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La Bourgogne combine les leviers

Le projet CAP 2050, intégré au programme national Vitilience, engage la viticulture bourguignonne dans une démarche expérimentale d’envergure : tester, combiner et évaluer sur le terrain les leviers d’adaptation et d’atténuation face au changement climatique. Porté par le Comité Bourgogne (ex-BIVB), il fédère un large réseau de partenaires – chambres d’agriculture, Vinipôle Sud Bourgogne, BioBourgogne, INAO, universités de Bourgogne, lycées viticoles et coopératives – autour d’un même objectif : prototyper dès aujourd’hui la viticulture de 2050.

La Bourgogne combine les leviers

CAP 2050

La Bourgogne combine les leviers

Lucile Dianne, animatrice Vitilience au Comité Bourgogne précise : « Le démonstrateur CAP 2050 n’est pas un site isolé. Il s’inscrit dans un réseau national multi-partenarial pour trouver, expérimenter et partager des solutions avec les professionnels jusqu’en 2028 ». Contrairement aux essais monofactoriels classiques, le « démonstrateur » (CAP 2050) bourguignon croise plusieurs leviers simultanément afin d’évaluer leurs effets combinés sur la vigne et le vin : matériel végétal, pratiques culturales, adaptation aux aléas climatiques et itinéraires de vinification. Deux échelles d’expérimentation sont retenues : à la parcelle (avec suivi agronomique et environnemental) et à l’exploitation (vision globale de la performance économique, sociale et environnementale).

Quatre grandes actions expérimentales

1. Diversifier le matériel végétal : La première action vise à évaluer l’intérêt de variétés résistantes (floreal, artaban, voltis, etc.) mais aussi de cépages bourguignons historiques issus de la collection du Gest (association de vignerons). Les essais associent itinéraires viticoles diversifiés et vinifications expérimentales pour analyser l’impact de ces combinaisons sur les équilibres sucres/acidité et le potentiel aromatique.

2. Se protéger des aléas climatiques : Sur les sites de la chambre d’Agriculture de Rully et d'Aluze, plusieurs dispositifs sont comparés : filets d’ombrage, protections antigel Frolight, enherbement maîtrisé, modulation de la haie foliaire. Ces essais visent à réduire les pertes de rendement tout en maintenant la qualité du raisin.

3. Réduire l’empreinte carbone : Le "démonstrateur" va chercher à "expérimenter" dans de multiples sens : la densité de plantation, la gestion de la biomasse (broyat de sarments, compost, fumier), et la valorisation du carbone organique. Objectif : mesurer l’équilibre entre émissions et stockage de carbone selon les systèmes.

4. Gérer le stress thermique à la vendange : Vendanges nocturnes, refroidissement préfermentaire et conduite foliaire adaptée sont testés pour préserver fraîcheur et équilibre dans les moûts : tous ces leviers seront là aussi croisés pour mieux évaluer ces combinaisons de solutions. Marie Spetebroot, chargée de mission à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, concluait en soulignant que tout ceci est possible grâce à des plateformes du type du « Vinipôle Sud Bourgogne qui joue ici un rôle central de plateforme d’essais participatifs. Nos sites d’Aluze, Rully et Lugny nous permettent d’aborder à la fois l’agronomie, l’économie et la durabilité des pratiques ». Avant transfert vers les vignerons.

Encadrés

Passer à l’action en étant accompagné

Le programme Vitilience prévoit des indicateurs de suivi, des séminaires techniques et une exposition itinérante pour valoriser les retours d’expérience. Les viticulteurs intéressés peuvent rejoindre le dispositif via le site vignevin.com/vitilience. « L’enjeu n’est pas seulement d’expérimenter, conclut Lucile Dianne. Il est d’accompagner le changement à grande échelle, en partageant les résultats avec l’ensemble de la filière. »

 

Les basses densités, un levier (déjà) d’avenir

Plus de 900 hectares sont aujourd’hui conduits en basse densité (3.000 à 5.000 pieds/ha), notamment dans les Hautes-Côtes de Beaune. C’est ce que rappelait Paul Berger, vigneron à Cheilly-lès-Maranges. « Ce modèle vit bien en symbiose avec les hautes densités. Il demande de revoir tout l’itinéraire technique — mécanisation, gestion du gel, choix des couverts végétaux — mais il séduit de plus en plus », témoignait-il.

Les avantages : moindre pression cryptogamique, meilleure résistance au gel, facilité d’épandage et baisse de la charge en main-d’œuvre. Le frein principal reste la transition du matériel, notait Hélène Sarkis, qui a repris en gérance le domaine Joblot à Givry. Là aussi, Paul Berger levait son inquiétude : « En réalité, la bascule est moins angoissante qu’il n’y paraît. Aujourd’hui, un équipement complet pour vignes basses coûte moins de 100.000 € sur le marché d’occasion, avec les équipements », en raison d’une offre pléthorique au niveau mondial, ce qui n’est pas le cas des enjambeurs pour vignes étroites comme chez nous.

Depuis 2011, le cahier des charges des Hautes-Côtes autorise d’ailleurs ces basses densités, et l’appellation Bourgogne Côte chalonnaise a franchit le pas. La question de la densité s’impose donc comme un levier technique et économique majeur pour l’avenir de la viticulture bourguignonne.

Les Climats Tours : trois jours d’échanges pour anticiper la vigne de 2050

Près de 150 professionnels et 200 étudiants se sont retrouvés lors des Climats Tours, un cycle itinérant qui a fait halte dans les trois lycées viticoles de Bourgogne, dont celui de Davayé, où 50 professionnels et 22 étudiants ont participé aux discussions. Sous le fil rouge « Préparer le vignoble de 2050 commence dès aujourd’hui », six sessions thématiques ont exploré les enjeux du changement climatique : évolution des cahiers des charges, adaptation des modes de conduite, mutation des métiers et innovations techniques. Les témoignages de viticulteurs, d’ODG et d’experts ont mis en lumière une filière déjà en action, soutenue par des outils concrets : WinePilot, l’autodiagnostic développement durable, et bien sûr le démonstrateur Cap 2050, véritable laboratoire du futur viticole. Les prochaines rencontres CAP 2050 sont déjà en préparation pour 2026.