GDS de Saône-et-Loire : face à la DNC, il faut raisonner collectif
En pleine crise de Dermatose Nodulaire Contagieuse, le GDS 71 a consacré toute son assemblée générale à la maladie. Deux éleveurs et un vétérinaire des Savoie sont venus témoigner de leur expérience d’un été très éprouvant.
C’est une 69e assemblée générale un peu particulière que le GDS de Saône-et-Loire a tenu le 18 novembre dernier à Perrecy-les-Forges. Alors que le département est en pleine crise sanitaire, les responsables de l’association ont fait le choix de maintenir leur AG à la date prévue, mais en modifiant le format habituel de la réunion. Devant une salle bien pleine, la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) a occupé la majeure partie de la matinée avec les témoignages édifiants d’une délégation venue des Savoie.
La DNC est une maladie exotique qui a fait son apparition cet été en Sardaigne puis en Lombardie pour atteindre les Savoie à la fin du mois de juin, présentait la Direction Départementale de la Protection de la Population (DDPP). La DNC est classée dans la catégorie A de la réglementation européenne, ce qui rend son éradication obligatoire. Elle compte parmi les maladies les plus graves. Elle est en effet fortement contagieuse, provoque un fort impact clinique (10 % voire 20 % de mortalité, plus de 45 % d’animaux malades) avec des pertes de production conséquentes.
La DNC est installée en Afrique du Nord depuis 2013 et elle avait fait une apparition dans les Balkans il y a quelques années. C’est de ce précédent que l’Union Européenne s’est inspirée pour élaborer sa stratégie d’éradication. L’objectif étant de maintenir cette maladie exotique hors du territoire communautaire. Les mesures de lutte sont le dépeuplement des animaux malades, le zonage de surveillance, les restrictions de mouvement et la vaccination. La représentante de l’État soulignait l’importance de la détection précoce pour que l’éradication puisse intervenir le plus vite possible.
Levée de la ZR 45 jours après le dernier foyer
Au 11 novembre, la France comptait 102 foyers avec une situation toujours très évolutive. La Saône-et-Loire est concernée par deux zones réglementées (ZR 4 et 5) qui se rejoignent en une bande couvrant environ 180 communes sur la frange est et sud-est du département. Ces ZR correspondent aux foyers déclarés dans le Jura et dans l’Ain et placent ainsi une partie de la Saône-et-Loire en zone de surveillance depuis mi-octobre. 100.000 bovins étaient à vacciner dans ce territoire. Au 18 novembre, le taux de vaccination atteignait 74 % dans la ZR4 (Bresse) et 67,5 % dans la ZR5 (Clunisois). La levée de la zone réglementée interviendra 45 jours après le dernier foyer déclaré. La ZR passera alors en zone vaccinale et les mouvements pourront reprendre, mais avec certaines restrictions pendant encore 14 mois. À l’échelle du département, un arrêté préfectoral suspend les concours de bovins et autres comices. Les centres de rassemblement pour le commerce peuvent fonctionner à nouveau.
Symptômes sévères
« La DNC est une maladie vectorielle transmise essentiellement par des mouches piqueuses (stomoxes) et des taons. Ces derniers ont fait exploser la contamination en Savoie, car ils piquent plusieurs animaux pour se nourrir », rapportait Lionel Berlioz, vétérinaire dans la zone touchée par la DNC. Une dissémination à distance est probable, ajoutait-il, « avec les animaux malades ou les véhicules transportant des taons avec eux… ». La DNC se propage aussi par une transmission non vectorielle (intra-utérine, via les sécrétions…).
Les symptômes observés dans les Savoie sont caractéristiques et sévères : des bêtes très affaiblies, avec beaucoup de fièvre, qui tombent en anorexie, chutent en lactation, laissent apparaître une hypertrophie des ganglions, ont un poil un peu piqué… Au bout de 24-48 heures, apparaissent des nodules facilement identifiables, poursuit le vétérinaire qui évoque ensuite des ulcérations, conjonctivite sur les muqueuses, de très gros ganglions pharyngiens… Pour finir, les bovins souffrent de pseudo-pneumonies, de diarrhées, s’amaigrissent.
« Quelque chose de soudain et explosif »
« Le développement de la DNC s’est avéré très rapide dans notre secteur : un premier éleveur nous a appelés. Il avait une vache qui ne mangeait pas, en hyperthermie, le poil piqué… On lui a administré un traitement classique puis trois bovins ont eu les mêmes symptômes dans l’élevage, des nodules ont commencé à apparaître. Les premières analyses ont écarté la besnoitiose et la FCO et finalement, la contamination à la DNC a été confirmée », retrace Lionel Berlioz.
Au 29 juillet, les Savoie comptabilisaient 32 foyers. « Ce qui nous a surpris, c’est de voir des troupeaux passer d’un seul animal malade à 50 % en seulement cinq jours ! C’est quelque chose de soudain et explosif », rapporte le vétérinaire savoyard qui signale aussi « la grande disparité » des situations. Et « quand on en a trouvé un dans un élevage, il y en a toujours eu d’autres », ajoute le praticien qui évoque également une « période d’incubation qu’on est encore incapable d’appréhender et qui complique tout ».
« La vaccination nous a sauvés ! »
« La vaccination nous a sauvés ! », confie Lionel Berlioz. « En dix jours, notre clientèle était vaccinée et au bout de 14-15 jours, l’épidémie est retombée ». Le vétérinaire rapporte quelques effets secondaires liés au vaccin, mais aussi des cas de bovins qui avaient été vaccinés alors qu’ils avaient déjà été contaminés par la DNC… « Quand on a vacciné, c’est au moins un mois qu’il faut attendre avec l’épée de Damoclès que l’animal ait été contaminé avant », souligne le vétérinaire.
Les restrictions de mouvement ont été compliquées à vivre, reconnaît-il. « Des éleveurs, ne pouvant déplacer leurs animaux, ont dû aller traire en extérieur », illustre-t-il. « La DNC est une maladie sanitaire et politique, mais elle est sanitaire avant tout », témoigne Lionel Berlioz. Et quant aux critiques sur la stratégie déployée face à la maladie, le praticien rétorque qu’en dépeuplant 2.500 – 3.000 bovins à l’échelle de leur secteur, les vétérinaires de sa clinique ont contribué à sauver 300.000 animaux, fait-il valoir.
Comme en témoignent les récits des deux éleveurs savoyards qui ont suivi (lire encadré), ce fut un été difficile. Mais les Savoyards rendent hommage à la mobilisation qui a régné autour deux : « tout le monde était sur le pont, même ceux qui travaillent dans l’ombre (GDS, chambre d’agriculture…). Les témoins ont aussi apprécié l’élan qui s’est emparé des éleveurs, des vétérinaires et des autres départements pour la vaccination. JA, concessionnaires se sont mobilisés pour fournir aux éleveurs le matériel de contention nécessaire, comme c’est le cas en ce moment même en Saône-et-Loire. La maladie aura eu le mérite de raviver la fibre collective, là où la tentation individualiste aurait été dramatique. C’était le message porté par le GDS 71 et soutenu par toute la profession.
« C’est violent. Il ne faut pas sous-estimer la maladie »
Venu de Savoie, le vétérinaire Lionel Berlioz était accompagné de deux éleveurs ayant subi la DNC sur leurs exploitations. Jean-Paul Simon fait partie d’un Gaec à la tête d’un troupeau de 90 laitières produisant 630.000 litres de lait livré à une coopérative qui fabrique des Tommes de Savoie, de l’Emmental. « Un dimanche après-midi, le président de la chambre d’agriculture m’a appelé. Une exploitation à côté de chez moi était touchée par une maladie inconnue et avec la DDPP et le vétérinaire, il fallait aller lui annoncer la nouvelle… », raconte Jean-Paul Simon. « On a tout de suite vu les conséquences de la maladie sur ce premier troupeau contaminé. Le temps que l’on sache ce que c’était, elle a bien eu le temps de s’installer. L’éleveur savait que son troupeau était foutu. Le lendemain, c’était au tour de troupeaux aux alentours… Le nôtre n’était pas très loin… », raconte Jean-Paul Simon. « Le 14 juillet, une vache de l’élevage était en retard à la traite. Elle restait couchée dans la logette avec de la température et présentait des nodules… ». D’autres animaux malades se sont révélés les jours suivants et l’abattage des 82 vaches du troupeau laitier a été effectué le 17 juillet, de même que des génisses pour un total de 126 animaux euthanasiés. Six génisses supplémentaires ont dû être dépeuplées 15 jours après la vaccination. L’une d’elles, qui restait en retrait des autres sans signe clinique, a probablement contaminé ces congénères puisque quelques jours après, deux autres bovins du lot ont présenté des nodules et se sont avérés positifs à la DNC. « C’est ce temps d’incubation long qui est compliqué. On n’a aucun moyen de les dépister tant qu’elles ne déclenchent pas la maladie », confie Jean-Paul. Le Gaec a pu conserver un lot de génisses gestantes qui servira à la reconstitution du troupeau. Le repeuplement a débuté le 22 octobre. Jean-Paul et ses associés ont réservé 70 vaches et génisses laitières dans le Jura et le Doubs, mais ces animaux sont pour l’instant bloqués à cause des foyers jurassiens.
En Gaec lui aussi, Jean-Baptiste Journet a pour sa part vu 68 de ses vaches laitières abattues le 2 août. « Elles étaient vaccinées depuis 15 jours », confie l’éleveur. Les premiers symptômes sont apparus le 25 juillet sur les trayons, raconte Jean-Baptiste qui évoque aussi des nodules… Comme les résultats s’avéraient négatifs, ces symptômes étaient attribués à une réaction vaccinale. Mais la semaine suivante, l’état des animaux ne s’améliorait pas, poursuit Jean-Baptiste. Le jeudi, de nouveaux prélèvements ont confirmé la DNC et le dépeuplement a été programmé le samedi. « C’est violent. Il ne faut pas sous-estimer la maladie », témoigne l’éleveur qui parle de vaches perdant 50 à 100 kg en quelques jours, de fièvres très fortes… « On est obligé d’agir pour protéger les voisins », poursuit Jean-Baptiste. Quant au débat sur l’abattage, « il faut se rendre à l’évidence, quand le troupeau est à ce point touché… ». Comme son collègue Jean-Paul, Jean-Baptiste a racheté 75 génisses dans le Doubs qui restent confinées pour l’heure.