNICGV).
Jeune éleveur à Dompierre-sous-Sanvignes, Eric Jouanon se levait au fond de la salle et reposait la question centrale : « Messieurs, êtes-vous capables demain de faire monter les prix ? ».
Vite, on crève !
Une question claire faisant taire la salle. Tous les regards se braquaient alors sur les intervenants. Malheureusement, aucune certitude n'était possible. Des contrats seuls, sans organisation du marché derrière, risquent donc de reproduire le même schéma « atomisé », « sans cohésion » et sans revenu. David Bichet reprenait alors la parole et exprimait le sentiment général du terrain : « ce qu’on reproche, ce ne sont ni les efforts, ni les initiatives mais le fait que cela ne va pas assez vite ! Nous, on crève. À notre niveau, l’offre et la demande semblent biaisées. Quand vous vous tirez la bourre entre opérateurs, c’est le dernier maillon de la filière –les éleveurs– qui est pénalisé ». Pour lui, après toutes ces tentatives et ces rendez-vous manqués, « à nous maintenant d’imposer notre prix ! ». Sécuriser l'avenir est une nécessité pour les Jeunes agriculteurs. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas hésité à contractualiser symboliquement avec une grande surface du département pour faire réagir les opérateurs privés et coopératifs. Est-ce que cela a marché ? L’histoire le dira…
Henri Brichart estime « nécessaire que les adhérents de coopératives soient consultés »
Dans une lettre ouverte du 24 mars, le président de la FNPL, Henri Brichart rappelle que « les coopératives ont obligation d'adapter leur règlement intérieur, voire leurs statuts, en conformité avec la loi, et ce, avant le 1er juillet 2011 » dans le cadre de la contractualisation. Le responsable syndical écrit « qu'il lui apparaît donc nécessaire que les adhérents soient consultés sur ces évolutions, même si c'est au conseil d'administration de les proposer ». « Les éleveurs adhérents de coopératives auront donc soin de solliciter cette consultation si la coopérative ne l'a pas organisée », prévient Henri Brichart dans sa lettre. « Ils auront également à cœur de vérifier que ces évolutions prennent bien en compte l'ensemble des dispositions interprofessionnelles, y compris sur les éléments d'évolution du prix du lait », ajoute-t-il. Pour le président de la FNPL, « les éleveurs doivent se préparer à ce tournant dans notre histoire laitière ». Selon lui, « (...) les contrats qui permettront une garantie de prix sur le long terme. En revanche, ils deviennent nécessaires, dans un monde qui se privatise ».
Contractualisation interfilière : des propositions concrètes de la filière végétale pour le 29 juin
Le 29 juin devra être rendu, au ministère de l'Agriculture, par la filière végétale un rapport comportant des propositions de contrat type entre filières animale et végétale. Cette annonce de Philippe Pinta, directeur d'Orama, fait suite à la première réunion sur la contractualisation interfilière qui s'est tenue, le 24 mars, avec Bruno Le Maire, au ministère de l'Agriculture. « Il nous faut encore du temps », s'est-il exclamé car « nous devons rentrer dans le concret ». Ce rapport à rendre fin juin est qualifié de « tardif », surtout dans un contexte de « survie » pour les éleveurs. De plus, pour Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine, « on ne peut pas imaginer un contrat interfilière, sans un autre mode de fixation du prix du porc que celui du marché spot ». Dans ce sens, Coop de France avance l'idée d'« un marché à livraison différée permettant d'assurer aux éleveurs une visibilité sur les prix pour une durée à minima d'une bande ».
Contractualisation : Coop de France fait des propositions
Coop de France travaille la mise en place de relations contractuelles entre les filières végétales et animales. Réunissant en son sein à la fois la collecte des grains (Coop de France Métiers du grain), les organisations de production de production animale (viande et aviculture) en passant par l’alimentation animale, Coop de France s’estime bien placé pour proposer aux filières de production animale un panel d’outils afin de les aider à mieux faire face à la forte volatilité des cours des matières premières agricoles.
Coop de France estime que la notion de contrat « fait partie des gènes du modèle coopératif » et que l’expertise de Coop de France en la matière est « indiscutable ». D’ailleurs au sein d’importants groupes polyvalents, un certain nombre d’initiatives ont déjà permis un rééquilibrage économique entre les secteurs de l’élevage et des grandes cultures.