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Elevage cunicole

La filière lapins recrute !

Le 4 novembre dernier, la chambre régionale d’Agriculture de Bourgogne-Franche-Comté et la Sica LapAlliance organisaient une visite d’élevage de lapins en Saône-et-Loire. Rendez-vous était donné dans une exploitation cunicole à Neuvy-Grandchamp pour une découverte d’une production qui recrute.

La filière lapins recrute !
Le nombre d’exploitations cunicoles a chuté de -46 % en dix ans et plus de deux éleveurs sur trois ont plus de 50 ans aujourd’hui.

L’élevage de lapins et la filière cunicole sont assez méconnus. La production française perd du terrain depuis deux décennies et elle a baissé de moitié entre 2003 et 2023. Le territoire national compte 600 éleveurs de lapins professionnels. En tête des régions, les Pays de Loire détiennent 41 % du cheptel de lapines et en Bourgogne Franche-Comté, il y aurait seulement six élevages spécialisés pour 6.700 lapines.

La production cunicole nationale repose sur un effectif reproducteur de 377.000 animaux pour une production de 25.300 tonnes équivalent carcasse dont 22.300 sont consommées en France. La filière compte 26 abattoirs dont 17 réalisent 98 % du volume. 70 % sont abattus dans le Grand Ouest.

La consommation repart en RHD

La consommation de viande de lapin a beaucoup baissé depuis 25 ans, mais ce recul ralentit. Cette consommation est aujourd’hui de 310 g par habitant et par an. Elle baisse moins vite que la production, soulignent les représentants de la filière qui placent leurs espoirs dans la RHD (Restauration hors domicile) laquelle a vu son volume augmenter en 2024 pour atteindre 36 % de la viande de lapin consommée.

Depuis 2024, les revenus des éleveurs de lapins sont en légère hausse. L’embellie du prix de vente des animaux est la principale cause. Mais les coûts de production demeurent élevés et l’alimentation est le principal poste de charge.

Démédication, bien-être animal…

La filière cunicole est en pleine évolution. Elle s’est appliquée une démédication qui lui a fait abaisser son niveau d’exposition aux antibiotiques de – 54 % depuis 2011. Elle intègre aussi le bien-être animal en développant des systèmes de logement alternatifs aux cages traditionnelles (objectif 30 % de logement alternatif en 2030). Mais cette conversion sera très coûteuse pour les élevages (158 millions d’euros évalue l’Itavi – institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole). Une charte de bonnes pratiques est également en train de se déployer.

Renouvellement des générations

La production de lapins est confrontée au problème du renouvellement des générations et de recrutement de la main-d’œuvre. Le nombre d’exploitations cunicoles a chuté de -46 % en dix ans et plus de deux éleveurs sur trois ont plus de 50 ans aujourd’hui. Le manque de formations disponibles, la frilosité des banques sont des barrières à l’accessibilité du métier que la filière veut lever. L’élevage de lapins est éligible à toutes les aides agricoles, font valoir les intervenants.

Manquant de visibilité, la production cunicole pâtit aussi de la pression sociétale et de ses idées reçues. L’évolution vers plus de bien-être animal y remédie et la filière entend faire la promotion du métier auprès du grand public.

Une dernière difficulté concerne les conditions d’exercice du métier. L’organisation du travail dans les élevages est un atout, mais la technicité de cette production, ses pics d’activité et un stress lié au risque sanitaire sont de nature à freiner les bonnes volontés.

Porté par l’interprofession du lapin de chair (CLIPP) et bénéficiant de financements Casdar, le projet Relev-Lapin s'attelle au renouvellement des élevages cunicoles en misant sur la formation, la communication pour améliorer l’image et la visibilité du métier. Le projet touche aussi aux conditions d’exercice du métier en lien avec la transition des élevages vers le bien-être animal.

Des atouts à faire valoir

L’un des gros enjeux de la filière est de promouvoir les externalités positives de l’élevage de lapins. Cette activité aurait en effet une faible empreinte environnementale (bon indice de consommation, peu de gaz à effet de serre, vertus agro-écologiques…). Elle contribue à valoriser les territoires ruraux (maintien d’activité agricole, emplois, installations avec peu de surfaces…) et offre une opportunité intéressante de diversification. À cela, il faut ajouter les qualités nutritives de la viande de lapin maigre et diététique.

La Bourgogne Franche-Comté croit au lapin !

En Bourgogne-Franche-Comté, la filière intègre le bien-être animal conformément aux objectifs nationaux. Pour l’heure, la part de logements alternatifs dans la région est de 17 %, mais la conversion des systèmes se poursuit, tandis que se déploie la formation de référents bien-être animal ainsi que des audits périodiques pour tous les élevages. Pour relancer la production et la consommation en Bourgogne-Franche-Comté, la chambre régionale d’Agriculture construit une stratégie de filière cunicole. Le bien-être des éleveurs et des animaux est au cœur des priorités. Le projet consiste aussi à valoriser la production régionale via la RHD (restauration hors domicile), tout en sécurisant l’approvisionnement des abattoirs régionaux en recherche de volumes. La promotion des métiers de l’élevage cunicole figure aussi dans les objectifs ainsi qu’une réflexion autour d’un « Plan Régional Filière Cunicole » comprenant modernisation des bâtiments d’élevage, accompagnement à l’installation et à la transmission, aide financière pour la vaccination des lapines.

encadré

L’élevage de lapins en quelques mots…

L’élevage cunicole est essentiellement naisseur-engraisseur comprenant maternité et engraissement. La taille moyenne d’un élevage cunicole est d’environ 600 à 800 lapines reproductrices, avec leurs lapereaux. Réputé technique et « rythmé », l’élevage de lapins repose dans la plupart des cas sur un mode de production appelé « tout plein – tout vide ». Le bâtiment d’élevage est alors divisé en deux salles identiques servant tour à tour pour la maternité et la croissance des lapins. Le cheptel est conduit en bande unique avec un cycle de production complet de 12 semaines et un écart de 6 semaines entre deux mises bas (inséminations 11 jours après mise bas, sevrage à 35 jours, abattage à partir de 70 jours). En termes de travail, l’élevage de lapins alterne des semaines plus denses (enlèvement des animaux, nettoyage/désinfection…) avec des semaines plus calmes où la surveillance domine.