Le beaujolais à l’épreuve du verre
Concours / Le 20 janvier dernier, le Domaine des Communes d’Anse a accueilli une nouvelle édition du concours des Grands vins du Beaujolais, rendez-vous incontournable de notre filière viticole. Dans une ambiance studieuse et chaleureuse, plus d’une centaine de dégustateurs se sont retrouvés autour d’un objectif commun : distinguer, à l’aveugle, les cuvées qui incarnent le mieux la diversité, la qualité et l’évolution du vignoble beaujolais.
Dès l’arrivée des jurés, le ton est donné. Accolades, échanges nourris sur les vendanges, la commercialisation ou les aléas climatiques : la convivialité est bien là. Tables rondes serrées, seaux noirs alignés, fiches de notation déployées, regards concentrés derrière les verres… La salle bascule dans un silence quasi religieux une fois le coup d’envoi donné. Viticulteurs, œnologues, techniciens, mais aussi amateurs éclairés ou retraités passionnés composent un jury volontairement hétéroclite, gage d’un regard croisé sur les vins présentés.
Organisé par Inter Beaujolais avec l’appui méthodologique d’Armonia, le concours s’inscrit dans une démarche reconnue pour son sérieux. Clé de notation scannée, commentaires obligatoires sous un certain seuil, neutralité absolue des dégustations : ici, chaque note compte et chaque remarque est pensée pour être utile aux producteurs. Avec plus de 500 échantillons dégustés en une seule matinée, l’événement reste le plus grand concours monorégional de France, couvrant l’ensemble des appellations beaujolaises, des beaujolais, beaujolais villages et pierres dorées aux 10 crus historiques.
Remettre les valeurs au cœur du verre
En ouverture de cette édition, Sébastien Kargul, vice-président d’Inter Beaujolais, a rappelé l’importance stratégique de ce rendez-vous annuel : « je souhaite à toute la filière une belle dynamique économique. Et surtout, que le vignoble puisse être épargné par les avaries climatiques que l’on a rencontrées ces dernières années, pour qu’on puisse faire une belle production ». Insistant sur la reconnaissance collective, il a tenu à saluer tous les acteurs mobilisés : « je remercie l’ensemble des domaines qui participent fidèlement en présentant des vins pour ce concours. Et puis, bien entendu, l’ensemble des jurés qui sont présents ici aujourd’hui. Pour certains par curiosité, pour d’autres avec une présence indéfectible. Sans vous, il n’y a pas de concours ».
Au-delà du palmarès, le message porté est clair. Pour Sébastien Kargul, le concours s’inscrit pleinement dans la dynamique engagée depuis une dizaine d’années par l’interprofession : « nous avons lancé une dynamique assez importante depuis une dizaine d’années qui nous a permis de retrouver une forme de notoriété à la fois pérenne et stable. Aujourd’hui, les vins du Beaujolais sont reconnus naturellement, internationalement, et c’est ce sur quoi nous devons continuer à travailler ». Mais cette reconnaissance ne saurait se limiter à l’image. Elle doit aussi légitimer de nouveau l’ADN du vignoble : « nous souhaitons aussi remettre au centre du jeu des valeurs fondamentales de notre vignoble que sont la convivialité, l’humilité, l’accessibilité et le sens du partage ». Des valeurs que l’on retrouve directement dans les verres dégustés : « des vins qui peuvent être simples, fruités, mais aussi complexes, sur nos rouges comme sur nos blancs ou nos rosés, à partir du moment où l’on se donne la peine de rechercher cette complexité. »
Un rendez-vous qui dépasse la compétition
Outre les traditionnelles médailles d’or et d’argent, le concours décerne les trophées des Grands vins du Beaujolais. La cuvée la mieux notée de chaque appellation remporte un trophée en bronze qu’elle conservera pendant un an, devenant ambassadrice de son cru. Désormais intégrée à l’inscription, la mention « lieu-dit » donne également lieu à un trophée spécifique, soulignant le travail de précision engagé dans le vignoble et la montée en puissance de cette lecture parcellaire.
À Anse, le concours n’est donc pas qu’un classement mais un véritable thermomètre de la filière, un moment de rencontre, de transmission et de reconnaissance mutuelle. Dans un contexte économique et climatique tendu, ce rendez-vous rappelle que le Beaujolais avance collectivement, en s’appuyant sur la qualité de ses vins et la solidité de son réseau professionnel. Bien plus qu’une compétition, le rendez-vous des Grands vins du Beaujolais reste un temps fort hivernal durant lequel le vignoble affirme ses ambitions.
https ://www.concoursbeaujolais.com/results-wine-2026
Rémi Morvan