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La Sicarex Beaujolais bouscule les idées reçues

Réduire les coûts sans dégrader la qualité des vins : c’était l’ambition des expérimentations conduites pendant plus de dix ans par l’IFV-Sicarex Beaujolais. Les résultats présentés par Jean-Yves Cahurel montrent qu’une diminution de la densité de plantation peut être envisagée, à condition de préserver l’équilibre entre surface foliaire et rendement.

Par Cédric Michelin
La Sicarex Beaujolais bouscule les idées reçues

Pendant longtemps, les fortes densités de plantation ont constitué un marqueur historique du vignoble beaujolais. Avec des minima réglementaires de 8.000 pieds/ha et jusqu’à 9.000 pieds/ha dans certaines appellations, les vignes étaient traditionnellement implantées selon des schémas très serrés, souvent à un mètre sur un mètre. Mais au milieu des années 1990, dans un contexte de crise économique, la question de leur pertinence commence à être posée.

« Les professionnels nous ont demandé de faire une étude sur ces densités de plantation avec comme premier objectif la réduction des frais de production », a expliqué Jean-Yves Cahurel, ingénieur à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) basé en Beaujolais, lors d’une conférence organisée par la CAVB.

Au-delà de la maîtrise des coûts, les attentes étaient multiples : maintenir, voire améliorer la qualité des vins, faciliter le travail du sol, développer l’enherbement et améliorer la sécurité des opérateurs dans les parcelles les plus pentues.

Deux approches complémentaires

Pour répondre à ces interrogations, l’IFV-Sicarex Beaujolais a mis en place deux séries d’expérimentations.

La première repose sur des essais de plantation réalisés à Jarnioux et au Perréon. Plusieurs densités y sont comparées : une modalité témoin à 1,35 m × 0,9 m, une densité intermédiaire à 1,80 m × 1 m et une conduite en lyre à 3 m × 1 m. Au Perréon, un gobelet traditionnel à 1 m × 1 m est également conservé comme référence.

La seconde approche consiste à transformer des parcelles existantes fortement plantées. À Chénas, Côte-de-Brouilly et Rivolet, les chercheurs ont testé à partir de 2004 l’arrachage d’un rang sur trois ou d’un rang sur deux, accompagné d’une transformation du gobelet en cordon palissé.

« Si l’on devait attendre le renouvellement complet des parcelles pour modifier les densités, cela aurait été très long », a rappelé Jean-Yves Cahurel pour justifier cette seconde voie d’expérimentation.

Dans tous les cas, les chercheurs ont cherché à conserver un rapport identique entre surface foliaire exposée et rendement, considéré comme un élément déterminant de l’équilibre physiologique de la vigne (lire nos précédents articles).

Pas d’explosion des maladies du bois

L’un des risques redoutés concernait l’impact des transformations sur les maladies du bois. La conversion d’un gobelet en cordon impose en effet des coupes importantes susceptibles de favoriser les contaminations.

Les résultats se sont toutefois révélés rassurants. Sur les trois sites transformés, aucune différence significative n’a été observée sur l’évolution des symptômes d’esca entre les différentes modalités.

Jean-Yves Cahurel a attribué ce résultat aux précautions prises lors des interventions. Les coupes ont notamment été réalisées après le débourrement afin de limiter les risques d’infection.

Des rendements finalement proches

Sans surprise, les premières années suivant les arrachages se traduisent par une baisse de rendement proportionnelle à la réduction du nombre de ceps.

Mais cet effet s’atténue progressivement.

« À partir de la quatrième année, nous avons régulé les rendements afin de conserver un rapport surface foliaire-rendement identique », a précisé l’ingénieur.

Au terme du suivi, les différences deviennent relativement faibles. Les modalités les moins denses produisent certes légèrement moins, mais les niveaux atteints restent compatibles avec les objectifs des appellations.

Des grappes plus grosses, mais pas des baies plus grosses

L’un des résultats les plus constants concerne la taille des grappes.

À mesure que la densité diminue, le poids moyen des grappes augmente. Ce phénomène a été observé aussi bien dans les essais de plantation que dans les essais de transformation.

En revanche, le poids de cent baies demeure pratiquement inchangé.

« Cela venait essentiellement d’un nombre de baies par grappe différent », a souligné Jean-Yves Cahurel.

Autrement dit, les grappes gagnent en volume sans que les baies individuelles deviennent plus grosses, un point important pour l’interprétation qualitative des résultats.

Une maturité légèrement plus tardive

Sur le plan analytique, les différences restent modestes.

Les essais mettent néanmoins en évidence une tendance récurrente : les densités plus faibles présentent généralement une acidité plus élevée et des pH plus faibles.

Le degré probable varie peu, mais apparaît parfois légèrement inférieur.

Pour Jean-Yves Cahurel, cette évolution pourrait aujourd’hui être perçue différemment qu’au moment du lancement des essais.

« À l’époque, c’était plutôt considéré comme un inconvénient. Avec le changement climatique, cela peut devenir un avantage », a-t-il observé.

Dans un contexte de recherche de fraîcheur et de maîtrise des degrés alcooliques, cette maturité légèrement plus tardive pourrait en effet constituer un levier d’adaptation intéressant.

Un avantage net face à la pourriture grise

C’est probablement sur ce point que les écarts apparaissent les plus marqués.

Les modalités à forte densité se montrent systématiquement plus sensibles à la pourriture grise. Le phénomène est particulièrement visible dans les parcelles conduites en gobelet traditionnel.

Selon Jean-Yves Cahurel, cette sensibilité accrue s’explique par une moindre aération des grappes et un entassement plus important de la végétation.

Les modalités moins denses bénéficient au contraire d’une meilleure circulation de l’air, limitant l’installation du Botrytis.

Cette moindre sensibilité pourrait offrir davantage de souplesse dans la gestion de la date de récolte.

Peu de différences dans le verre

Les analyses œnologiques confirment les observations réalisées au vignoble.

L’acidité augmente légèrement lorsque la densité diminue, mais les différences observées sur les polyphénols demeurent limitées.

Les dégustations réalisées sur plusieurs années montrent, elles aussi, des écarts faibles et rarement significatifs.

Certaines années, les dégustateurs perçoivent davantage d’acidité ou quelques nuances de structure tannique, mais aucune tendance forte ne se dégage.

« Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a très peu de différences significatives entre les modalités », a insisté Jean-Yves Cahurel.

Une adaptation à accompagner

L’intervenant a toutefois appelé à la prudence sur les sols les plus superficiels.

Dans ces situations, la réduction de densité doit s’accompagner d’une gestion attentive de l’enherbement et de la nutrition azotée afin d’éviter une concurrence excessive avec la vigne.

Les travaux menés depuis plusieurs années sur les porte-greffes constituent également une piste complémentaire pour adapter les systèmes viticoles aux nouvelles contraintes climatiques.

Après plus d’une décennie d’observations, la conclusion des chercheurs est claire : la réduction de densité n’altère pas la qualité des vins dès lors que l’équilibre entre surface foliaire et rendement est préservé. Un résultat qui remet en question plusieurs certitudes historiques et ouvre de nouvelles perspectives pour l’évolution des vignobles à forte densité.

Cédric Michelin

À la suite de la conférence organisée par la CAVB le 6 février à Beaune sur les modes de conduite de la vigne face au changement climatique, cette série d’articles explore les leviers techniques questionnés par la filière : densité de plantation, architecture de la canopée, gestion de l’eau, maturité des raisins et préservation de l’identité des vins bourguignons.

À la suite de la conférence organisée par la CAVB le 6 février à Beaune sur les modes de conduite de la vigne face au changement climatique, cette série d’articles explore les leviers techniques questionnés par la filière : densité de plantation, architecture de la canopée, gestion de l’eau, maturité des raisins et préservation de l’identité des vins bourguignons.

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