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Randonnée, marche au crépuscule 18 juillet 2026

Faire de l’IA un bien commun agricole

Par Marie-Cécile Seigle-Buyat
Faire de l’IA un bien commun agricole
©Yann Gourvenec
Hervé Pillaud, coauteur de l’ouvrage : L'IA des champs.

Le numérique, pour Hervé Pillaud, ancien agriculteur vendéen et coauteur de l’ouvrage L’IA des champs, est un outil. « Il faut le considérer comme tel. Je pense que via le numérique, et encore plus maintenant avec l’intelligence artificielle (IA), nous avons les outils pour passer à une agriculture intensive en connaissance. L’IA nous donne des moyens. En agriculture, nous travaillons avec du vivant et le vivant est complexe. L’IA nous permet de travailler cette complexité comme jamais nous n’avons pu le faire auparavant. » Pour lui, l’agriculture fait aujourd’hui face à une « rupture des usages ». « Nous avons désormais des outils capables d’accompagner notre pensée. Cela change profondément la manière de travailler », souligne le spécialiste. Si ce tournant peut être effrayant, Hervé Pillaud affirme « qu’il ne faut absolument pas le craindre. Il faut la prendre de la bonne façon. Il ne faut pas en faire un outil de substitution, mais un outil d’augmentation ». Autrement dit, la valeur ne viendra pas de l’outil seul, mais de la façon dont les exploitations, les coopératives, les chambres d’agriculture, les réseaux techniques… s’en saisiront. Ainsi, pour l’ancien responsable agricole, l’IA ne doit pas se substituer au jugement agricole, mais renforcer les compétences, structurer des communs numériques et faire évoluer le conseil et la formation. En effet, dans le contexte agricole actuel : aléas climatiques, exigences réglementaires, volatilité des marchés, pression environnementale… l’IA peut devenir un outil d’aide à la décision puissant. En croisant données techniques, historiques d’exploitation, références économiques et informations climatiques, l’IA peut éclairer les arbitrages.

Un levier d’intelligence collective

Pour autant, contrairement à une idée répandue, l’IA ne doit pas isoler les exploitants derrière des interfaces individuelles. Pour Hervé Pillaud, elle peut au contraire renforcer les dynamiques collectives. « Si nous voulons réussir, il faut que l’IA soit un outils de réhabilitation, de réinvention, de redéfinition de l’intelligence collective. Si nous réunissons dix agriculteurs qui utilisent les mêmes outils, nous obtiendrons dix interprétations différentes. C’est ce débat qui crée la valeur. Il faut mettre l’IA au service de cette intelligence collective. »

Pour que l’IA produise des résultats fiables, trois chantiers doivent être engagés, selon Hervé Pillaud. Le premier est l’acculturation : comprendre les limites des modèles, éviter les réponses approximatives, apprendre à interroger les outils avec méthode. Le deuxième concerne les « communs numériques » : mutualiser certaines données agricoles pour améliorer la précision des analyses. Sans données contextualisées, l’IA reste générique.  Le troisième relève du management de la donnée. Identifier ce qui constitue un avantage stratégique, ce qui peut être partagé et surtout valoriser la « donnée d’usage » issue du terrain. « C’est là que réside une partie de notre valeur collective. »

Former pour transformer

Cette évolution appelle une adaptation des dispositifs de formation. L’enjeu n’est pas de transformer les agriculteurs en développeurs, mais d’intégrer une culture numérique transversale dans les cursus agricoles et dans la formation continue. Pour Hervé Pillaud, l’agriculture dispose d’un atout : un système de formation structuré et connecté aux réalités professionnelles. À condition d’anticiper, de décloisonner les disciplines et d’impliquer l’ensemble des acteurs du conseil. L’intelligence artificielle ne remplacera pas l’agriculteur. Mais, bien utilisée, elle peut devenir un levier de performance, d’anticipation et de coopération. La question n’est plus de savoir si elle s’imposera. Elle est déjà là. L’enjeu est désormais stratégique : organiser collectivement son usage pour en faire un avantage durable pour les exploitations et les filières.

Marie-Cécile Seigle-Buyat

Témoignage / Hervé Pillaud, ancien éleveur engagé à la FNSEA, dans les chambres d’agriculture et à La Ferme Digitale, a consacré quarante ans de sa vie à moderniser l’agriculture. Innovateur en génétique bovine et gestion de l’eau, il a ensuite promu la digitalisation et la collaboration au sein du secteur. Dans L’IA des champs1, il analyse, avec deux autres spécialistes du numérique, les enjeux de l’intelligence artificielle pour le monde agricole et appelle à en faire un levier d’intelligence collective.

1. L’IA des champs aux éditions France agricole. L’ouvrage a été coécrit par Hervé Pillaud, Karine Cailleaux-Breton et David Joulin. Il sera disponible à compter du 1er avril.