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Quand les rats menacent la santé publique

CONTAMINATONS / Plus d’un rat taupier sur deux est porteur de parasites : c’est le bilan alarmant d’une enquête cantalienne menée après l’invasion de 2015-2016. Un danger sanitaire longtemps sous-estimé.

Par Renaud Saint-André
Quand les rats menacent la santé publique
©Wikipédia
Les campagnols terrestres sont porteurs de nombreux agents pathogènes transmissibles à l’homme et aux animaux d’élevage.

Une étude menée par des vétérinaires cantaliens révèle que les campagnols terrestres sont porteurs de nombreux agents pathogènes transmissibles à l’homme et aux animaux d’élevage. L’enquête a été réalisée lors de la pullulation exceptionnelle de 2015-2016 dans le nord du département, qui a provoqué des dégâts considérables aux prairies et suscité la colère des éleveurs. Sur 418 rats taupiers autopsiés entre octobre 2015 et juin 2016, les analyses ont mis en évidence une contamination massive et diversifiée. Parmi les 263 échantillons fécaux examinés, plus de la moitié (57 %) contenaient du Blastocystis, un parasite microscopique unicellulaire. Suivent la Capillaria, un ver rond (23 %), et le Cryptosporidium (14 % en moyenne), ce dernier atteignant même 40 % de porteurs sur certains sites.

Multitude de parasites

D’autres parasites ont également été détectés : Entamoeba (9 %), Ankylostomidae – des vers parasites intestinaux – (5 %), Enterocytozoon (5 %) et Encephalitozoon (1 %), deux microsporidies, organismes parasitaires microscopiques pouvant affecter divers organes. « Ces explosions démographiques, qui surviennent en moyenne tous les 5 à 7 ans, ont provoqué des dommages sévères aux prairies permanentes, entraînant une baisse marquée de la qualité et des rendements fourragers », expliquent les 14 vétérinaires de la clinique des Mazets à Riom-ès-Montagnes, à l’initiative de cette enquête. Les répercussions économiques ont été durables. Et rien ne dément que pareille infestation peut revenir. Pendant l’été 2015, les populations ont atteint des densités exceptionnelles de 800 à 1 000 individus par hectare. Les prairies permanentes, criblées de galeries et de monticules de terre, présentaient un aspect dévasté. Face à l’ampleur des dégâts et à l’absence de solutions radicales contre cette espèce, la colère des éleveurs s’est développée dans le secteur, alors que les mesures disponibles reposent essentiellement sur « une démarche préventive raisonnée, collective et au long cours », loin de répondre à l’urgence ressentie.

Leptospirose confirmée

Si les recherches de Coxiella burnetii, la bactérie responsable de la fièvre Q chez l’homme et les animaux, se sont révélées négatives sur 70 analyses de rates, cinq cas de leptospirose ont été détectés sur 153 reins analysés. Cette maladie bactérienne, transmissible par contact avec l’urine des rongeurs, touchait quatre rats porteurs de Leptospira kirschnerii et un de Leptospira borgpetersenii. L’étude a également révélé la présence de kystes parasitaires chez 20 % des animaux, principalement Taenia taeniformis, un ver solitaire, ainsi que de nombreux parasites externes non analysés : puces, poux et tiques.

Contacts à risque multipliés

La pullulation a multiplié les situations d’exposition dangereuses : piégeages à mains nues, cadavres de campagnols retrouvés dans les abreuvoirs ou les captages d’eau, excréments souillant les ressources alimentaires. Autant de circonstances favorisant la transmission des agents pathogènes. « Lors des épisodes de forte densité, les interactions homme-animal et animal-animal augmentent, renforçant l’importance d’intégrer le concept “Une seule santé” dans les stratégies territoriales de surveillance et de prévention », concluent les auteurs. Cette approche considère la santé humaine, animale et environnementale comme interdépendantes. Cette investigation, menée sur 15 sites du nord du Cantal avec la participation bénévole des éleveurs, a mobilisé plusieurs équipes de recherche : l’Inrae de Theix Clermont-Ferrand pour l’analyse des rates, le CNRS et le CHU de Clermont-Ferrand pour les fèces, VetAgro Sup Lyon pour les reins. Les animaux ont été autopsiés dans les 12 heures suivant leur capture, permettant de consigner systématiquement pour chaque individu la date et le lieu de capture, le poids, le sexe, le statut gestationnel et les observations macroscopiques.

Renaud Saint-André