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Flavescence dorée

Arrêtons le double discours de l’Etat

Édito de Patrice Fortune, président de l'Union viticole de Saône-et-Loire

Patrice Fortune, président de l'Union viticole 71, appelle l'État à arrêter une stratégie claire face à la flavescence dorée : prospection, décisions cohérentes et confiance aux vignerons pour protéger le vignoble.
Patrice Fortune, président de l'Union viticole 71, appelle l'État à arrêter une stratégie claire face à la flavescence dorée : prospection, décisions cohérentes et confiance aux vignerons pour protéger le vignoble.

Les premiers résultats des prospections contre le fléau de la flavescence dorée - qui ravage nos vignes depuis une décennie - font ressortir une réalité inquiétante :  l’extension de la maladie. Le nord Beaujolais, le sud Mâconnais, le foyer originel du Nord Mâconnais, le Chalonnais et désormais le nord de la Bourgogne viticole sont de plus en plus concernés. Cette progression inexorable confirme ce que chacun redoute : la maladie ne connaît pas de frontières, pas d’idéologie, pas de politicien… et menace l’ensemble du vignoble.

Pour filer la métaphore, nous pouvons faire le parallèle avec un autre fléau mais qui cette fois, touche tous nos concitoyens. La flavescence dorée, c’est un peu comme le moustique tigre. La cicadelle, tant qu’il n’y a pas l’arbovirus, ne fait ni du bien, ni trop mal. En revanche, qu’un foyer de virus s’installe quelque part et c’est la panique. Le moustique tigre a été au cœur de foyers du chikungunya dans plusieurs métropoles, en outre-mer et zones habitées par des humains.

Face à ce constat, les préfets et l’Etat imposent des traitements obligatoires. Et si cette décision est parfois mal comprise, elle obéit à une logique que chaque agriculteur connaît bien : celle de l’équilibre entre risque et bénéfice. Comme un vigneron devant un aléa sanitaire, l’État se retrouve contraint de trancher, avec un objectif clair : préserver le patrimoine végétal et éviter que l’épidémie n’échappe à tout contrôle. Ne serait-ce que pour protéger ses voisins et proches. Comme un soignant, l’Etat se retrouve contraint de trancher : préserver la santé humaine et éviter que l’épidémie échappe à tout contrôle. La définition d’une maladie de quarantaine.

Fermer les yeux ou refuser catégoriquement les moyens de lutte, c’est accepter que la maladie gagne du terrain. Certains essayent mais ne font qu’accélérer la diffusion, malgré leurs bonnes volontés de départ.

Dans ce combat contre la flavescence dorée, la prospection est L’OUTIL essentiel. Les campagnes menées sur le terrain, notamment en été comme actuellement, permettent de détecter tôt les ceps atteints, d’intervenir rapidement et de contenir les foyers. Même dans les zones d’expérimentation sans traitements, ces prospections ont montré leur efficacité et leur utilité collective. C’est la preuve que la lutte repose autant sur la vigilance partagée que sur les produits phytosanitaires s’il le faut. La preuve que notre profession est beaucoup plus en avance que son image.

Car dans le même temps, les résultats de l’étude Pestiriv viennent brouiller le message de nos progrès accomplis. Décourageant ! Publiée en grande pompe, cette étude ne répond pourtant pas à la question que tout le monde se pose – y a-t-il ou non un danger sanitaire réel pour les riverains ? – et se contente d’agiter la peur en soulignant la présence de produits au moment des traitements. C’est un peu comme si l’on publiait une étude montrant qu’il y a plus de particules à la sortie d’une bouche de métro : une évidence, mais qui ne dit rien sur le risque réel pour la santé.

Et comme toujours, certains vendeurs de peurs en profitent. Leur stratégie est connue : simplifier à l’extrême une réalité complexe, proposer des solutions simplistes, séduisantes en apparence mais sans efficacité prouvée. Ces discours risquent d’opposer inutilement les habitants aux vignerons, alors que nous partageons les mêmes territoires et la même volonté de protéger nos campagnes. Les réunions communales et les élections municipales s’annoncent houleuses cet hiver.

Alors oui, l’État doit arbitrer, et la profession doit assumer ses responsabilités. Mais il est temps de mettre fin au double discours. On ne peut pas, d’un côté, imposer des traitements obligatoires et, de l’autre, alimenter la peur en publiant des études mal interprétées. Cette cacophonie fragilise la confiance et détourne le débat de l’essentiel : protéger nos vignes et notre patrimoine collectif.

Nous, viticulteurs, savons traiter au bon moment, à la bonne dose, avec le bon produit, tout en menant les prospections qui garantissent une lutte efficace et proportionnée. Le vrai message est simple : faites confiance aux vignerons et à leurs représentants légitimes, qui savent agir avec responsabilité. Il est temps que l’Etat le reconnaisse et le dise haut et fort : sur la flavescence dorée, nous sommes tous du même côté. La peur n’a jamais sauvé un cep de vigne, n’a jamais sauvé un humain. La responsabilité, si.