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Agrioccasions, les occasions agricoles
Flavescence dorée

Flav’Tech à double détente

Le préfet de Saône-et-Loire a assisté au comité de pilotage du projet Flav’Tech le 18 décembre à Mâcon. Objectifs double : revenir sur les expérimentations menées durant cette première année du projet et dresser la feuille de route pour 2026. L’occasion de faire un point sur la situation sanitaire, stabilisée sauf dans le Mâconnais Sud.

Par Cédric Michelin
Flav’Tech à double détente

Chef de projet pour Flav’Tech, Hugo Adellon revenait rapidement sur ce projet né de la volonté conjointe de la profession, du député Dirx du Mâconnais et de l’ancien préfet, de trouver des solutions concrètes pour améliorer le plan de lutte contre la flavescence dorée. Si la lutte repose toujours sur trois piliers (prospection, traitements insecticides contre la cicadelle, arrachage des pieds contaminés), la Bourgogne a complété ce plan au fil des ans (traitement des plants à l’eau chaude, traitements insecticides selon analyses de risques, prospections exhaustives du vignoble selon différentes modalités…). Les bénéfices ou non sont évalués régulièrement par la profession et les services de l’État, Sral en tête.

Mais au-delà de ce plan de lutte sanitaire, classique dans une phase d’émergence de la maladie allant vers une présence permanente à contenir, Flav’Tech vise à simplifier et optimiser cette lutte qui reste collective. En 2024, au salon VinEquip, un hackathon dédié récompensait une idée de la société mâconnaise Agaric IG qui visait à fluidifier le transfert d’informations entre tous les acteurs impliqués dans la gestion de la flavescence dorée. De l’État aux référents communaux, en passant par la CAVB, la chambre d’Agriculture, la Fredon et bien évidemment par les viticulteurs et négociants. Ce projet de transferts d’informations entre bases de données (via des API) devant « mettre de l’huile dans les rouages » entre tous les acteurs. Des financements de France 2030 ont été débloqués pour donner vie à ce projet, mais également pour constituer une boîte à outils permettant d’accompagner la profession dans la lutte contre la flavescence dorée. La chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire  a été désignée chef de file de ce projet de telle sorte à assurer le développement des outils tout en faisant en sorte que ce projet, à l’initiative du département puisse s’insérer dans les initiatives régionales et nationales, par l’intermédiaire du PNDV (Plan national contre le dépérissement de la vigne). Cette insertion dans l’écosystème viticole s’est faite en proposant aux différentes institutions impliquées dans la lutte de rejoindre un comité technique de telle sorte à avancer de front pour des développements répondants pleinement adaptés aux besoins du terrain. Alors comment passer à un produit exploitable par les viticulteurs ?

L’idée a tout de suite été d’orienter les travaux autour de deux axes. Un premier axe, porté sur la création d’outils informatiques et géographiques qui vont venir en « complément » des procédures actuelles de telle sorte à faciliter et d’accélérer les différentes étapes de ces procédures. En parallèle, un deuxième axe va permettre de mettre en place de nouvelles procédures de prospection en développant un capteur autonome permettant de détecter automatiquement les pieds symptomatiques grâce à un système d’intelligence artificielle (IA).

La société Agaric IG assure le développement des outils du premier axe. Pour cela, la première étape pour cela a été de rencontrer tous les acteurs impliqués afin de mieux comprendre leur implication, leurs besoins pour optimiser encore la lutte et pour modéliser leurs interactions de telle sorte à les automatiser autant que faire se peut. Cette première étape a permis de constater que si les processus de la lutte en région sont « parfaitements rôdés », il demeure de nombreux points d’améliorations pour accélérer la lutte. Ce constat a permis de dresser une liste de points d’améliorations sur laquelle la société Agaric IG a d’ores et déjà commencé de travailler. Un premier démonstrateur a d’ailleurs été présenté aux membres du comité technique.

Tests à Chaintré et à Fuissé

En parallèle, la société Agaric IG a développé une application mobile et web destinée aux viticulteurs de telle sorte à les accompagner dans la remontée d’informations terrain. Lors de leur prospection, ils ont ainsi la possibilité de localiser « numériquement » grâce à leur smartphone leurs pieds présentant des symptômes de jaunisses. Avec cette application « et un simple bouton », les données sont directement remontées à la Fredon et au Sral, même sans couverture téléphonique. En 2025, de premiers tests ont eu lieu côté de Fuissé et Chaintré avec 57 volontaires, mais que 31 actifs (suite à un dysfonctionnement sur Iphones). Les 21 exploitations ont ainsi renseigné 364 points et la Fredon a pu aller la semaine suivante vérifier les pieds. « Les viticulteurs sont convaincus par cet outil simple qui leur confère une autonomie totale », se réjouissait Benjamin Alban. Cette première phase de tests permet d’ores et déjà d’envisager des tests à plus grande échelle dès l’année prochaine. L’an prochain, les béta-testeurs dans les vignes recevront deux QR code, un pour télécharger l’application et se créer un compte (traçabilité). « Il faut continuer d’inciter un maximum de viticulteurs et négoces à prospecter tôt », réaffirmaient Jérôme Chevalier pour la CAVB, voyant déjà une montée en charge progressive du département de Saône-et-Loire (1.400 domaines) à la Bourgogne viticole (4.000).

Une passerelle avec Pomme

Mais comme le dit le responsable du service Vigne & Vin de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire, Flav’Tech n’a pas vocation à « concurrencer » d’autres projets nationaux, mais à les « compléter ». Le projet va donc être rattaché à l’avenir à un projet du PNDV s’appelant Pomme. Ce dernier en était aussi à ses « balbutiements » mais permettant une « gestion intégrée des prélèvements, analyses et prospections avec visualisation en direct des résultats, y compris par les vignerons », résumait Dominique Crozier du Sral. Les « passerelles » entre les deux projets seront certainement opérationnelles en 2027, le temps que chacun les teste en 2026. En attendant, le site « de référence » www.stop-flavescence-bourgogne.fr va être « repris » et modernisé pour accueillir les outils web développés dans le cadre de Flav’Tech.

La directrice technique de la CAVB, Charlotte Huber sait que nombre d’étapes techniques restent à franchir, comme celles de relier les informations au parcellaire et donc au CVI… géré par les Douanes. En attendant de « moderniser » les outils de l’État qui a bien du mal à simplifier déjà, la chambre d’Agriculture va également travailler, dès l’année prochaine, avec le laboratoire d’analyses, Agrivalys, pour mettre en place un outil et un processus à même d’améliorer la traçabilité des analyses - et ainsi d’accélérer la gestion des échantillons - avec la génération de code-barres par la Fredon avec l’appli pouvant être repris (scan via douchettes) par le laboratoire départemental à Mâcon.

Flav’Tech : Un capteur, mais quelle industrialisation après ?

Le deuxième axe de Flav’Tech est encore plus poussé : développer un capteur embarqué pour la détection de pieds symptomatiques depuis un enjambeur ou robot. Pour cela, l’équipe de recherche du laboratoire ImVia, Imagerie et Vision Artificielle, basé à l’Université de Bourgogne a rejoint le projet Flav’tech. La création de cet outil va se faire via le financement et l’accompagnement par la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire d’un sujet de thèse. Cette thèse a démarré au début du mois de novembre 2025 et va durer trois ans. Des acquisitions de données sur le cépage chardonnay ont été réalisées dans l’automne avant le début de la thèse de telle sorte à développer « un apprentissage profond (deep learning) avec un réseau de neurones » pour différencier les types de symptômes à différentes périodes.

« Cela fait 12 ans que des sociétés travaillent sur ce type de capteurs, mais jamais vu de logiciels fiables derrière. La bascule pourrait venir de l’IA », voulait croire Dominique Crozier. En effet, les caméras et autres sondes sont déjà disponibles. Il faut désormais « alimenter » l’IA avec toutes les données passées et à venir. « On a échangé avec des sociétés qui ont d’ores et déjà travaillé sur ces thématiques », notamment dans le cadre du PNDV pour accélérer le développement. expliquait Hugo Adellon.

« Bien que nous n'en sommes qu'au début du projet, nous pensons d’ores et déjà à nous rapprocher de constructeurs à même d’exploiter les outils développés dans le cadre de Flav’tech ». Pour faire connaître ce projet et faire le bilan 2025 sur la flavescence dorée, une réunion est prévue le 29 janvier après-midi à la Cité des vins à Mâcon.

Bilan 2025 : le Mâconnais sud « rougit »

Alors que les référents communaux ont réalisé un bilan des prospections en début de semaine, les nouvelles communiquées au préfet sont mitigées. Si sur la Côte Chalonnaise, il reste « quelques petits foyers » sous contrôles, si le Mâconnais nord cœur du foyer « historique » (Plottes/Chardonnay) contient un « bruit de fond », le Beaujolais Nord est en « amélioration » même si la situation reste « compliquée ». Le nombre de ceps contaminés est en diminution, mais le nombre de parcelles infestées restent stables. Finalement, l’inquiétude vient maintenant du secteur Mâconnais sud, côté Chaintré/Fuissé « où ça rougit avec une forte augmentation de la maladie », « très inquiétante » selon le Sral. « Quatre à cinq parcelles ne sont plus gérables avec au moins 15 % de pieds infectés donc on va arriver l’an prochain au 20 % qui oblige d’arracher ». Le préfet de Saône-et-Loire prenait notes, et comprend bien la « fébrilité » du monde viticole, à l’image de celui de l’élevage face à la DNC.

Cédric Michelin

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