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Agrioccasions, les occasions agricoles
Perspectives agricoles 2011-2020

Les prix des matières premières agricoles devraient rester élevés

La FAO et l’OCDE ont présenté leurs Perspectives agricoles 2011-2020. L’enseignement phare de ce rapport est que les prix des produits agricoles de base devraient rester élevés sur la prochaine décennie. Une conclusion préoccupante pour les populations pauvres des pays en développement dont la production vivrière est faible.
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Alors que des paysans du monde entier adressaient un message aux chefs d’Etat et de gouvernement du G20, le 17 juin, au siège de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et la FAO, l'Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, publiaient dans les mêmes locaux leurs Perspectives agricoles pour la période 2011-2020. Ce rapport présente une analyse de la production agricole, un examen de la réaction des marchés mondiaux face à la volatilité des prix des produits agricoles de base et des produits alimentaires, et l’évolution du secteur agricole mondial dans la décennie à venir. Le document a été présenté par Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, et Jacques Diouf, directeur général de la FAO. Enseignement principal de ces Perspectives : le niveau plus élevé des prix agricoles et alimentaires depuis la cinquième année consécutive et la volatilité des prix sur les marchés des produits de base vont durer sur la prochaine décennie.
Avant cette publication, les deux organisations internationales avaient déjà remis début juin à la présidence française du G20 un rapport, établi sous leur coordination et avec dix autres organisations internationales, consacré à la volatilité des prix sur les marchés des produits agricoles de base et des produits alimentaires. Ce dernier était examiné lors de la réunion des ministres de l’Agriculture du G20 de Paris, les 22 et 23 juin.

Hausse des coûts de production


Dans leurs Perspectives, l’OCDE et la FAO soulignent que sur la période 2011-2020 les prix réels des céréales pourraient dépasser en moyenne de 20 % les niveaux de la période 2001-2010 et ceux de la viande de près de 30 %. Néanmoins, de bonnes récoltes attendues ces prochains mois feraient diminuer dans un premier temps les prix des produits de base par rapport aux niveaux extrêmes atteints début 2011. De plus, le rapport prévoit sur la prochaine décennie une progression des échanges agricoles de 2 % par an, c’est-à-dire moins vite qu’au cours de la décennie précédente. En effet, les prévisions tablent sur une augmentation « modeste » de la production chez les pays exportateurs habituels et sur une hausse de la production chez les importateurs.
La croissance de la production agricole devrait ralentir, s’établissant à 1,7 % par an contre 2,6 % en 2001-2010, en particulier pour les oléagineux et les céréales secondaires. Ce qui s’explique par un ralentissement de l’accroissement de la productivité (+1,5 % dans les années 2000 contre +0,9 % pour 2010-2020) ainsi que la hausse des coûts de production, liée notamment à la hausse du prix du pétrole influant directement sur les prix du carburant et des engrais, et à la hausse des coûts de l’alimentation animale pour les éleveurs. Face à une offre mondiale sous tension, la consommation alimentaire par habitant devrait a contrario progresser « très rapidement » en Europe orientale, en Asie et en Amérique latine, notamment la consommation de viande, de produits laitiers, d’huiles végétales et de sucre. Dans ces régions, les revenus augmentent et la croissance démographique ralentit. Résultat, les prix des produits alimentaires vont rester élevés et le rapport souligne que « les risques de voir des prix plus élevés sont plus importants que ceux de voir des prix moins élevés ». Ce qui fait dire à Angel Gurria que « la transmission des signaux du marché aux producteurs », via une plus grande transparence sur les données (récoltes, stocks, etc.) des marchés aussi bien physiques que financiers, « est essentielle pour une bonne réponse du côté de l’offre ».

Accroître les investissements au Sud


Des prix plus élevés sont plutôt une bonne nouvelle pour les agriculteurs et en particulier les producteurs de céréales et d’oléagineux, ceci étant moins vrai pour les éleveurs en raison de la hausse du coût de l’aliment. Seulement la hausse des prix des produits de base implique une hausse des prix à la consommation dans la plupart des pays, préoccupante pour la stabilité économique et la sécurité alimentaire de certains pays en développement. Les consommateurs pauvres y sont plus exposés à la malnutrition, ce que souligne le rapport.
« Des déficits alimentaires de plus en plus importants sont attendus dans les pays d’Afrique sub-saharienne », avertissent même l’OCDE et la FAO, en raison d’une augmentation de la demande, liée à la croissance démographique, plus rapide que celle de la production intérieure de la zone.
Jacques Diouf estime que « la principale solution » au problème de la volatilité et de ses retombées négatives « sera d’accroître l’investissement dans l’agriculture et de favoriser le développement rural dans les pays en développement, où vivent actuellement 98 % des personnes qui souffrent de la faim et où la population devrait s’accroître de 47 % » d’ici à 2050. Il s’agit spécialement d’augmenter la productivité des petits exploitants dans les pays à faible revenu et faible production vivrière. Egalement, et sans surprise, Angel Gurria a appelé le 17 juin les pouvoirs publics « à supprimer les mesures qui faussent la production et les échanges » telles que les restrictions aux exportations et aux importations. Mais rien sur d’éventuelles mesures de protection des marchés des régions en développement pour les aider à atteindre une relative souveraineté alimentaire…


Biocarburants
L’OCDE s’en prend aux politiques de soutien


Selon les Perspectives agricoles 2011-2020 de l’OCDE et de la FAO, la quantité de produits agricoles utilisée dans la fabrication de biocarburants va continuer de s’accroître rapidement, « en grande partie sous l’effet des obligations légales d’incorporation et autres mesures de soutien adoptées » en faveur des biocarburants, explique le rapport. Il estime que la production mondiale de bioéthanol pourrait passer de 95 milliards de litres en 2010 à 155 milliards en 2020 et celle de biodiesel de 20 à 42 milliards de litres. Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE, estime qu’il faut « supprimer les politiques qui introduisent des distorsions dans les échanges, y compris celles en faveur des biocarburants ». Il considère que « c’est une façon coûteuse de produire de l’énergie et une façon de brûler de la nourriture avec l’aide de subventions », même si il reconnaît qu’après la première génération de biocarburants, « on évolue vers d’autres sources de biocarburants moins problématiques ». Selon les Perspectives de l’OCDE et de la FAO, en 2020, 13 % de la production mondiale de céréales secondaires, 15 % de la production d’huiles végétales et 30 % de la production de canne à sucre devraient être consacrés à la production de biocarburants. Et cette dernière pourrait devenir rentable dans de nombreux pays si les prix du pétrole continuaient à augmenter jusqu’à un certain seuil.