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Agrioccasions, les occasions agricoles
Libéralisation des droits de plantation

Une menace bien réelle pour l'avenir

Lors de son intervention à Saint-Gengoux-de-Scissé le 7 avril dernier dans le cadre de l’assemblée générale de l’Union des producteurs de vins Mâcon, le directeur de la Cnaoc, Pascal Bobillier-Monnot, a alerté sur les risques encourus par les vins français dans un délai assez court, en l'occurrence du fait de la possible libéralisation des droits de plantation. Il a ainsi rappelé l’indispensable besoin de régulation sous peine d’implosion du système.
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À l’occasion de l’assemblée générale de l’Union des producteurs de vins Mâcon à Saint-Gengoux-de-Scissé le 7 avril dernier, Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la Cnaoc (Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à Appellations d’origine contrôlée), était invité à intervenir et à traiter des enjeux pour les AOC face à l'avenir. L’occasion, bien évidemment, de s’interroger sur le devenir des vins hexagonaux dans un marché mondialisé et avec de nouvelles règles dictées par l’Europe. Ainsi, Pascal Bobillier-Monnot a-t-il tenu à rappeler que, dès le 1er janvier 2016, l’interdiction de planter disparaîtra totalement au niveau européen. Et dès le 1er janvier 2019, tout le monde pourra planter de la vigne où bon lui semble. « Les dangers d’une libéralisation des plantations sont tels que la Cnaoc et la profession s’emploient depuis plusieurs mois déjà à sensibiliser les autorités publiques et communautaires. La prise de position du Président de la République en janvier dernier –qui a parlé à ce sujet de catastrophe– constitue une avancée importante mais la route reste encore longue ».

Une déstabilisation des marchés et de la filière


Bien évidemment, cette liberté de planter entraînerait une augmentation de la production. Avec, à la clé, un inévitable déséquilibre entre offre et demande. En première ligne, les AOC pourraient ainsi voir leur production tripler avec plus d’un million d’hectares disponibles en aire d’appellation... La situation est tout aussi préoccupante pour les vins sans IG. En outre, certains départements non viticoles et plusieurs pays d’Europe centrale ont d'ores et déjà manifesté leur intention de créer de nouveaux vignobles...
Cette libéralisation aurait également plusieurs impacts majeurs, que ce soit sur les paysages avec délocalisation de certains vignobles des coteaux vers la plaine, plus facile d’accès et proche de la ressource en eau, sur l’environnement et l’aménagement du territoire, sur le tourisme où la route des vins a fait le succès de certaines régions, sur l’emploi avec une concentration de l’offre et la disparition des petites exploitations familiales ainsi que sur l’image même du vin. « Au niveau individuel, les droits détenus en portefeuille perdront toute valeur et le prix du foncier en AOC pourrait se trouver fortement affaibli par l’évolution du marché ».

L’indispensable régulation


Par conséquent, la Cnaoc se mobilise en direction non seulement des élus, qu’ils soient nationaux ou européens, mais aussi de la Commission européenne pour leur faire prendre conscience des dangers d’une telle réforme. Si les droits de plantation peuvent et doivent évoluer, il est toutefois indispensable qu’il y ait la réintroduction d’un instrument qui permette de maîtriser le potentiel de production. Cela vaut aussi bien pour les AOC que pour les IGP et les vins sans IG.
Deux objectifs doivent permettre de répondre aux enjeux individuels et collectifs : d’une part accompagner le développement des exploitations et la diversification des productions, d’autre part assurer un équilibre entre l’offre et la demande.
En conclusion, « la filière a les moyens de se faire entendre si chacun se mobilise à son niveau pour porter le message qu’il faut garder un mécanisme de maîtrise du potentiel de production auprès des élus, des autorités publiques mais aussi des amis du vin. Mais il faut le poursuivre, l’amplifier. C’est grâce à ce sursaut que nous pourrons préserver un avenir pour la filière et pour des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui vivent du vin, sans oublier les millions de consommateurs qui aiment le déguster ».