« 1 TWh, c’est d’abord une reconnaissance du rôle des agriculteurs »
Pourquoi ce cap des 1 TWh est-il si important pour GRDF et pour la région ?
Guilhem Armanet : « Parce que les caps, on les choisit. Celui-ci nous permet de marquer une étape collective. Il y a une dizaine d’années, Auvergne-Rhône-Alpes ne comptait qu’un seul méthaniseur. Aujourd’hui, on en compte près de 80. Et surtout, nous visons déjà un second cap : 2 TWh d’ici quatre ans, ce qui signifie doubler la production en un temps beaucoup plus court que ce qui a été nécessaire jusque-là. Nous voulions aussi saluer l’engagement des agriculteurs, dans un contexte économique qui n’est pas toujours simple. C’est également un outil de pérennisation et de transmission des exploitations. Pour certains jeunes, la méthanisation représente un véritable projet d’avenir. Et surtout, l’injection dans le réseau apporte une lisibilité économique : un tarif d’achat garanti sur quinze ans, décidé par l’État, ce qui sécurise la trésorerie des exploitations. »
Vous évoquez beaucoup les Jeux olympiques d’hiver 2030. Le gaz vert peut-il devenir une vitrine mondiale ?
G.A. : « Oui, et même avant 2030. L’hiver, le gaz est indispensable : à la pointe, la France consomme 1,5 fois plus de gaz que d’électricité. Décarboner efficacement passe donc par un mix réaliste.
Pour les JO, le comité d’organisation nous a clairement demandé des solutions faibles en carbone et peu coûteuses. Le gaz vert coche toutes les cases : il est disponible, low-tech, rapide à déployer. Avec 1 % de la production actuelle, on peut transporter jusqu’à 1 million de personnes. J’appelle de mes vœux une fédération des méthaniseurs des Alpes qui se rendrait visible lors des Jeux. Une flamme olympique portée par une énergie renouvelable issue de nos territoires serait un symbole fort, concret, et mondialement compréhensible. »
Cette dynamique crée-t-elle de l’emploi local ?
G.A. : « Oui, massivement. 91 % de la valeur ajoutée reste en région, et 85 % en France. En Auvergne-Rhône-Alpes, nous avons de véritables pépites industrielles : Waga Energy à Grenoble, Methalac en Savoie, Prodeval à Valence, passée de 30 à 400 salariés en quelques années. La filière représente environ 11 000 emplois, non délocalisables. À chaque méthaniseur implanté, ce sont des emplois directs et indirects dans un rayon de cinq kilomètres. C’est une filière d’avenir. »
Et après 2030 ?
G.A. : « Nous visons 20 % de gaz renouvelable en 2030, puis 100 % à l’horizon 2050, avec une baisse parallèle des consommations. Les prochaines étapes passeront par de nouvelles technologies : gazéification hydrothermale, pyrogazéification, valorisation de déchets industriels, agricoles, voire de résidus aujourd’hui inutilisés comme les sarments de vigne. Le gisement est largement suffisant. Tant qu’il y aura des humains, il y aura des stations d’épuration… et donc du gaz renouvelable à produire. »
Propos recueillis par Rémi Morvan
Rencontre / Avec le franchissement du cap symbolique du 1 TWh de gaz vert injecté en Auvergne-Rhône-Alpes, la région confirme sa place de territoire moteur de la transition énergétique. Derrière ce chiffre, une dynamique agricole forte, des projets ancrés dans les territoires et une ambition assumée pour les Jeux olympiques d’hiver 2030. Entretien avec Guilhem Armanet, directeur régional de GRDF Sud-Est.