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Agrioccasions, les occasions agricoles
Alain Cordier (EELV)

« L'agriculture biologique peut nourrir tout le monde ! »

Réunis en table ronde et en conférence vendredi dernier à Tournus, les
militants Europe Ecologie Les Verts de Saône-et-Loire, ont tenté d'y
voir plus clair sur ce qu'ils souhaitent défendre comme agriculture
alternative. Pour Alain Cordier, Conseiller régional et président du
Pays de la Bresse Bourguignonne, pas de doute, l'agriculture biologique
est le modèle à défendre. Il a livré ses arguments à macon-infos.com.
Par Publié par Cédric Michelin
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Une grande soirée sur l'agriculture, cela signifie qu'elle a beaucoup d'importance pour EELV 71 ?
Bien sûr. Le recensement agricole nous a montré tout récemment que les agriculteurs sont en voie de disparition. La baisse du nombre d'exploitations et d'agriculteurs représente l'équivalent d'une ferme qui disparaît tous les jours pendant dix mois de l'année. C'est une hémorragie gravissime, alors que la Saône-et-Loire est un département éminemment agricole, sur lequel on trouve à peu près toutes les productions.

Comment l'expliquez-vous ?
Par un choix politique qui n'est pas le bon, celui de l'agriculture intensive encore trop nourrie de pesticides. Un élevage de 500.000 poulets est en projet à Branges, en Bresse. C'est tout l'inverse de ce qu'il faut faire. Surtout avec la réputation justifiée du poulet de Bresse. Ce type d'exploitation tue l'emploi et l'image de qualité accolée au produit.

Christian Decerle, président de la Chambre d'agriculture, était présent à votre table ronde. Vous lui avez passé le message j'imagine ?
Tout à fait. Je profite de votre question pour saluer le courage de cet homme, qui est venu participer à cette soirée, face à une assemblée plutôt hostile à ce qu'il représente. C'est un grand progrès dans les relations que nous souhaitons avoir avec cette institution. Évidemment, le désaccord était bien marqué, notamment sur ce projet 500.000 poulets en Bresse. En même temps, nous ne voulons pas mettre en accusation une partie de la profession. Nous défendons simplement l'idée que l'agriculture biologique peut nourrir tout le monde et qu'il faut tendre vers elle le plus vite possible.

Même la Confédération Paysanne à un avis bien mesuré sur cette généralisation qui permettrait de nourrir toute la planète. Cela ne remet pas en question votre idéologie ?
On nous fait la coup à chaque fois. Sur l'éolien aussi, on nous répète que cela ne suffit pas pour satisfaire les besoins. Mais il faudrait quand même ne pas oublier combien coûte à la collectivité la dé-pollution. Pour l'eau par exemple, un rapport de la Cour des comptes de 2006 a pointé le fait que ¾ des eaux superficielles et ¼ des eaux souterraines nécessitent un traitement contre les résidus de pesticides pour être propres à la consommation. Plus de 10 % de ces eaux ne le sont même plus avec traitement. 94 % des Bourguignons boivent une eau du robinet qui a subit un traitement curatif. Il y a quand même de quoi se poser des questions...

Donc l'agriculture biologique est à développer massivement selon vous ?
Oui. Nous avons étudié trois thèmes ce vendredi soir avec des experts qualifiés : la santé des gens et des agriculteurs, le revenu agricole, et la qualité de l'eau. L'agriculture biologique apporte des solutions pour ces trois problématiques. Elle est créatrice d'emploi à l'inverse de l'agriculture intensive, elle permet au paysan de percevoir un revenu qui correspond à son travail, et elle ne pollue pas. C'est un mode de production inventif, avec des agriculteurs astucieux et exigeants, une agriculture qui donne des résultats surprenants tant sur les rendements que sur les prix. Il faut donc aider les conversions.

Pour ça, il faut beaucoup de subventions ?
Faire en sorte que l'agriculteur soit payé à un juste prix, ou développer un politique de subventionnement est un choix que nous devrons faire dans un avenir très proche. Nous n' avons pas encore tranché complètement la question à EELV. Ce qui est sûr en revanche, c'est qu'il faut encourager les conversions à l'agriculture biologique, dans des transitions agréables. Je défend une écologie à confort égal, pas le retour à la bougie.

Vos relations avec le PS avancent dans le bon sens ?
Oui, François Hollande progresse dans la bonne voie. Le fait de vouloir fermer vingt-quatre centrales progressivement, c'est une cassure dans la politique française. Ce n'est pas suffisant mais on avance en effet dans le bons sens.

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