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Agrioccasions, les occasions agricoles
Tribune

Localiser !

C'est sous le titre "Localiser " que François Patriat et Jacques Rebillard, respectivement président et vice-président en charge de l'agriculture du conseil régional, dressent une analyse des choix et orientations qu'ils entendent impulser pour notre agriculture bourguignonne. Une analyse intéressante.
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" Tous les scénarios sont possibles pour l’agriculture et l’agroalimentaire en Bourgogne, l’avenir n’a jamais été aussi ouvert pour le meilleur ou pour le pire. La crise économique remet en cause les logiques financières, discrédite les conséquences de l’hégémonie des grands groupes sur les producteurs et sur les marchés. La crise énergétique et environnementale impose une plus grande proximité entre le producteur et le consommateur. Le monde agricole saura t-il en profiter, saisir ces opportunités, se réapproprier ses territoires, maîtriser ses filières, renouer avec les consommateurs ? Une nouvelle frontière se dessine à l’horizon. En Bourgogne, nous avons en germe les fondements de cette agriculture et de cet agroalimentaire de demain.

Accompagner par la recherche et l'innovation


Les agriculteurs maîtrisent leur production, ils ont des savoir-faire et une capacité d’adaptation reconnus. A condition de les accompagner par la recherche et l’innovation, ils sauront répondre aux défis environnementaux et réduire le poids des agrofournitures. L’autre enjeu important, et il n’est pas nouveau, c’est leur implication dans la commercialisation et la transformation de leurs produits. Atteindre ces objectifs, c’est, aussi, participer à la réduction de notre déficit commercial et c’est contribuer à créer des emplois durables dans les territoires ruraux.

Le besoin d'authenticité


Il y a de plus en plus d’agriculteurs qui commercialisent en direct. La vague des circuits courts est le reflet d’un double mouvement : la volonté de vendre au plus près et le besoin d’authenticité des consommateurs. Il y a de nombreuses PME qui se développent en transformant des produits régionaux sous signe officiel de qualité. Il y a des coopératives régionales et des groupes qui investissent dans nos filières régionales.
La fermeture de l’usine du groupe multinational Unilever-Amora à Dijon est pleine d’enseignements sur notre futur. Si la fabrication de ses produits de grande consommation a été délocalisée, par contre la fabrication de la moutarde a été maintenue en Bourgogne. Dans le même temps des PME continuent à se développer sur ce secteur comme Européenne de Condiments, Fallot et Reine de Dijon. Toutes utilisent pour leur fabrication une part significative de graines de moutarde produites en Bourgogne. Grâce à une identification géographique protégée, production et transformation ne sont pas délocalisables. Le maintien de Maille en Bourgogne est lié à sa présence sur le créneau des marques à forte image régionale. Cet exemple permet de tirer les enseignements d’une localisation dynamique des activités de transformation liées à l’agriculture en Bourgogne. Pour cela, les conditions sont à minima :

Maintenir les centres de décision chez nous


Le maintien des centres de décisions en Bourgogne.
• La consolidation financière des PME de l’agroalimentaire.
• L’engagement des producteurs au capital des entreprises.
• La recherche et l’innovation autour de Vitagora .
• Le renforcement des politiques de promotion et de démarches à l’export.
• Le développement des productions sous signe officiel de qualité.
• Le développement de la contractualisation entre producteurs et transformateurs.
• Le renforcement des approvisionnements de proximité en particulier dans la restauration collective.
• La relocalisation de certaines productions en profitant de nouvelles opportunités comme celle de l’agriculture biologique.

Un think tank agri-agro


Il n’y aura pas de Bourgogne et d’agriculture fortes sans entreprises. Il y a urgence à resserrer les liens entre agriculture et agroalimentaire qui pourraient se concrétiser par la création d’un "think tank agri-agro". Avec la réforme de la Pac qui s’engage, l’Europe doit accompagner les régions dans cette direction en mobilisant les fonds du développement rural sur la recherche et l’innovation, sur la promotion des produits de qualité, sur tous les investissements de modernisation, sur les utilisations de proximité des énergies renouvelables. Il faut tirer parti du foisonnement des initiatives locales pour tirer la Bourgogne vers le haut. Avec ses partenaires, le conseil régional de Bourgogne est prêt à tenir toute sa place dans cet ambitieux défi. Des coordinations et des rapprochements existent entre régions pour en faire une vraie politique en lien avec nos intérêts nationaux et nos engagements européens. Localiser n’est pas un réflexe protectionniste mais une démarche de valorisation de nos atouts et de renforcement de notre tissu de PME/PMI face à un marché sans véritable règle si ce n’est celle du plus fort.
François Patriat
Président du conseil régional de Bourgogne
Jacques Rebillard
vice président du conseil régional de Bourgogne en charge de l’agriculture et de la forêt


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