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Agrioccasions, les occasions agricoles
Mouton Charollais

Pas d’animaux à Paris cette année

Pour la première fois depuis 1972, les éleveurs de Moutons Charollais ont décidé de boycotter le Salon de l’agriculture. Le concours général de la race n’aura pas lieu à Paris, mais les meilleurs sujets de la race s’affronteront à Palinges le 19 février prochain.

Pas d’animaux à Paris cette année
Cette année, les éleveurs de Moutons Charollais iront à Paris sans leurs animaux.

Vendredi dernier, le bureau de l’Organisme de Sélection du Mouton Charollais a pris la décision de ne pas exposer d’animaux au prochain Salon de l’agriculture et d’annuler de fait le concours général. « Au vu du contexte actuel dans la profession agricole », les éleveurs de moutons charollais s’interrogeaient depuis quelque temps sur leur participation au SIA 2026 qui se tiendra du 21 février au 1er mars. « Cette décision est prise d’une part par solidarité avec nos collègues bovins (d’autant plus que nous sommes majoritairement installés sur des exploitations mixtes ovins/bovins) et d’autre part pour adresser un signal au monde politique et aux instances décisionnelles », présente Denis Berland, président de l’OS Mouton Charollais (lire encadré).

Un stand sans animaux

Alors que la race était présente sans interruption à Paris depuis 1972, pour la première fois cette année, les éleveurs de moutons charollais n’emmèneront pas d’animaux au SIA. Mais les représentants de la race seront bien présents sur leur stand, assure Denis Berland. Le lundi 23 février après-midi, jour où aurait dû se tenir le concours général de moutons charollais, « nous allons ouvrir le ring ovin au grand public », annonce le président. Les visiteurs seront accueillis pour une dégustation de viande d’agneau charollais et les éleveurs profiteront de ce moment convivial pour leur exprimer leurs difficultés.

Un concours à Palinges

Deux jours avant l’ouverture du salon, le 19 février, l’OS a prévu d’organiser un concours sur le site de la station raciale de Palinges. La matinée sera consacrée au tri des animaux qui auraient été destinés à Paris. Les reproducteurs retenus s’affronteront l’après-midi sur place. Cet évènement inédit est destiné à remplacer le traditionnel concours général pour lequel les sélectionneurs avaient préparé leurs meilleurs sujets.

Encadré

En boycottant ainsi le SIA, les éleveurs de moutons charollais tiennent à exprimer « un sentiment de déconnexion croissante entre les politiques publiques et la réalité du terrain agricole ». Ils dénoncent « l’ensemble des difficultés qui touchent aujourd’hui l’élevage français, qu’elles soient sanitaires, économiques ou réglementaires. Depuis plusieurs années, nous avons le sentiment que les responsables politiques viennent au Salon pour se montrer, communiquer, mais que les revendications du monde agricole ne sont ni entendues ni traduites en actes concrets », déplorent les éleveurs de moutons charollais. En premier lieu, ils regrettent « le contexte sanitaire actuel et la gestion de ces crises, qui mettent à mal la pérennité de nos exploitations ». Ils rappellent que les élevages ovins ont été lourdement touchés par la FCO, avec des pertes importantes et déplorent le manque d’anticipation de ces crises. « Les difficultés rencontrées récemment, notamment en matière de disponibilité des vaccins, illustrent clairement ce problème. La gestion de la MHE engendre une lourdeur administrative excessive, avec un recours aux PCR pour chaque rassemblement d’ovins et lors de changement de zone sanitaire, ce qui freine considérablement les échanges ». Quant à la DNC, si elle ne concerne pas directement la filière ovine, les éleveurs de Moutons Charollais sont solidaires avec les éleveurs bovins. Et ils n’oublient pas le fléau de la prédation. « Malgré des alertes répétées, les éleveurs peinent toujours à se faire entendre. Les derniers arrêtés donnent le sentiment de mesures d’affichage, destinées à apaiser temporairement le monde agricole, mais dans les faits, la régulation reste insuffisante, alors même que les populations de prédateurs ont dépassé depuis longtemps leur seuil de viabilité ». Le contexte politique et commercial international « renforce le malaise » des éleveurs. « La remontée des cours de la viande ne doit pas faire oublier un contexte économique encore très fragile ». En pleine « période de négociations » avec le Mercosur, les éleveurs de Mouton Charollais s’interrogent aussi sur le choix de la Brahman, comme race à l’honneur au SIA. Si cette race est effectivement élevée sur certains territoires français, elle symbolise à leurs yeux l’élevage du continent sud américain, un geste « particulièrement maladroit dans le contexte actuel », pointe l’OS. Ce dernier dénonce enfin « que les animaux perdent progressivement leur place au sein du SIA », au profit d’une « présence croissante de grandes entreprises, notamment de la grande distribution », contribuant « à lui faire perdre, année après année, l’âme agricole qui faisait sa singularité ».

« Une déconnexion croissante… »