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Jean-Marc Lafont : « Nos vins plaisent, ils sont dans l’air du temps »

Rencontre / Conjoncture climatique délicate, récolte historiquement faible, mais millésime prometteur, travail de fond sur l’image et nouvelles perspectives de marchés : Jean-Marc Lafont, président d’Inter Beaujolais, dresse un état des lieux sans détour de la filière. Il revient sur les grands enseignements de l’année écoulée, les axes stratégiques portés par l’interprofession et sa vision de l’avenir pour les vins du Beaujolais.

Par Propos recueillis par Rémi Morvan
Jean-Marc Lafont : « Nos vins plaisent, ils sont dans l’air du temps »
©RM/IAR
Jean-Marc Lafont, président d'Inter Beaujolais.

Quel regard portez-vous sur l’année écoulée pour la filière beaujolaise ?
Jean-Marc Lafont : « L’année 2024 avait déjà été compliquée dans le vignoble en termes de production, parce que la climatologie n’avait pas été très favorable avec nous. 2025 n’a pas été beaucoup plus simple, puisque la récolte est historiquement petite. On n’a pas encore tous les chiffres pour l’instant, mais ce sera certainement un record historique en termes de faible récolte. Il y a aussi le réchauffement climatique, et puis on travaille aujourd’hui de manière beaucoup plus écoresponsable, avec plus de labours, donc on perd des rendements. Il est bien plus compliqué de produire aujourd’hui que par le passé. »

Sur le plan viticole, comment qualifieriez-vous le millésime 2025 ?
J-M.L. : « Il est très bon. Ce que je retiens, c’est que la qualité prime sur la quantité. On a un millésime mûr, avec une qualité de raisins vraiment top, ce qui nous a permis de faire de très jolis vins, à la fois concentrés, mais avec beaucoup de fruits et beaucoup d’élégance. La qualité est clairement au rendez-vous. »

Comment le Beaujolais se positionne-t-il aujourd’hui face aux attentes du marché ?
J-M.L. : « Nous travaillons bien sûr sur nos gamays, parce que c’est notre cœur de métier. Nous avons la chance d’avoir une palette de rouges très large, allant de vins légers et croquants à des vins beaucoup plus complexes et élaborés, tout en restant sur un style globalement léger et fruité. Ce type de vin est aujourd’hui à la mode. Il correspond aux attentes du marché, notamment chez les jeunes générations. »

Les vins blancs constituent-ils un axe stratégique fort pour la filière ?
J-M.L. : « Oui, clairement. La production de vins blancs a doublé en un peu plus de dix ans, on a multiplié nos surfaces par deux. Le marché des blancs est en légère croissance, et nous voulons valoriser nos beaujolais blancs. Pour nous en donner les moyens, nous avons mis en place un plan technique, et une commission travaille également sur un plan de communication afin de pousser ces volumes, qui se vendent aujourd’hui très bien et qui sont valorisés à la même valeur que certains bourgognes. Nous avons toute légitimité à montrer des chardonnays produits sur des argiles calcaires, sur des granites ou même sur des pierres bleues, avec des résultats étonnants et très qualitatifs. Le plan beaujolais blanc est un vrai axe de travail. »

Où en est aujourd’hui le beaujolais à l’export ?
J-M.L. : « Le Beaujolais est encore en retard à l’export par rapport à d’autres régions. Aujourd’hui, environ 30 % de nos vins sont commercialisés à l’export, quand la Bourgogne est à 50 % et la vallée du Rhône autour de 40 %. Comme vous le savez, le contexte géopolitique international est compliqué. Sur nos cinq premiers marchés, on a perdu environ 3 % à l’export, mais plutôt moins que d’autres régions. Nous avons conservé nos marchés aux États-Unis, avec une certaine stabilité, malgré plusieurs mois d’attentisme liés aux questions des taxes. L’export reste un axe de travail important, c’est pour cela que nous sommes présents à Wine Paris ou à Vinexpo Hong Kong pour accompagner les entreprises dans leur développement. »

Le travail mené sur l’image du beaujolais commence-t-il à porter ses fruits ?
J-M.L. : « C’est un travail dont nous pouvons être extrêmement fiers. Depuis 2016-2018, on s’est vraiment reposé la question de ce qu’étaient nos beaujolais, de nos valeurs et de ce sur quoi nous voulions communiquer. Avec la stratégie « Beaujolais Nouvelle Génération », nous avons mis en avant des vins adaptés au marché d’aujourd’hui, mais aussi des valeurs fortes : la convivialité, le partage, des vins accessibles, simples mais pas simplistes. Aujourd’hui, cette image est remontée, elle est retrouvée. L’enjeu, désormais, est de passer de la revalorisation à la re-commercialisation pour aller chercher de nouvelles parts de marché. »

Quel message souhaitez-vous adresser pour l’avenir du Beaujolais ?
J-M.L. : « Nos vins plaisent, ils sont dans l’air du temps. Mais il faut être sur tous les fronts : Lyon, Paris, l’international. La période est compliquée, les consommateurs sont prudents, inquiets de l’avenir. On aimerait qu’ils prennent du plaisir, qu’ils invitent leurs amis, qu’ils ouvrent de belles bouteilles de beaujolais et qu’ils s’éclatent ! »

Propos recueillis par Rémi Morvan