Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
// IG Tournerie et tabletterie du Massif du Jura

« Nous vivons un moment historique »

Lors de son assemblée générale, le syndicat Creativewood a officialisé l’obtention de l’indication géographique française “Tournerie et tabletterie du Massif du Jura”. Cette reconnaissance vise à protéger les savoir-faire locaux, renforcer la visibilité des artisans et structurer la filière bois sur un territoire où ces métiers s’exercent depuis le Moyen Âge.

Par Isabelle Renaud
« Nous vivons un moment historique »

La nouvelle indication géographique “Tournerie et tabletterie du Massif du Jura” a été officiellement présentée lors de l’assemblée générale de Creativewood, syndicat regroupant les entreprises jurassiennes spécialisées dans la création d’objets en bois. C’est ce réseau d’une cinquantaine d’entreprises, implantées dans le Jura, le Doubs et l’Ain, qui a déposé la demande d’IG auprès de l’Europe, avec le soutien de l’interprofession Fibois Bourgogne-Franche-Comté.

Homologuée par l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) le 28 novembre 2025, cette 25ᵉ indication géographique française marque une étape historique pour le secteur. « L’IG sera un levier stratégique pour nos entreprises, souligne Dominique Retord, président de Creativewood. Elle renforcera notre visibilité et offrira un récit commun à des savoir-faire uniques. Nous vivons un moment fondateur ».

Huit entreprises familiales

Huit entreprises ont d’ores et déjà adhéré à l’IG : Sauge artisans du bois (Doubs), Tabletterie des Lacs (Jura), Marotte SA (Jura), Tabletterie et tournerie moderne (Ain), Tabletterie Patel (Jura), Manufacture Jacquemin (Jura), Jeujura (Jura) et Tournerie Seurre et Fils (Jura). Plusieurs perpétuent un savoir-faire transmis depuis au moins trois ou quatre générations.

Au-delà de la reconnaissance, l’IG fédère les acteurs autour d’un objectif commun : communiquer et valoriser ces métiers. Catherine Pistolet, commissaire adjointe du Massif du Jura, rappelle que ce territoire, jeune et dynamique, s’appuie sur une économie vivante et des savoir-faire ancestraux. « L’État a encouragé cette démarche d’IG qui s’étend au niveau européen avec les IGP, seule protection légale contre les contrefaçons ».

Le cahier des charges

L’aire géographique de l’IG couvre les communes du Massif du Jura et celles situées dans un rayon de cinq kilomètres, dans les départements du Doubs, du Jura et de l’Ain. Le cahier des charges souligne le lien indissociable entre ces métiers et leur territoire : la tournerie, apparue au Moyen Âge dans le Haut- Jura, et la tabletterie, développée à la fin du XVIIe siècle avec l’essor des boîtes à tabac en bois, souvent enrichies de marqueterie. L’horlogerie, florissante aux XVIIIe et XIXe siècles, a également contribué à développer ces professions.

Toutes les essences de bois massif et les panneaux bois sont autorisées dans l’IG. Les procédés de fabrication, souvent réalisés avec des machines et outils conçus sur mesure, sont détaillés dans le cahier des charges. Creativewood, devenu organisme de gestion de l’IG, veillera à la certification des entreprises et à des audits réguliers.

Prochaine étape en 2026 : créer une identité visuelle commune et un site Internet dédié.

Former et transmettre

Les professionnels du bois misent aussi sur la formation pour assurer la pérennité de ces métiers. Lors de l’assemblée générale, le lycée des arts du bois Pierre Vernotte de Moirans-en-Montagne était invité, illustrant l’engagement des acteurs locaux. « Nos métiers partent aussi des écoles, rappelle Dominique Retord. Nous devons donner aux jeunes la possibilité de s’exprimer et de s’installer sur nos territoires ».

Isabelle Renaud