PSDR Bourgogne
Régénérer l'économie
Mardi 7 février à AgroSup Dijon étaient dévoilées les conclusions du
programme de recherche "Pour et sur le développement régional" (PSDR) en
agriculture. L’étude prospective à l’horizon 2030 a permis de dégager
des scénarii, pour guider les actions des politiques.
programme de recherche "Pour et sur le développement régional" (PSDR) en
agriculture. L’étude prospective à l’horizon 2030 a permis de dégager
des scénarii, pour guider les actions des politiques.
L’ambiance était studieuse ; les mots académiques résonnaient dans l’amphithéâtre Pisani. Car, les résultats des recherches du PSDR, sous-titré "Savoir pour Agir", serviront principalement aux politiciens locaux. Du conseil régional, Jacques Rebillard résumait simplement : « ces scénarii agissent comme des balises », placées dans les futurs possibles ou non. Pour mieux comprendre, il donnait son analyse : « cette réflexion (…) pose la question de la politique et de ses actions, si elles sont dans la bonne direction. Au conseil régional, on va de moins en moins dans les aides à l’investissement mais plus dans l’aide organisationnelle des filières, comme pour la production de moutarde ou demain le développement des protéagineux ».
Forcer le trait des futurs
D’AgroSup Dijon, Francis Aubert résumait ces « futurs possibles » qui ont été « imaginés » à partir d’autres études « prospectives » (Énergies 2030 du MAAP). Trois scénarii ont donc été bâtis à partir de là. Tous trois, envisageant des changements majeurs soit sur les coûts des énergies (A), soit sur la demande en aliments santé (B) ou soit sur la préservation de la Nature (C). Autant le dire, les hypothèses choisies et les conclusions « forcent le trait », prévenait le professeur d’économie. Une démarche paradoxale pour des scientifiques…
Revenant au présent, le consultant Xavier Poux rappelait les tendances actuelles : agrandissement, spécialisation, et complémentarité culture élevage. La Bourgogne a une économie agricole et viticole « ouverte » sur le monde et produite pour nourrir « 9 millions de personnes ». La région a encore du potentiel pour « s’adapter » à des changements et « innover » pour décider de son futur. Bien positionner dans ce schéma, les exploitations en polyculture élevage et les exploitations moyennes ne seront certainement plus « oubliées » dans les prochaines politiques. Pour les chercheurs, maintenant, « la problématique se pose plus sur la durabilité du modèle dominant ».
Difficile équilibre
Ces derniers, placés dans les scénarii A, B et C, n’évolueraient pas de la même façon. Avec la fin du pétrole "bon marché", une relocalisation de l’activité s’opérerait et déboucherait sur une réorganisation des filières –visant l’autonomie des exploitations– pour une agriculture de proximité, sous l’influence d’autres régions à « forts potentiels » (Paris, Lyon). L’espace rural revivrait pleinement.
En revanche, si la rupture énergétique majeure n’a pas lieu (scénario B), le marché agro-alimentaire s’orientera vers la vente d’alicaments (contraction d’aliment et de médicament), en raison notamment du vieillissement de la population et du culte du corps des nouvelles générations. Dans ce cas, l’agriculture serait obligée de suivre cette demande de la grande distribution et des industriels mondialisés qui l’« obligerait » à conduire de façon « technologique » les exploitations agricoles (avec réduction des phytos), voir carrément avec des cahiers des charges « industriels ». Des « résistants gaulois » s’organiseraient autour des pôles urbains.
Enfin, dernier scénario (C), la lutte –« planifiée »– contre le réchauffement climatique devient une priorité internationale et européenne et se diffuse dès lors dans toute la société. Fruit de son histoire et de son travail, la Bourgogne « valorise » son bilan agro-environnemental, largement positif. En revanche, les circuits commerciaux sont profondément raccourcis. « On optimise le carbone » mais, en province, les services culturels (tourisme notamment) sont abandonnés (sentiment de culpabilité du consommateur à voyager) et engendrent une « fracture rural/urbain ».
Trois scénarii peu crédibles
Ainsi, chaque scénario « reflète une forme de spécialisation régionale qui pose problème dans sa forme extrême » qui fait qu’aucun n’est vraiment « crédible » ou plutôt réaliste.
Pour l’Inra, Sandrine Petit analysait néanmoins les défis et enjeux, rencontrés dans tous les cas de figure. Pour elle, une chose sera sûre : les politiques agricoles « ne se réfléchiront plus seules mais avec ces problématiques alentours (énergies, santé, environnement...) ». Une « médiation » s’installera soit avec le consommateur (A), soit avec la GMS (B) mais le monde rural se videra en cas de réglementation environnementale trop contraignante (C).
Des installations à la ville ?
Restait une grande inconnue dans cette enquête : quelles sont les attentes des agriculteurs en matière de qualité et de niveau de vie. « Elles devraient être proches de celles du reste de la société », pense-t-elle. Cela veut-il dire que demain les installations des exploitants se feront en ville ? En tout cas, cela pose la question « de la flexibilité » du métier qui s’ouvrira à d’autres activités (pluriactivité, salariat…). Dans tous les scénarii, les sociétés privées conseillant les chefs d’exploitation se développent, remettant en cause quelque part « les collectivités publiques », voir les OPA. En matière de développement collectif, la « professionnalisation » des agriculteurs se poursuit « via des coopératives de grandes tailles pour négocier avec les GMS » ou d’autres formes « plus petites », commerçant sur des niches.
Président de la chambre régionale d’agriculture, Dominique Chambrette en concluait que dans tous ces scénarii, l’accompagnement vers une « agriculture durable » permettrait de produire aujourd’hui et demain.
Régénérer l’économie
Directeur scientifique de Dijon Céréales et pour Vitagora, Gérard Million restait perplexe mais voyait dans « cette agitation de neurones, pas forcément facile à concrétiser sur le terrain », un moyen de rapprocher agriculteurs et recherche. Car, comme remarquait François Roche-Brune, représentant le préfet de Région, « en période de crise, les entreprises qui marchent sont celles qui innovent ». Il rajoutait qu’en la matière, « nos entreprises innovent moins en Bourgogne » que dans d’autres départements homologues.
Gérard Million positivait et rappelait la mise en place de « collaborations avec la recherche médicale », ou encore avec Vitagora et la PIAE qui sont autant « d’atouts pour la Bourgogne, la santé et l’agroenvironnement ». Il demandait par contre aux scientifiques d’aider les agriculteurs à « imaginer d’autres systèmes de distribution » pour mieux conserver la valeur ajoutée des produits. Enfin, il n’hésitait pas à se montrer critique sur la responsabilité de la communauté scientifique qui n’a pas su « crédibiliser l’innovation » par le passé, comme sur les OGM qui auraient, selon lui, permis de « franchir un pas vers moins d’agrochimie ».
Jacques Rebillard avait le mot de la fin : « ce PSDR est aussi une partie de réponse à la désindustrialisation et à la désertification rurale. L’intelligence, les initiatives viennent des territoires et là dedans, l’agriculture et l’alimentaire ont toute leur place pour régénérer l’économie ». Les scientifiques viennent donc de confirmer aux politiciens ce que les agriculteurs savaient déjà !
Forcer le trait des futurs
D’AgroSup Dijon, Francis Aubert résumait ces « futurs possibles » qui ont été « imaginés » à partir d’autres études « prospectives » (Énergies 2030 du MAAP). Trois scénarii ont donc été bâtis à partir de là. Tous trois, envisageant des changements majeurs soit sur les coûts des énergies (A), soit sur la demande en aliments santé (B) ou soit sur la préservation de la Nature (C). Autant le dire, les hypothèses choisies et les conclusions « forcent le trait », prévenait le professeur d’économie. Une démarche paradoxale pour des scientifiques…
Revenant au présent, le consultant Xavier Poux rappelait les tendances actuelles : agrandissement, spécialisation, et complémentarité culture élevage. La Bourgogne a une économie agricole et viticole « ouverte » sur le monde et produite pour nourrir « 9 millions de personnes ». La région a encore du potentiel pour « s’adapter » à des changements et « innover » pour décider de son futur. Bien positionner dans ce schéma, les exploitations en polyculture élevage et les exploitations moyennes ne seront certainement plus « oubliées » dans les prochaines politiques. Pour les chercheurs, maintenant, « la problématique se pose plus sur la durabilité du modèle dominant ».
Difficile équilibre
Ces derniers, placés dans les scénarii A, B et C, n’évolueraient pas de la même façon. Avec la fin du pétrole "bon marché", une relocalisation de l’activité s’opérerait et déboucherait sur une réorganisation des filières –visant l’autonomie des exploitations– pour une agriculture de proximité, sous l’influence d’autres régions à « forts potentiels » (Paris, Lyon). L’espace rural revivrait pleinement.
En revanche, si la rupture énergétique majeure n’a pas lieu (scénario B), le marché agro-alimentaire s’orientera vers la vente d’alicaments (contraction d’aliment et de médicament), en raison notamment du vieillissement de la population et du culte du corps des nouvelles générations. Dans ce cas, l’agriculture serait obligée de suivre cette demande de la grande distribution et des industriels mondialisés qui l’« obligerait » à conduire de façon « technologique » les exploitations agricoles (avec réduction des phytos), voir carrément avec des cahiers des charges « industriels ». Des « résistants gaulois » s’organiseraient autour des pôles urbains.
Enfin, dernier scénario (C), la lutte –« planifiée »– contre le réchauffement climatique devient une priorité internationale et européenne et se diffuse dès lors dans toute la société. Fruit de son histoire et de son travail, la Bourgogne « valorise » son bilan agro-environnemental, largement positif. En revanche, les circuits commerciaux sont profondément raccourcis. « On optimise le carbone » mais, en province, les services culturels (tourisme notamment) sont abandonnés (sentiment de culpabilité du consommateur à voyager) et engendrent une « fracture rural/urbain ».
Trois scénarii peu crédibles
Ainsi, chaque scénario « reflète une forme de spécialisation régionale qui pose problème dans sa forme extrême » qui fait qu’aucun n’est vraiment « crédible » ou plutôt réaliste.
Pour l’Inra, Sandrine Petit analysait néanmoins les défis et enjeux, rencontrés dans tous les cas de figure. Pour elle, une chose sera sûre : les politiques agricoles « ne se réfléchiront plus seules mais avec ces problématiques alentours (énergies, santé, environnement...) ». Une « médiation » s’installera soit avec le consommateur (A), soit avec la GMS (B) mais le monde rural se videra en cas de réglementation environnementale trop contraignante (C).
Des installations à la ville ?
Restait une grande inconnue dans cette enquête : quelles sont les attentes des agriculteurs en matière de qualité et de niveau de vie. « Elles devraient être proches de celles du reste de la société », pense-t-elle. Cela veut-il dire que demain les installations des exploitants se feront en ville ? En tout cas, cela pose la question « de la flexibilité » du métier qui s’ouvrira à d’autres activités (pluriactivité, salariat…). Dans tous les scénarii, les sociétés privées conseillant les chefs d’exploitation se développent, remettant en cause quelque part « les collectivités publiques », voir les OPA. En matière de développement collectif, la « professionnalisation » des agriculteurs se poursuit « via des coopératives de grandes tailles pour négocier avec les GMS » ou d’autres formes « plus petites », commerçant sur des niches.
Président de la chambre régionale d’agriculture, Dominique Chambrette en concluait que dans tous ces scénarii, l’accompagnement vers une « agriculture durable » permettrait de produire aujourd’hui et demain.
Régénérer l’économie
Directeur scientifique de Dijon Céréales et pour Vitagora, Gérard Million restait perplexe mais voyait dans « cette agitation de neurones, pas forcément facile à concrétiser sur le terrain », un moyen de rapprocher agriculteurs et recherche. Car, comme remarquait François Roche-Brune, représentant le préfet de Région, « en période de crise, les entreprises qui marchent sont celles qui innovent ». Il rajoutait qu’en la matière, « nos entreprises innovent moins en Bourgogne » que dans d’autres départements homologues.
Gérard Million positivait et rappelait la mise en place de « collaborations avec la recherche médicale », ou encore avec Vitagora et la PIAE qui sont autant « d’atouts pour la Bourgogne, la santé et l’agroenvironnement ». Il demandait par contre aux scientifiques d’aider les agriculteurs à « imaginer d’autres systèmes de distribution » pour mieux conserver la valeur ajoutée des produits. Enfin, il n’hésitait pas à se montrer critique sur la responsabilité de la communauté scientifique qui n’a pas su « crédibiliser l’innovation » par le passé, comme sur les OGM qui auraient, selon lui, permis de « franchir un pas vers moins d’agrochimie ».
Jacques Rebillard avait le mot de la fin : « ce PSDR est aussi une partie de réponse à la désindustrialisation et à la désertification rurale. L’intelligence, les initiatives viennent des territoires et là dedans, l’agriculture et l’alimentaire ont toute leur place pour régénérer l’économie ». Les scientifiques viennent donc de confirmer aux politiciens ce que les agriculteurs savaient déjà !