La France veut initier une nouvelle coordination internationale agricole
volatilité des prix sur les marchés agricoles lors du G20, notamment en
encadrant davantage le fonctionnement des marchés à terme. Mais ces
résultats passent par la mise en œuvre d’une coordination
internationale agricole effective. Il s’en est expliqué lors du G120
des agriculteurs du monde, les 16 et 17 juin, organisé par la FNSEA et JA.
Mais devant le G120, le président de la République française a choisi d’insister davantage sur la « gouvernance mondiale modernisée » qui entre aussi dans ce nouveau modèle agricole. Et pour cause : cette gouvernance agricole à inventer est au cœur de la réussite d’une régulation internationale des marchés mondiaux agricoles que Nicolas Sarkozy a porté à l’agenda politique du G20 cette année. « Manque une vraie volonté politique sur ces sujets », estime Marcela Villarreal, Directrice de la Division de la parité, de l’équité et de l’emploi rural de la FAO. Les autorités françaises arracheront-elles de substantiels résultats à leurs homologues du G20 ? « Quoiqu’il arrive, nous, agriculteurs du monde entier, nous devions nous exprimer aujourd’hui devant eux et échanger entre nous sur la volatilité des matières premières agricoles notamment », a insisté en ouverture du G120 Xavier Beulin, le président de la FNSEA.
Défi alimentaire
La volatilité accrue des prix des matières premières agricoles révèle en effet une offre mondiale en produits agricoles insuffisante par rapport à une demande croissante, en particulier de la part de régions connaissant un fort développement économique, Chine et Inde en tête. Cette demande va d’ailleurs continuer à progresser puisque nous devrions passer d’environ 7 milliards aujourd’hui à 9,1 milliards de personnes en 2050 dans le monde. Il est donc nécessaire de produire plus, la FAO chiffrant la hausse de la production agricole mondiale à 70 % d’ici à 2050, tout en inversant la tendance actuelle à la dégradation des ressources naturelles que sont l’eau, les sols ou les forêts dans des Etats comme le Brésil. L’instabilité croissante sur les marchés agricoles impacte en outre directement les agriculteurs du Nord comme du Sud, et les consommateurs d’un monde de plus en plus urbain qu’il faut approvisionner en nourriture de qualité et en quantité suffisante. La flambée des prix alimentaires de 2008 comme celle de 2010-2011 a touché davantage les pauvres des zones rurales des pays en développement qui fournissent la grande majorité du milliard d’affamés que compte la planète aujourd’hui et la faim dans le monde n’a cessé de progresser depuis le début des années 2000.
Face à ses enjeux démographique, environnemental et alimentaire planétaires, Nicolas Sarkozy plaide le renforcement de la coopération internationale sur la sécurité alimentaire au travers d’« un nouveau système d’information sur les marchés », à l’exemple de ce qui a été fait pour le pétrole. L’objectif est que « l’impératif de transparence s’applique aux marchés agricoles », transparence sur les prévisions de récolte, sur la consommation ou sur les stocks mondiaux de céréales, de graines oléagineuses ou de lait. Mais la tâche des autorités françaises s’annonce très compliquée vers un éventuel accord à l’unanimité sur ce point lors du G20. La France souhaite aussi l’existence « d’un forum de concertation » internationale qui « permettrait d’éviter des décisions unilatérales et dommageables » comme celles prises par certains pays en 2008 de fermer leurs frontières à toutes exportations, entravant parfois dangereusement l’approvisionnement de pays importateurs net de nourriture.
« Capitalisme de production »
Nicolas Sarkozy et son ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, espèrent en revanche plus de résultats tangibles en matière de régulation des marchés financiers dérivés des matières premières agricoles, les marchés à terme, qui doivent être soumis aussi selon lui à « l’impératif de transparence, de régulation et de supervision ». Les Etats-Unis s’y sont attelés, adoptant une réforme de leurs marchés financiers à l’été 2010, même si son application n’est pas totalement effective à ce jour.
Devant les agriculteurs du G120, Nicolas Sarkozy a opté pour un plaidoyer résolument anti-spéculation excessive sur les marchés à terme. Rappelant les vertus d’un « capitalisme de production et non exclusivement financier », Nicolas Sarkozy n’entend « pas démonter l’économie financière » mais permettre que « le processus de formation de prix fonctionne bien et prévenir certains abus ». Pour le chef de l’Etat, la spéculation excessive sur certains marchés à terme agricoles « amplifie les fluctuations des marchés physiques ».
Le plan d’action de la France pour réduire la volatilité des prix agricoles, qu’elle veut faire adopter par le G20 en novembre, sera discuté lors du G20 agricole des 22 et 23 juin. Les délégations d’agriculteurs du monde entier présentes au G120, elles, auront fait passer leurs messages et propositions.
L’OCDE campe sur ses positions
L’OCDE, le think tank du libéralisme, (sa boite à idées) qui a accueilli les 16 et 17 juin à Paris le G120 des organisations agricoles mondiales ne s’est pas convertie aux vertus de la régulation. Son secrétaire général, Angel Gurria, a révélé aux responsables paysans, la série de recommandations que son organisation a élaboré pour le G20 agricole qui se réunit également à Paris, les 22 et 23 juin. Certes, il a plaidé pour la relance des investissements agricoles, qu’ils soient privés ou publics, pour augmenter la production et nourrir les quelques trois milliards de personnes supplémentaires que comptera la planète à l’horizon 2050. Et ce d’autant plus que les pressions sur les ressources naturelles, l’eau, les terres, ne vont pas s’estomper loin de là. Sans parler du changement climatique qui ne sera pas sans effet sur les volumes de production et l’occurrence d’évènements météorologiques plus fréquents et plus violents (sécheresse, tempête…).
Alors que les représentants des organisations agricoles ont insisté sur le nécessaire développement de toutes les agricultures pour nourrir le monde, la priorité qui doit être donnée à la protection des agricultures les plus fragiles, y compris en dressant des barrières douanières, le secrétaire général a entonné le discours classique de l’ouverture des marchés et du commerce libre. Celui de l’Organisation mondiale du commerce. « Les gouvernements doivent renoncer, du moins réduire, toutes les restrictions aux importations et aux exportations » a t il déclaré pour relever le défi alimentaire mondial. Rien sur la constitution de stocks régulateurs susceptibles d’encadrer la volatilité des prix, comme l’ont proposé la plupart des délégués.
En revanche, les marchés fonctionneraient mieux si l’information « circulait » davantage et était davantage partagée par les différents opérateurs privés et publics, plaide-t-il. Ce qui présenterait un autre avantage selon lui, celui d’améliorer le fonctionnement des marchés à terme. « Les marchés à terme fonctionnent mieux quand les fondamentaux sont corrects ». D’où sa proposition de création d’un système d’information sur les marchés assorti d’un mécanisme « d’alerte précoce » pour permettre aux gouvernements d’apporter des réponses suffisamment tôt aux crises qui ne manqueront pas de se produire. Pas de quoi relever les défis qui nous attendent…
Comment Genève est devenue la capitale des matières premières
Nos confrères du journal Les Echos se sont penchés sur comment Genève est devenue la capitale des matières premières alors qu'aucune ne transite par cette calme ville de Suisse. Pourtant, la ville romande abrite 40 % des volumes échangés dans le négoce de « commodités ». Pourtant, c'est bien là que Trafigura, Mercuria, Cargill, Bunge, Vitrol, Louis-Dreyfus et Gunvor ont élu domicile. La cité de Calvin abrite 40 % des volumes échangés et 500 sociétés actives dans le négoce. Avec plus d'un tiers du commerce international chaque année, la ville s'est hissée à la première place mondiale dans l'achat et la vente des céréales, des graines oléagineuses et du riz. Cette hégémonie date des lendemains de la Première Guerre mondiale quand les premiers marchands de grains décident de se rapprocher de leur client principal Nestlé, affirme Les Echos. Au début des années 1950, Cargill établit ses quartiers généraux à Genève.
Mais c'est avec le premier choc pétrolier que la place explose. En « isolant » chaque transaction du bilan, cette technique permet au trader de se développer avec peu de fonds propres. Du côté du banquier, le risque est calculé : le prêt est remboursé par la vente de la marchandise et sécurisé par un nantissement de cette dernière. « Toutes les compétences sont réunies au même endroit : les banques spécialisées dans les financements sur matières premières, les entreprises de surveillance fort utiles au moment des chargements ou déchargements pour certifier la qualité des marchandises, et les sociétés de shipping alors même que Genève n'a pas d'accès à la mer. Ici, tout le monde se connaît. Et comme presque tous les acteurs majeurs sont représentés, le moindre problème peut être réglé en traversant la rue », explique Jacques Olivier Thomann, président de la GTSA, association du négoce et de l'affrètement de Genève et responsable des financements structurés chez BNP Paribas en Suisse. De la à dire qu'une poignée d'individus peuvent faire ce qu'ils veulent des marchés...
Et puis, le statut fiscal est plus qu'avantageux. Les sociétés de négoce bénéficient du régime des sociétés auxiliaires qui leur permet de limiter leur taux d'imposition sur le bénéfice à 12 %, soit la moitié du taux ordinaire. Genève attire aussi des hedge funds dont le métier est de spéculer... La Suisse n'a pas finit d'avoir des secrets bancaires et des coffres-forts...