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Mobilisations et actions syndicales

Une tension de fond toujours perceptible

Par petits groupes, FDSEA et JA de Saône-et-Loire ont pris part, dès lundi, aux mobilisations régionales et nationales précédant la potentielle (l’Italie de Meloni semblant lâcher la minorité de blocage, NDLR) signature du Mercosur de ce 12 janvier. 

Par Louise Terrillon, Aurélien Genest, Cédric Michelin et Christophe Soulard
Une tension de fond toujours perceptible

Des actes, pas des paroles ! Tel est le mot d'ordre dans chacune des actions de la FDSEA et des JA cette semaine. Le syndicalisme agricole de Saône-et-Loire est et restera en alerte. Le président de la FDSEA de Saône-et-Loire, Christian Bajard rappelle le contexte national et européen dans lequel s’inscrit le dossier Mercosur. Une vingtaine d’agriculteurs de Saône-et-Loire sont montés à Bruxelles le 18 décembre dernier pour dire non aux accords. À l’échelle régionale, une orientation se dessine au sein de la FRSEA Bourgogne–Franche-Comté pour des actions ciblées.

En Saône-et-Loire, les Jeunes Agriculteurs ont engagé des actions dites « coup de poing ». À la suite d’échanges avec Maxime Bonnot, le président des JA71, la possibilité a été donnée aux CSEA d’allumer des « feux de la colère » localement. Des feux qui ont éclaté un peu partout en Saone-et-Loire, les agriculteurs étant les bienvenus à les rejoindre encore mercredi soir comme le montre les photos à Étang-sur-Arroux, Bourbon-Lancy, Mâcon (au symbolique rond point de l'Europe), Vendenesse-les-Charolles, Vitry-en-Charolais, au rond point Jeanne-Rose au Creusot, à Lux... 

Une dizaine d’agriculteurs de la FDSEA, du secteur du Chalonnais et de la Bresse, se rendait aussi à Beaune dès mardi. En plus de ce péage, les manifestants ont bloqué les péages de Pouilly-en-Auxois (lundi et mercredi), Til-Châtel (21) mardi, ainsi que Bierre-lès-Semur mercredi.

Double blocage à Beaune 

Faire venir de la viande bovine « bourrée d'hormones » n'est pas imaginable pour Clément Stoenel, président des Jeunes agriculteurs de la Côte (territoire allant de Dijon sud jusqu'au pays beaunois). Ce jeune homme et ses collègues ont bloqué les deux péages d'autoroute à Beaune mardi, dès la fin de matinée : « Il y a une vingtaine de tracteurs et près de 50 agriculteurs. Nous rejoignons le mouvement national contre le Mercosur. Nous sommes également présents pour manifester contre la taxe carbone et exprimer notre colère sur une éventuelle baisse des aides Pac. À noter que plusieurs de nos collègues de Saône-et-Loire nous ont rejoints aujourd’hui, ils sont majoritairement du secteur de Verdun-sur-le-Doubs. Si le Mercosur venait à être signé en l'état lundi, nul doute que nous saurons nous mobiliser pour aller à Strasbourg le 19 janvier, afin d'alerter les eurodéputés ».

Incohérences en chaîne

Notre journal partant à l'impression mercredi à midi, nous ne sommes pas en mesure de relater ici de probables nouvelles sorties ces dernières heures. Une chose est sûre, les tentatives d'apaisement du Premier ministre ne sont pas suffisantes juste avant la potentielle signature du Mercosur et l'entrée en vigueur du MACF (en lien avec la taxe carbone). De leur côté, les discussions patinent toujours autant sur la Pac. L'une des premières personnes que nous avons rencontrées sur ces manifestations s'appelle Thomas Cotiby, éleveur à Villy-en-Auxois : « Nos revendications sont les mêmes que celles de fin décembre. Nous avions promis de revenir, nous sommes revenus ! Lecornu assure que le budget de la Pac sera maintenu à l'euro près : il serait intéressant de savoir comment il compte s'y prendre, car que tout est décidé au niveau européen ! ». Antoine Duthu était également présent et ne cachait pas son agacement : « Si les accords Mercosur passent, ça va péter fort, c'est certain. Ce serait un grand coup de couteau dans le dos des agriculteurs. Le signal envoyé serait horrible, alors que les normes sont toujours aussi nombreuses de notre côté. Je voudrais bien savoir ce que font aujourd'hui les gens qui ont signé la pétition contre l'acétamipride, ils devraient se rebeller, non ? ».

Louis Mimeur, éleveur de bovins et président des Jeunes agriculteurs (JA) de Pouilly-en-Auxois, était au rendez-vous, pour maintenir fermement ses positions. Comme pour ses collègues en Saône-et-Loire, l’idée est simple : se mobiliser pour garder la pression avant la signature du Mercosur, prévue le 12 janvier prochain au Parlement européen, « pour dire qu’on est encore là, que ce n’est pas oublié », souligne Louis. Comme tous, l’éleveur souhaite que la situation se stabilise et soit claire afin de « pouvoir dire aux jeunes "installez-vous en bovins ou en céréales, ça va aller" ». Il poursuit : « pour l’instant, dire qu’on aura encore des vaches dans trois ans, ce n’est pas sûr. Le cours de la viande a repris un peu, mais il y a cinq ans ce n’était pas ça et dans cinq ans ce ne serait peut-être pas le cas non plus. On veut juste une ligne de conduite claire, qu’on ne change pas toutes les cinq minutes notre fusil d’épaule ». Conscient de la situation, il admet que le « Mercosur n’est qu’une goutte dans l’océan, il y a déjà des choses signées, mais c’est pour le principe : savoir ce qu’on veut faire de l’agriculture en France ».

 Signature : 

La FNSEA demande une loi d’exception

Après Jeunes Agriculteurs, la FNSEA a été reçue à Matignon le 6 janvier par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Elle demande notamment la mise en place d’une loi d’exception agricole.

C’est avec l’intention que le gouvernement passe enfin aux actes, comme Sébastien Lecornu s’y était engagé dans une lettre ouverte adressée aux agriculteurs le 4 janvier au soir, que la délégation de la FNSEA conduite par son président Arnaud Rousseau* s’est rendue à l’Hôtel de Matignon le 6 janvier. L’objectif était clair : repartir avec un calendrier d’actions qui puisse « faire avancer les dossiers ». Au cours de cet entretien qui a duré plus de deux heures, la FNSEA a évoqué, la « crise de vision et de stratégie » sur le secteur, « la crise économique qui frappe de nombreux domaines » et aussi « la crise de confiance dans la parole publique », a indiqué Arnaud Rousseau. La délégation de la FNSEA a esquissé les contours de ce qui pourrait être une future loi spéciale sur l’agriculture. L’objectif est de « faire sauter des verrous » juridiques, comme ce fut le cas pour la reconstruction de Notre-Dame. Déposée en urgence le 24 avril 2019 elle a été votée le 11 juillet et promulguée le 29 juillet suivant. « Il y a des mesures urgentes à prendre et nous attendons des actes », a insisté Arnaud Rousseau.

Tenir les engagements

Car le syndicat majoritaire s’agace d’entendre les grandes paroles qui ne sont pas suivies d’effet. « Même si nous sommes conscients que tout ne se fait pas d’un claquement de doigt », Arnaud Rousseau n’en peut plus du « déclaratif », comme il l’a précisé lors d’une rencontre avec la presse avant son rendez-vous avec Sébastien Lecornu. Il y a beaucoup de « dossiers en souffrance » comme celui des retenues d’eau, instruits depuis « quatre, cinq ans ou plus qui n’ont pas vu un coup de pelle ». Le président de la FNSEA cite également le plan de souveraineté des fruits et légumes mis en place en avril 2024. « Il a été abondé la première année et depuis plus rien », a observé Arnaud Rousseau. Il fustige aussi le manque d’action du gouvernement sur le Plan protéines, mis en place en 2019 sur une base de partenariat public-privé, d’une durée de 10 ans et pour un montant global de 100 millions d’euros. « La part de l’État (5 millions d’euros par an**) au titre de l’année 2024 a été versée… en décembre 2025 », s’est irrité Arnaud Rousseau qui presse le gouvernement de publier les décrets d’application de la loi Duplomb, les arrêtés sur la prédation, appliquer le plan viticole ou encore de préciser les éléments techniques de la Mesure d’ajustement carbone aux frontières. « Les engagements pris doivent être tenus », a-t-il insisté. Les dossiers du Mercosur (lire encadré) et de la PAC ont également été évoqués au cours des échanges. Ce que souhaite aussi la FNSEA, c’est « une vision de l’agriculture pour la France et l’Europe », avait martelé, peu avant sa rencontre avec Sébastien Lecornu, le président de la FNSEA lors d’une rencontre avec la presse. Le Premier ministre a assuré qu’il ferait des propositions pour le vendredi 9 janvier.

(*) Il était accompagné du secrétaire général Hervé Lapie ; du premier vice-président, Jérôme Despey ; du président de l’AGPB (blé), Éric Thirouin ; du président de la FNPL (lait), Yohann Barbe et du président de la FNB (bovins), Patrick Bénézit.

(**) La filière végétale verse également 5 millions d’euros par an

Mercosur : mobilisation attendue à Strasbourg les 19-20-21 janvier

Si l’Italie avait soutenu la France en décembre dernier contre le Mercosur, « elle est maintenant en train de lâcher », a indiqué Arnaud Rousseau, sur le perron de Matignon. La minorité de blocage attendue pour le Sommet des chefs d’État et de Gouvernement prévue les 10 et 11 janvier ne devrait pas être réunie pour stopper la signature du Mercosur, prévue le 12 janvier. Il restera alors aux agriculteurs à faire pression sur le Parlement européen qui lui peut refuser de ratifier cet accord de libre-échange. C’est pourquoi la FNSEA envisage une action syndicale au pied du Parlement européen à l’occasion de la plénière des 19, 20 et 21 janvier à Strasbourg. En attendant, le réseau FNSEA est resté mobilisé sur le dossier du Mercosur, avec une cinquantaine de départements qui ont effectué des rassemblements devant les préfectures, des rencontres avec les préfets, des opérations de bâchage pour sensibiliser les citoyens, des feux de la colère ou encore ont contrôlé des grandes surfaces et des zones portuaires.

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