Un cap agricole et viticole offensif pour 2026
Réunis le 14 janvier à Mâcon pour des vœux à la presse avant le devoir de réserve lié aux élections municipales, le préfet de Saône-et-Loire, Dominique Dufour a consacré une large part de ses réponses aux enjeux agricoles et viticoles, en s’appuyant sur l’expérience concrète des crises récentes et sur une volonté affichée de tenir une ligne claire face aux difficultés du terrain.
Dès l’ouverture, le préfet a rappelé son attachement au territoire et à ses filières. « Ça fait cinq mois maintenant que je suis installé dans le département. Ravi de l’être. […] Un territoire totalement divers, avec une très forte identité. Pour un représentant de l’État, c’est un vrai bonheur ». Il inscrit 2026 dans une continuité assumée, avec un accent particulier sur le développement agricole, qu’il place au même niveau que le développement économique, tous deux qualifiés de « colonnes vertébrales du territoire ».
DNC : une crise douloureuse mais maîtrisable
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a occupé une place centrale dans les premiers échanges. Actualité et crise sanitaire obligent Le préfet est revenu sans détour sur les décisions prises à l’automne 2025. « Le taux de bovins vaccinés contre la DNC en Saône-et-Loire dépassait 90 % des élevages dans les zones concernées à la fin de 2025 ». Le département reste indemne de tous cas grâce aux efforts des autres départements aussi.
Il a justifié la stratégie de dépeuplement des troupeaux infectés, malgré les incompréhensions qu’elle a parfois suscitées. « Sachant que la maladie ne se guérit pas, je le rappelle. […] Tout ce qu’on a fait, on l’a fait collégialement. C’est toujours douloureux. Mais aujourd’hui les élevages ont été reconstitués. Les personnes ont repris leur activité de manière saine ». Il a aussi souligné le rôle de la profession départemental, saluant le « sens des responsabilités » des principales OPA.
Pour Dominique Dufour, le choix était encore plus clair. « Ne pas agir, c’était prendre le risque d’une diffusion incontrôlée de la maladie et mettre en péril l’ensemble de la filière bovine ». Une ligne qu’il revendique aujourd’hui, alors que la Saône-et-Loire est passée en zone vaccinale et que les échanges de bovins reprennent progressivement.
Flavescence dorée : innover plutôt que subir
Autre front sanitaire, cette fois dans le monde végétal, la flavescence dorée. Le préfet a reconnu une dégradation de la situation dans le sud du département, notamment en Beaujolais Nord-Mâconnais Sud. Il a insisté sur la concertation avec la profession, dans un contexte de fortes tensions autour de l’usage des produits phytosanitaires.
« Tout le monde n’est pas du même avis. Certains veulent du tout phyto, d’autres n’en veulent pas du tout ». Face à ce dilemne, il défend l’orientation prise par son prédécesseur, Yves Séguy, avec le projet Flav’tech, qu’il qualifie de « vraiment excellent » pour améliorer la détection précoce. Et donc agir rapidement. Pour le reste, c'est le préfet de Région (Côte d'Or) qui tranchera le plan de lutte à venir.
Loup : réguler, protéger, accompagner
Interrogé sur la prédation des loups, Dominique Dufour a rappelé l’évolution récente du statut du loup, désormais classé comme simple espèce protégée, mais pouvant faire l’objet de régulation. « Avant, il fallait un arrêté du préfet pour autoriser les tirs. Aujourd’hui, l’éleveur prédaté peut lui-même prendre la défense de son troupeau et tirer, sans demander la permission, sous réserve de faire une déclaration. »
Cette déclaration devrait, à terme, pouvoir se faire simplement, « idéalement sur son téléphone portable ». Le préfet assume ce changement de doctrine, tout en rappelant l’importance de la protection des troupeaux. « Il faut aller vers la protection. On n’a pas le choix à un moment donné ».
Néanmoins, il a reconnu la complexité des situations locales, notamment en zone bocagère. « Je comprends que mettre de la protection partout, c’est chronophage, ça prend du temps » et surtout, c'est rarement efficace... Mais il insiste sur l’accompagnement possible, y compris pour le recrutement de main-d’œuvre, et sur une approche concertée avec la Chambre d’agriculture pour le classement des zones de non protégeabilité.
Sécheresse : s’adapter durablement
Même si le sujet n’a pas eu le temps d'être abordé avec les médias, la préfecture a replacé la question de l’eau dans une trajectoire de fond dans son dossier de presse. Après un été 2025 marqué par des restrictions sévères, les services de l'Etat assument une ligne de sobriété durable. Les Assises de l’eau organisées en mai dernier et les ateliers par type d’usage s’inscriveront dans cette logique d’adaptation collective, qui concerne directement l’irrigation agricole et la gestion des ressources pour l’élevage.
Une ligne assumée vis-à-vis du monde agricole
Au fil des réponses, Dominique Dufour a revendiqué une méthode faite de dialogue, mais aussi de décisions tranchées lorsque l’enjeu sanitaire ou économique l’impose. « Tout ce qu’on a fait, on l’a fait collégialement », répète-t-il, tout en assumant les choix difficiles, qu’il s’agisse de la DNC, de la flavescence dorée ou du loup.
Son message aux agriculteurs et viticulteurs est cependant clair : l’État ne se dérobe pas. « On doit avancer ensemble », martèle-t-il, en misant sur l’innovation, la protection des troupeaux, la maîtrise sanitaire et l’adaptation au changement climatique.
Aides animales : Télépac 2026 est ouvert
Depuis le 1er janvier 2026, les éleveurs peuvent déclarer leurs aides animales sur Télépac, le site Internet du ministère de l’Agriculture. Cela concerne notamment les aides ovines, caprines et bovines, ainsi que l’aide aux veaux sous la mère et aux veaux issus de l’agriculture biologique.
La date limite est fixée au 2 février 2026 pour les ovins et caprins, et au 15 mai 2026 pour les bovins. La télédéclaration est obligatoire pour percevoir ces aides.
DNC : la Saône-et-Loire en zone vaccinale
Depuis le 18 janvier 2026, la zone réglementée mise en place autour des foyers du Jura et du Doubs est levée en Saône-et-Loire. Le département est désormais classé en zone vaccinale.
Cette évolution facilite les mouvements de bovins vers les zones indemnes, sous conditions. Les autorités sanitaires italiennes ont accepté que les règles applicables à la zone vaccinale Bourgogne–Franche-Comté soient identiques à celles d’Auvergne–Rhône-Alpes, signe de la reconnaissance de la maîtrise sanitaire française.
Cédric Michelin
Encadrés