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Marché des céréales

Les Etats-Unis submergés par leur maïs

En France, les planteurs redoutent une petite récolte de maïs vendue à vil prix. En produisant 50 Mt de maïs de plus que l’an passé, les États-Unis ne parviendront pas à trouver suffisamment de débouchés intérieurs et à l’export pour éviter l’engorgement des marchés. Leurs stocks attendus en hausse de 20 Mt à la fin de la campagne pèsent déjà sur la prochaine.  

Les Etats-Unis submergés par leur maïs

Depuis une quinzaine de jours, les cours français du maïs ont décroché et demeurent invariablement inférieurs aux deux campagnes précédentes. L’abondance des céréales produites dans le monde et des échanges commerciaux en berne (119 Mt), expliquent ces replis. En Union européenne, la valeur de l’Euro et la baisse des prix du pétrole accentuent aussi ce mouvement de baisse. En attendant, les marchés mondiaux sont insensibles aux conditions climatiques caniculaires qui se sont abattues à deux reprises cet été en France et au sud de l’Union européenne (UE). La production française de maïs estimée à 13,7 Mt le 1er août dernier par le service de la statistique du ministère de l’Agriculture paraît très optimiste. Depuis, les conditions de cultures se sont nettement dégradées. Semaine 32 close le 11 août dernier, FranceAgriMer les a notées bonnes à très bonnes à 67 %, soit 10 points de moins que l’an passé. Les planteurs de maïs risquent d'être contraints d’écouler une petite récolte à petits prix ! 

Regain d’intérêt

En fait, la sécheresse n’épargne aucun pays européen producteur de maïs. Le ministère américain de l’Agriculture (USDA) anticipe, pour l’UE, une production de 58 Mt comme l’indique son dernier rapport publié le 11 août dernier. Là encore, l’impact de la dernière période caniculaire n’a pas été pris en compte. Mais l’UE et les autres pays structurellement importateurs de la planète pourront compter sur les marchés pour acheter les quantités de grains qu’ils n’auront pas engrangées. Leurs déficits relanceront à la marge les échanges commerciaux de maïs (199 Mt) de près de 10 Mt, comparés à l’an passé. Le Mexique, dorénavant le 1er pays importateur au monde de grains, projette de s’en faire livrer 25,8 Mt  (+ 8 Mt en trois campagnes) et les Vingt-sept pays européens pris dans leur ensemble, 22 Mt. La Chine en achèterait aussi 10 Mt  (+ 6 Mt). Mais ces regains d’intérêt pour la céréale ne permettront pas d’éviter l’engorgement des marchés. En effet, les États-Unis produiraient 425 Mt de maïs selon l’USDA, soit 50 Mt de plus que la campagne précédente. Cette récolte repose sur l’implantation de 39 Mha et des rendements atteignant 12 tonnes par hectare. L’augmentation de la production américaine de maïs surprend. Elle contribue largement à la croissance de 60 Mt de sa production à l’échelle mondiale estimée par l’USDA à 1.288,56 Mt.

Politique isolationniste

Par ailleurs, la progression de près de 10 Mt des échanges commerciaux de maïs dans le monde profiterait uniquement au Brésil, à l’Argentine et à l’Ukraine partis pour récolter 8-10 Mt de grains de plus pour l’export afin de répondre aux demandes croissantes de leurs principaux clients. Les productions argentine (53 Mt) et ukrainienne (32 Mt) progresseront respectivement de 3 Mt et de près de 5 Mt. A contrario, la politique douanière du président américain Donald Trump dissuade pays importateurs, souvent acculés de taxes à l’export vers des États-Unis, de privilégier l’origine américaine. 

Les Farmers américains sont d’ores et déjà les premières victimes de cette politique isolationniste. Selon l’USDA, les États-Unis parviendraient difficilement à en exporter autant que la campagne passée (72 Mt) et ils n’en consommeraient que 332 Mt (+ 14 Mt). Aussi, l’excédent sera stocké. Certes, l’augmentation de 20 Mt de leurs stocks de fin de campagne compensera allègrement, à l’échelle mondiale, le déstockage opéré par la Chine (- 18 Mt). En effet, elle n’importera pas plus de 10 Mt de grains pour compenser une production de 295 Mt déficitaire de 26 Mt. Mais le maïs américain engrangé est voué, un jour ou l’autre, à être mis sur le marché. Aussi, leurs stocks de report estimés d’ores et déjà à 57 Mt, sont l’épée Damoclès des marchés de la campagne de commercialisation et des cours de l’ensemble des céréales.