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Agrioccasions, les occasions agricoles
Elevage allaitant

Coûts de production

L’Institut de l’élevage a publié, le 20 mai, les résultats économiques 2009 des exploitations bovins viande des Réseaux d’élevage. Pour la première fois, les coûts de production de chaque système ont été calculés. Vu le contexte du début de 2011, une adaptation des systèmes semblait s’annoncer (développement des cultures, maximisation de l’autonomie alimentaire…), mais la sécheresse vient perturber les pronostics.
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Dans une production qui ne raisonne souvent qu’à la marge brute ou en résultat global d’exploitation, les données de l’Institut de l’Elevage sont une première. Le document affiche également les évolutions de revenus des 450 élevages étudiés en 2009, classés en sept familles de systèmes de production et estime ceux de 2010 à partir des cas types correspondants.
« L’un des enjeux pour l’avenir de la production bovine, c’est de mettre en place des outils de pilotage économique », s’était exclamé Olivier Perret, responsable Outils et méthodes chez Cogedis (association de gestion et de comptabilité, membre du réseau AS-CLCP, tout comme AS 71), le 10 mai dernier. Lors du symposium organisé par Merial, il était revenu sur l’« absence de statistiques en termes de coût de production car le nombre d’adhérents à utiliser cet outil au quotidien est très faible ». Il avait donc présenté les résultats économiques des élevages bovins de son réseau en se référant à la marge brute. Mais « une marge brute calculée un an après, ce n’est pas top pour orienter l’avenir de son exploitation », avait-il alors fait remarquer. Difficile donc de parler coût de production dans les élevages… Chaque animal est différent, produira plus ou moins de lait pour engraisser son veau ou valorisera plus ou moins bien son fourrage, répondra l’éleveur.
Pour autant, l’Institut de l’élevage a publié, le 20 mai dernier, les résultats économiques 2009 des exploitations bovins viandes.
Au total, sept systèmes d’élevage allaitant ont été analysés avec, pour la première fois, le calcul de leurs coûts de production, selon la méthode de l’Institut de l’élevage, disponible sur Internet (www.inst-elevage.asso.fr), méthode commune à toutes les filières de ruminants.

Forte disparité


D’après cette étude, les systèmes de production en veaux sous la mère ont des coûts de production très élevés : de 5,18 à 7,30 €/kg de poids vif produit, mais de 3,38 à 4,65 €/kg hors charges supplétives*. Les systèmes allaitants mixtes naisseur/culture ont également des coûts de production importants (de 4,13 à 5,32 €/kg de poids vif produit, mais de 3,03 à 4,04 €/kg hors charges supplétives). Le système naisseur spécialisé en race rustique, très localisé au Massif Central, présente les coûts de production les plus bas (de 3,89 à 4,83 €/kg de poids vif produit en fonction des races ; 2,46 à 3,17€/kg hors charges supplétives).
Au-delà des coûts de production, le document de l’Institut de l’élevage analyse les charges et les revenus de chaque système et envisage les revenus de 2010. Plus globalement, « après une période de recul de revenu sur la période 2007-2008, les résultats des systèmes bovins viande suivis dans les Réseaux d’élevage des chambres d’agricultures et de l’Institut de l’élevage semblent se stabiliser et se redresser un peu en 2009 et en 2010. Il faut rapprocher cela de l’agrandissement des exploitations en troupeau et en surface, plus perceptible dans les zones herbagères », observe l’Institut de l’élevage.

2011, une année d’adaptation


Les performances techniques demeurent stables avec une hausse des gains de productivité. « D’autres part, la relative accalmie des prix des denrées agricoles en 2009 et le retour à des tarifs plus raisonnables en matière de prix de concentrés [aliment du bétail industriel, ndlr] et de l’engrais ont contribué à réduire les charges », constate l’Institut de l’élevage.
Le poste des concentrés chute de 9 % alors que les quantités consommées d’aliments restent identiques. Les charges de production fourragère baissent également. L’application du bilan de santé de la politique agricole commune, avec une nouvelle répartition des aides entre agriculteurs, a « permis une relative consolidation des revenus des systèmes spécialisés », souligne l’Institut de l’élevage.
Face au contexte qui s’annonce pour 2011, des prix des matières premières en très forte hausse avec des cours de la viande bovine bas, l’Institut relève que « les éleveurs bovins viandes les plus intensifs et ceux situés dans les plaines peuvent être incités à réduire leurs consommation ou à se réorienter vers les cultures. Les systèmes allaitants herbagers ont peu d’alternatives et devront améliorer leur autonomie pour résister ».
Pour autant, avec la sécheresse qui vient tout perturber de façon négative voire dramatique pour les systèmes allaitants, ces analyses risquent fort d’être remise en cause. Outre les surcoûts liés à cet épisode climatique, les élevages pourraient être confrontés à un manque de ressource fourragère criant.

* Les charges supplétives sont le fruit d’un calcul visant à rémunérer les facteurs de production que l’exploitant met à la disposition de son entreprise (terres en propriété, capitaux propres et travail de l’exploitant).

Un raisonnement identique à toutes les productions


« Dans les systèmes bovins viande, savoir ce que l'éleveur produit pour y mettre en face des charges, voilà ce qu'est un coût de production », rappelle Yves Madeline de l'Institut de l'élevage. Dans sa méthode de calcul, ce dernier propose un dénominateur commun, quel que soit le type de produit issu de l'élevage (broutard, jeune bovin, génisse, vache de réforme...), avec un produit exprimé en kilos de viande vive (= ventes - achats +/- variations d'inventaire). Les coûts de production sont donc analysés par rapport à cette unité de kilos de viande vive. « Après déduction des aides, il en résulte un prix de revient dont "la couverture" est à trouver, en l'état actuel, par le marché », note Yves Madeline.