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Enrichir le milieu de vie des porcs en bâtiment

BIEN-ÊTRE / L’enrichissement du milieu de vie des porcs est aujourd’hui reconnu comme un levier du bien-être animal. Au-delà de l’obligation réglementaire, il répond à des besoins comportementaux fondamentaux et peut contribuer à limiter l’apparition de troubles ou certaines agressions.

Par C.D (sources Inrae-Ifip)
Enrichir le milieu de vie des porcs en bâtiment
Shutterstock
Le porc est un animal social, curieux et doté de capacités sensorielles et cognitives élevées. Son bien-être dépend étroitement de la possibilité d’exprimer des comportements naturels comme l’exploration, le fouissage, la mastication, les interactions sociales et l’apprentissage.

« Enrichir le milieu de vie permet de stimuler les comportements naturels des porcs, ainsi que leur cognition. Pour que cet enrichissement soit adapté, il faut bien connaître les besoins comportementaux du porc et son mode de vie », explique Céline Tallet de l’Inrae dans la publication Nov’AE. « Le porc est un animal social, curieux et doté de capacités sensorielles et cognitives élevées. Son bien-être dépend étroitement de la possibilité d’exprimer des comportements naturels comme l’exploration, le fouissage, la mastication, les interactions sociales et l’apprentissage. Or, les conditions d’élevage en bâtiment sont souvent pauvres en stimulations, ce qui peut favoriser l’ennui, le stress et l’apparition de comportements déviants », poursuit-elle. L’enrichissement vise donc à offrir des opportunités d’exploration durables, adaptées aux capacités sensorielles du porc (toucher, odorat, audition notamment) et à son mode de vie social.

Les matériaux manipulables, base de l’enrichissement

En pratique, l’enrichissement repose encore majoritairement sur la mise à disposition de matériaux manipulables, qui est par ailleurs une exigence réglementaire (voir encadré). « Les porcs utilisent les matériaux manipulables de façons variées pour mâchouiller, mordre, fouiller, renifler, précise l’institut technique du porc (Ifip). Un bon enrichissement repose sur deux piliers : la nature du matériau et ses conditions d’accessibilité. Les matériaux les plus efficaces sont ceux qui peuvent être déformés, mâchés et manipulés. Lorsqu’ils sont destructibles, ils doivent être comestibles afin d’éviter les risques sanitaires. Les porcs préfèrent les objets qu’ils peuvent prendre dans la gueule ; les objets trop gros, trop durs ou non déformables sont peu attractifs sur la durée ». De plus, « les matériaux ne doivent présenter aucun risque sanitaire ou de blessure pour les animaux », souligne l’Ifip.

La paille reste le matériau de référence, car « elle répond à plusieurs besoins comportementaux (fouissage, mastication, nidification) et contribue à réduire les morsures de queue », explique Céline Tallet. Tous ces matériaux d’enrichissement doivent se situer « au sol ou près du sol de manière à être accessibles quand l’animal est couché ; à distance des murs et des coins ; en dehors des zones de déjection ; en nombre et en quantité suffisants en permanence ; être renouvelés s’ils ne sont pas suffisamment attractifs ou s’ils sont dégradés pour éviter que les animaux ne s’en désintéressent », précise l'Ifip.

Adapter aux stades physiologiques

L’enrichissement doit être évolutif et adapté au stade physiologique des animaux. Chez la truie en fin de gestation, la possibilité de préparer un nid est déterminante. L’apport de matériaux comme la paille, la tourbe ou même la toile de jute permet de réduire le stress avant la mise bas et peut avoir un impact positif sur la survie des porcelets. Chez les porcelets sevrés, l’enrichissement joue un rôle clé dans la transition post-sevrage. Des environnements plus riches favorisent le jeu, réduisent les agressions et stimulent le développement cognitif. En engraissement, même si l’intérêt pour les objets diminue, la présence de matériaux attractifs reste utile pour canaliser l’activité exploratoire.

Diversifier les stimulations

Les stimulations sonores (diffusion musicale ponctuelle) ou olfactives ont montré un potentiel intéressant pour réduire le stress et stimuler l’activité, même si ces pratiques restent encore peu utilisées en élevage et doivent être raisonnées pour éviter la surstimulation. L’aménagement de l’espace (cloisons internes, zones différenciées, accès à un substrat meuble) et la qualité de la relation homme-animal constituent également des formes d’enrichissement à part entière. « Des interactions calmes et régulières avec l’éleveur facilitent la manipulation des animaux et participent à un climat plus serein dans les bâtiments », note l’Inrae. Enfin, le comportement des animaux reste le meilleur indicateur de l’efficacité de l’enrichissement. Une observation régulière permet d’ajuster les pratiques. « L’enrichissement ne remplace pas un environnement globalement adapté : il doit venir compléter des conditions d’élevage déjà satisfaisantes », conclut l’Ifp.

C.D (sources Inrae-Ifip)

INFO + : Que dit la réglementation ?

La directive 2008/120/CE établissant les normes minimales relatives à la protection des porcs et l’arrêté du 16 janvier 2003 imposent que :

- Tous les porcs doivent avoir un accès permanent à une quantité suffisante de matériaux permettant des activités de recherche et de manipulation suffisantes, tels que la paille, le bois, la sciure de bois, le compost de champignons, la tourbe ou un mélange de ces matériaux qui ne compromette pas la santé des animaux.

- Les truies et les cochettes élevées en groupe doivent avoir en permanence accès à des matériaux manipulables répondant au minimum aux exigences du point précédent.

- Au cours de la semaine de la mise-bas prévue, les truies et les cochettes doivent pouvoir disposer de matériaux de nidification en quantité suffisante, à moins que le système d’évacuation ou de récupération du lisier utilisé dans l’établissement ne le permette pas.

- Lorsque des signes de combats violents sont constatés, les causes doivent en être immédiatement recherchées et des mesures appropriées, telles que la mise à disposition de grandes quantités de paille pour les animaux, si possible, ou d’autres matériaux permettant des activités de recherche, doivent être prises.