Horizon 2031 pour la nouvelle chambre d’agriculture
Fruit d’un travail de réflexion et de concertation des élus en séminaire, la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire et son nouveau président, Luc Jeannin, ont dévoilé vendredi 18 septembre à Jalogny leur projet pour la mandature qui débute et invité l’ensemble des membres de l’assemblée à l’enrichir.
« Comme au départ d’un Vendée Globe ». Luc Jeannin a choisi la métaphore marine pour lancer son mandat avec « un projet stratégique qui sera notre boussole » tout au long des six ans de mandature. L’objectif des élus est clair : retrouver la fierté de produire avec, en ligne de mire, la souveraineté alimentaire. « Arrêtons de stigmatiser les agriculteurs, il faut nourrir la population », martèle le président aux oreilles du nouveau Préfet, Dominique Dufour, fraîchement arrivé des Hautes-Alpes.
Transmission et formation, mamelles d’une agriculture dynamique
Les élus ont élaboré un projet qui repose sur trois axes. Le premier a pour ambition de sécuriser le projet des agriculteurs et agricultrices et en premier lieu d’assurer le renouvellement des générations. Le co-président du service Entreprises à la chambre, Maxime Bonnot citait un chiffre éloquent : 1.450 agriculteurs ont plus de 58 ans dans le Département. Autre chiffre inquiétant, seulement 10 % des cédants sont identifiés. L’élu aimerait faire grimper ce chiffre à 30 % à fin 2026 grâce à un travail avec la MSA et à la convocation d’un Coti (Comité d’orientation transmission installation) spécialement consacré au sujet.
Plusieurs élus exhortaient à renforcer le parcours de formation tout au long de la vie, car l’agriculture change vite, les exploitants sont devenus de véritables chefs d’entreprise et ils ont besoin d’élargir leurs compétences et de « réactualiser leur logiciel » comme le suggérait David Cornier, élu responsable de la Formation à la chambre.
Maxime Bonnot émettait le vœu que chaque agriculteur puisse tous les dix ans faire le point sur sa carrière et l’évolution de son exploitation.
Au-delà de ce sujet central de la formation, Christian Bajard a plaidé quant à lui pour un accompagnement au quotidien de tous les agriculteurs, « aller trouver l’expertise pour répondre aux besoins de tous les profils », proposant « un technicien référent par exploitation » et le développement d’un conseil stratégique climat pour moins subir les événements, car « ça s’accélère, il faut mettre le paquet ! »
Diversification
Le second axe de travail sera consacré aux territoires et aux filières avec comme leitmotiv la création de la valeur. Laurent Bernard a d’abord fait un aveu : « On se rend compte qu’on ne connaît pas toutes les filières si bien que ça. Il faut aller à la rencontre des entreprises et coconstruire avec elles, car nous avons des compétences au sein de notre chambre d’Agriculture. On veut produire et transformer sur notre département vaste et varié. Nous sommes capables de relever ce défi dans des filières comme les légumes, les volailles, le blé améliorant, les semences. La chambre d’Agriculture veut être le tiers de confiance pour développer ces filières ».
Éleveur caprins et bovins à Céron, élu co-président du service Elevage à la chambre, Jean-Philippe Bonnefoy insiste sur la volonté d’accompagner la diversification des exploitations avec le photovoltaïsme, le tourisme, la vente directe « mais pour vendre au juste prix, il faut aussi connaître son coût de production, ce qui n’est pas toujours le cas », fait-il remarquer.
La chambre d’Agriculture veut devenir incontournable
Pour avancer dans tous ces projets, la chambre doit continuer de tisser des liens avec les collectivités locales, renforcer sa présence sur le terrain. Le co-président du service Territoire à la chambre, Jean-Jacques Lahaye explique : « Soyons acteurs sur tous les sujets et bannissons la chaise vide. Il faut que la chambre soit invitée partout et tout le temps. Il faut faire valoir nos points de vue pour proposer plutôt que de subir, prendre la température sur tous les sujets pour être capable d’anticiper les problèmes et de gérer les imprévus. »
Elu en charge de l'urbanisme à la chambre, Joffrey Beaudot corroborait cette volonté de travailler sur l’attractivité et la notoriété de la chambre et insistait sur la nécessité de bien communiquer : « On entend trop souvent des agriculteurs dire : "je ne savais pas que la chambre d’agriculture faisait cela" ».
La future maison des agriculteurs jouera peut-être un rôle central dans cette visibilité. Les élus veulent en faire un lieu de rassemblement pour accueillir les exploitants et les collaborateurs dans les meilleures conditions, mais aussi un lieu vitrine au cœur de la ville « pour faire la promotion de nos métiers et de nos productions ». Le Préfet a précisé qu’il s’investirait personnellement dans ce projet. « J’ai inauguré la maison des agriculteurs des Hautes-Alpes, je veux inaugurer celle de Saône-et-Loire. J’aiderai la chambre d’agriculture et ses partenaires à tenir le calendrier », sachant les finances saines et l’investissement maîtrisé. Rendez-vous est pris.
Garder le cap
Luc Jeannin a conclu les débats en se montrant volontaire : « Transmettre avec fierté et résilience, c’est le défi de cette mandature. On a connu l’agribashing, les prix bas, la perte de confiance… Aujourd’hui, on a le devoir d’accueillir la jeune génération, de leur donner envie de faire ce métier ! Face à tous les aléas (climatique, sanitaire, économique, politique) il faut garder le cap. Nous serons là pour accompagner les agriculteurs et leur éviter de se prendre un arbre », terminait-il, cette fois sur une métaphore routière.
Loup, loi Duplomb, Pac, eau… les agriculteurs avaient des messages à faire passer au nouveau préfet
Le débat qui a suivi la présentation du projet de mandature fut engagé et militant. Le président de la FDSEA 71, Christian Bajard a donné le ton, interpellant directement le Préfet. « On ne s’habituera jamais au loup, il y aura forcément des conflits », a-t-il prévenu. Il s’est ensuite agacé de tous ces experts qui ont fleuri sur les réseaux sociaux au moment de l’examen de la loi Duplomb. « Faites confiance aux agriculteurs ! Nos pratiques évoluent, il y a un besoin d’échanges et de bon sens. Aujourd’hui, toutes les productions chutent en volume, il y a de quoi s’inquiéter. On annonce une baisse du budget de la Pac de l’ordre de 20 % et la validation du Mercosur qui se profile, nous ne sommes pas d’accord ! »
Dans le même registre, le co-président du service Vigne et vin à la chambre, Marc Sangoy s’est ému de la dernière étude sur les pesticides (PestiRiv, publiée par l’Anses et Santé publique France) qui fait fi « de tous les efforts et les recherches que mène la profession et de la charte de bon voisinage mise en place avec les riverains. Je suis inquiet pour la viticulture ».
Co-président du service Territoire à la chambre, Laurent Bernard a rappelé quant à lui la nécessité de repenser le sujet de l’eau et de « stocker une partie de cette eau qui passe devant nous l’hiver », rejoint par le président Jeannin : « les assiettes des Français ont besoin d’eau. Il faut poser ce débat ! »
Le Préfet a répondu avec prudence se disant avant tout pragmatique. « Mon objectif prioritaire est de protéger les élevages, mais les décisions concernant le loup sont encadrées, on ne peut pas l’abattre n’importe comment », a-t-il argumenté, tout en saluant le travail de son prédécesseur, Yves Seguy, sur ce sujet. Il s’est dit également prêt à engager la réflexion sur la thématique de l’eau.
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