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Agrioccasions, les occasions agricoles
Agrobiologistes de Bourgogne

Où vont les bio ?

« Bio historiques » ou « bio industriels » ? Mardi dernier à Fontaines, les agrobiologistes de Bourgogne - réunis au sein de leur Confédération des groupements (CGab) - avaient bien du mal à se mettre d'accord sur l'idée même d'un modèle bio à défendre. Victime du succès, cette structure - devenue plurielle - n'est plus dans l'opposition simpliste à d'autres modèles agricoles (productiviste, chimique...). L'arrivée de nouveaux producteurs - auparavant conventionnels - le leur rappelle constamment. Les bio vont devoir désormais se construire une nouvelle identité tous ensemble. Plus durable ?
Par Publié par Cédric Michelin
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Le visage de l'Agriculture biologique change. L'AB n'est plus cantonnée à quelques marchés. Elle est désormais encouragée et développée par de grands groupes. Il suffit d'ailleurs de voir les conversions engagées par Danone ou Triballat voir, plus proche de nous, la mise en place du Moulin d'Aiserey porté essentiellement par Dijon Céréales. Mais quel est donc ce nouveau visage pris en quelques années par les producteurs bio ?
Serait-ce ce qu'on appelle le très tendance "Green Business" ? A Fontaines, la Confédération des groupements des agrobiologistes (CGab) de Bourgogne a tenté de le savoir, au travers d'une enquête d'opinion. Une chose est certaine, le mouvement a évolué avec l'arrivée de ces nouveaux "convertis". Mais ces derniers n'ont pas forcément la même « idéologie » que les premiers bio, ni la même approche économique. Et cela se perçoit dans les chiffres tout autant que dans les débats internes.

Représentatif de la Bourgogne ?



25 % des agrobiologistes - adhérents ou non à un Gab - avaient répondu à un questionnaire portant sur l'organisation des structures bio en Bourgogne. Parmi eux, Denis Juhé, vice-président du Gabsel (Gab 71) et secrétaire de la CGab, présentait les résultats en les commentant, pour « réfléchir et débattre sur les principes de gouvernance ». Synthétiquement, les filières ayant le plus répondu sont la viticulture, la polyculture-élevage et les cultures spécialisées (maraîchage, arboriculture, plantes médicinales...).
Rien d'étonnant dès lors d'entendre une première remarque émanant de la salle : « la représentativité des professionnels dirigeant nos structures bio ne devrait-elle pas être plus en phase avec le poids des productions de la région ? ». En effet, les éleveurs spécialisés, notamment allaitant, tout comme les céréaliers sont sous-représentés au sein des instances bio.
Autre constat, parmi les structures bio les plus spontanément citées apparaissent en tête la CGab et le Sedarb (tout particulièrement par les viticulteurs). « Les Gab, eux, sont très peu cités », déplorait Denis Juhé.
Après la notoriété, l'enquête soulevait la question de l'indépendance. Une large majorité (95 %) souligne le rôle central que doit remplir en matière de coordination globale la CGab. Reste que seuls 68 % des répondants jugent que la CGab est à leur écoute (auxquels s'ajoute 10 % d'abstention).
Poursuivant, Denis Juhé détachait deux remarques de votants opposés sur la question "le Gab prend-il en compte votre avis ?". Un a répondu "non, car la bio industrielle prendrait de plus en plus de poids". A l'opposé, un autre a répondu que ce sont les "intégristes" de la bio » qui gouverneraient à la CGab...

Éthique, environnement, solidarité



Plongés dans leur réflexion du matin, les agrobiologistes avançaient des éléments de réponse à la question "pourquoi avoir choisi le bio ?". Dans le questionnaire, les choix multiples étaient possibles. 50 % répondent d'abord par éthique environnementale, par respect du vivant, par solidarité et par indépendance. 50 % parlent de qualité et de santé, notamment chez les viticulteurs « en petit décalage avec les autres » productions. Enfin, un tiers a répondu franchement s'être converti au bio pour les aides économiques, mais aussi pour la proximité et le lien social avec d'autres producteurs (parrainage, appui technique...). Des raisons qui se retrouvent dans le choix d'adhérer au Gab comme dans les attentes futures, notait le vice-président du Gabsel.
Parmi les "points faibles" à améliorer, la CGab entend s'attacher à fournir une meilleure « visibilité et lisibilité », tant en interne qu'en externe. La Confédération tentera de modifier son fonctionnement, « et peut-être nos statuts ». Le bureau est, pour 2011, déséquilibré avec deux Saône-et-Loiriens, un Nivernais et trois Côte-d'Oriens.
Quant aux médias, « nous n'apparaissons pas assez dans la presse », estimait Denis Juhé. Peut-être parce que « la CGab n'affirme pas assez ses orientations » « entre la bio qui s'engage dans l'industrie et la bio qui se recroqueville sur elle ».

Logés à la même enseigne


Comme un boomerang, le sujet revenait donc sur la table. « Si la Cocébi (Coopérative céréalière Biobourgogne) a réussi à s'entendre avec Dijon Céréales, ce sont des bio, laissons-les ! Tout le monde ne peut pas faire de la vente directe », s'emportait un participant. Ce à quoi répondait, plus mesuré, Denis Juhé, « le jour où la bio industrie se met en place, il y aura plein de petits producteurs qui disparaîtront, au vu de l'histoire récente de l'agriculture conventionnelle ».
Issu du secteur s'étant le plus converti au bio ces dernières années, un viticulteur - qui assistait visiblement pour la première fois à l'assemblée du Gab - exprimait son étonnement quand au refus de certains agrobiologistes de voir le groupe Duc s'engager dans la production et la commercialisation de volailles bio : « Que je sache, pour obtenir un label, nous sommes tous logés à la même enseigne par l'organisme de certification. Qu'entendez-vous par industriel ? ».
Un problème qui renvoit à la philosophie même du CGab. L'expression aussi, semble-t-il, d'une « peur d'être pris d'assaut par une majorité ne correspondant plus à la philosophie de départ » qui avait déjà eu lieu lors de l'assemblée générale du Gab 21, lequel avait invité Global, Biolait, Dijon Céréales et un boulanger industriel.

Maintenir la confiance



Christian Baque calmait les ardeurs en rappelant que les « chemins sont divers pour réussir. La gestion des filières longues pose des questions car c'est un autre type de raisonnement. Il faut conserver nos principes et ne pas s'assoir dessus. C'est essentiel pour maintenir la confiance. Alors, aménageons des espaces de discussions », concluait-il.
Idéologie, nouvelle majorité, démocratie, liberté et valeurs bio sont donc en train de redéfinir l'identité du syndicat. Durablement ?