La FNPL explique qu’ils font fausse route
Assemblée générale, aux producteurs appartenant à d’autres obédiences
syndicales, que la dérégulation du marché laitier européen, qu’elle
dénonce, rend la contractualisation indispensable pour « ne pas être
soumis au bon vouloir » des acheteurs industriels.
La FNPL a décidé à Aurillac de durcir le ton envers les opposants à la contractualisation au nom de l’avenir des éleveurs laitiers français. « Les contrats (…) sont indispensables si nous ne voulons pas demain, dans un monde où nous serons moins protégés par l’intervention de la puissance publique, être soumis au bon vouloir de nos acheteurs », explique-t-elle. Quand les quotas disparaîtront en 2015, « il s’agira alors de gérer collectivement notre production pour être des acteurs du marché et garder l’équité que nous avons toujours défendue », poursuit Henri Brichart. Xavier Beulin, président de la FNSEA, dans un discours prononcé le 16 mars à Aurillac, a dénoncé, lui, l’appropriation par d’autres syndicats agricoles des outils de la contractualisation et de l’organisation économique des producteurs (OP) « pour en faire un instrument de revendication syndicale ».
Instruments européens de régulation
Mais la FNPL ne veut pas non plus qu’on se trompe sur ses intentions : l’entrée du secteur laitier européen dans le libéralisme « n’était pas notre vision du monde et nous continuons de le dénoncer », explique son président. Avant de rappeler à Bruno Le Maire – absent pour cause de brouillard épais au-dessus d’Aurillac – et à la Commission européenne que l’agriculture a « besoin d’instruments de régulation » des marchés dans la PAC post 2013. Car souci de « réalisme » toujours, la FNPL rappelle que « ce seront les marchés qui orienteront les prix et non les contrats ». Le président de la FNSEA explique en outre que les contrats sont « le meilleur outil qui sécurisera demain la relation entre le producteur et son aval » à condition d’« emmener la contractualisation jusqu’à la distribution ». Il propose aussi que l’indexation des prix des produits finis sur l’évolution des cours des matières premières, défendue par la FNSEA, « entre dans une démarche de contractualisation ».
Déplorant une évolution menée « au pas de course », Henri Brichart a qualifié le ministre de l’Agriculture de « Lucky Luke de l’agriculture ». Mais la FNPL est convaincue que la massification de l’offre est « nécessaire » au travers d’« organisations collectives et économiques de producteurs » afin de renforcer la position de la production dans la chaîne alimentaire. Xavier Beulin pose, lui, deux conditions à la réussite de la contractualisation : « des interprofessions solides » et « le renforcement des OP ». Cette organisation économique prendra du temps, le président de la FNPL avouant que les premiers contrats proposés par les industriels « pourraient très majoritairement se discuter sans cet échelon indispensable » de l’OP. Les producteurs attendent d’ailleurs l’adoption définitive du « mini-paquet lait » par les 27 Etats membres de l’Union et son application française par décret, qui devraient assouplir les règles du regroupement économique des producteurs.
Bonnes pratiques contractuelles
Une Commission interprofessionnelle des pratiques contractuelles est par ailleurs mise en place pour « enrichir » par ses avis le Guide des bonnes pratiques contractuelles, adopté récemment en interprofession. Ce guide est le début d’une « vision partagée de ce que doit constituer la relation entre les producteurs et les transformateurs », commente-t-on à la FNPL. Qui souhaite que les contrats fassent référence aux différents accords interprofessionnels et aux indicateurs de marchés.
En ces temps de « changements » enfin, Henri Brichart est persuadé que les producteurs doivent « rester unis » et propose à nouveau aux autres syndicats agricoles des « rencontres régulières pour partager nos points de vue » sur l’avenir des éleveurs. Mais le président de la FNPL est « opposé à l’ouverture de l’interprofession » à ces structures car le CNIEL « ne doit pas devenir une tribune d’expression des différences comme le réclament certains » mais demeurer un lieu « pour construire ensemble et porter ensemble un projet ». Néanmoins, par « devoir de transparence », la FNPL propose l’ouverture des Assemblées générales du CNIEL aux autres syndicats pour « rendre compte des actions » entreprises par l’interprofession.
Le plan de développement ne doit pas être un plan de cessation
La FNPL ne veut pas d’un plan de développement de la filière laitière, lancé en septembre dernier par le ministre de l’Agriculture, qui distribue seulement des aides à la cessation laitière. Doté de 9,3 millions d’euros – ce qui n’est « pas beaucoup » selon son président Henri Brichart –, le budget du plan est en partie dévolu à l’accompagnement de certains producteurs à la cessation de leur activité. Mais la FNPL veut aussi lui affecter d’autres objectifs et l’a fait savoir à FranceAgriMer, comme une aide à la qualité du lait en montagne ou encore des actions de promotion cofinancées par le CNIEL et l’Union Européenne.
Contrats, coopératives et OP : Xavier Beulin ouvre le débat
Xavier Beulin, dans son discours devant la FNPL à Aurillac, s’est arrêté un temps sur « le sujet du moment » qu’est la contractualisation et les multiples questions qu’il pose. « Un administrateur de coopérative est-il à même de porter les intérêts des producteurs de la coopérative » dans la négociation des contrats avec les industriels laitiers ? Cette question, le président de la FNSEA entend la poser également à Saint-Malo, fin mars, lors du Congrès de la FNSEA. « L’adhésion à une coopérative est-elle une condition nécessaire et suffisante pour être détenteur d’un contrat ? », a-t-il encore interrogé. Le débat est ouvert. D’ici au 1er juillet, les coopératives laitières doivent modifier leurs statuts pour les mettre en conformité avec le décret sur la contractualisation paru fin décembre 2010.