Les IAA très peu convaincues
Cette proposition avancée par la FNSEA se veut une réponse à la volatilité accrue des cours des matières premières et des deux flambées du printemps 2008 et l'actuelle débutée à l'automne dernier.
Opposition affirmée
« Nous devons revoir ça avec nos amis agriculteurs », plaide Jean-René Buisson expliquant alors plus franchement : « nous sommes plutôt contre l'indexation car elle apparaît comme une solution trop collectiviste ». Traduction : l'Ania redoute une gestion trop administrée des problèmes posés par la forte volatilité des cours agricoles.
Elle propose plutôt aux agriculteurs de « réfléchir » à des systèmes d'assurance et à des réserves financières quand les prix sont élevés, ajoutant un brin cassant : « ils (ndlr : les agriculteurs) en parlent depuis longtemps, il faudrait qu'ils s'y mettent ». Quant aux distributeurs, l'Ania leur demande de « tenir compte de la hausse des matières premières dans les hausses des prix » qu'ils consentent aux industriels. Car la courbe des prix à la consommation, elle, est plutôt stable, faisant dire à Jean-René Buisson que « c'est globalement la distribution qui marge sur les produits alimentaires ».
La LME sur le billot
Sortant de négociations commerciales « très difficiles » avec cette dernière, les IAA mettent la pression sur l'Elysée pour que la LME « soit appliquée correctement », sinon « on la fera refaire ; il nous semble aujourd'hui facile de regrouper une majorité parlementaire pour remettre en cause la LME », met en garde le président de l'Ania... Il change ainsi clairement de ton et demande à rencontrer Nicolas Sarkozy au plus vite, pour qu'il reconnaisse solennellement que « la LME n'a pas fonctionné dans son objectif d'instaurer une concurrence entre les distributeurs ». Et que « le secteur agroalimentaire est un secteur essentiel de l'économie nationale ». L'Ania veut que « l'ensemble des négociations commerciales figure dans un plan d'affaires annuel, mis par écrit ».
Les IAA indiquent qu'elles ont pris sur leurs marges lors des dernières négociations commerciales pour 2011 pour pouvoir, enfin, les conclure. Elles ne sont parvenues à passer que 30 à 40 % de la hausse du coût des matières premières agricoles à leurs clients du secteur, précisent-elles. L'Ania évalue ainsi que 3.000 à 5.000 emplois devraient disparaître dans le secteur sur les 400.000 qu'il compte, et ce du fait de l'issue de ces négociations. Des hausses de prix en rayon sont néanmoins attendues sur le café, le chocolat, la farine, les pâtes, les biscuits, les huiles et les poissons, mais l'Ania n'a pas dit son dernier mot, ni d'ailleurs son dernier prix. « Nous aurons à nous revoir avec les distributeurs cette année pour négocier le prix de certains produits comme le porc et sur l'évolution des matières premières ».
Perspectives 2011-2012 : l'Ania peu optimiste
L'Ania ne boude pas ses résultats 2010 : l'agroalimentaire reste le premier secteur industriel français en chiffre d'affaires, atteignant plus de 143 milliards d'euros, en légère hausse de +3 % par rapport en 2009. Mais elle y met cependant un bémol : « en 2009, le chiffre d'affaires du secteur avait reculé de 7 % ». En 2010, à l'export qui a connu une réelle reprise, les plus fortes progressions sont pour les boissons (alcoolisées ou non) et les produits laitiers ; les plus mauvais résultats concernent en revanche les huiles.
Surtout, l'Ania se dit « pas très optimiste » pour les deux années à venir. Les cours des matières premières ont continué d'augmenter depuis le début 2011 et la consommation ne devrait pas tirer la croissance du secteur. Selon les prévisions économiques du groupe Xerfi, les niveaux de production industrielle ne devraient augmenter que de 0,2 % en 2011. La marge brute dans le secteur devrait ainsi chuter...