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Elevage

« Nous avons choisi de faire confiance aux experts »

«  C'est parce que beaucoup de choses ont été dites sur les réseaux sociaux que nous avons organisé cette soirée. Il nous semble important d'apporter des informations précises sur le protocole, la vaccination, au sujet de la DNC », présente Maxime Bonnot, président des JA Saône-et-Loire, avant de donner la parole à Guillaume Léger, président des JA Haute-Savoie, pour relater l'expérience de ce département. Témoignage direct venant du cœur de la crise, loin des postures idéologiques en ce 13 janvier à Jalogny.

Par Frédéric RENAUD
« Nous avons choisi de faire confiance aux experts »
Les JA 71 ont notamment invité Guillaume Léger (chemise grise) ainsi que Julien Chardeau (GDS à droite) et Guillaume Berger (marché St-Christophe, tout à gauche).

Face aux premiers cas

« Dans les dix jours après la découverte de la DNC, nous n’avons pas su quoi dire aux éleveurs. Comme tout le monde, on découvrait la maladie ! Assez vite, nous avons commencé à discuter avec les deux principaux experts européens, qui avaient suivi le problème dans les Balkans. Tout de suite, nous avons parlé de vaccination, avant de préconiser l’abattage », débutait humblement Guillaume Léger, de quoi relativiser avec les donneurs d'avis péremptoires qui pullulent de partout.

« Très vite, le premier éleveur touché a accepté le dépeuplement intégral. C’était dans l'esprit "on tente le tout pour le tout". Deux ou trois autres ont aussi accepté, juste avant que la contestation démarre », rappelant que la lutte collective repose sur l'acceptation de tous mais peut vite être mise à mal par quelques-uns. 

« Heureusement pour nous, le GDS a très vite obtenu les informations nécessaires. Dès leur réception, en apprenant l'énorme taux de dissémination de la maladie, nous avons choisi de faire confiance aux experts, aux épidémiologistes », remettant les pendules à l'heure pour tous ceux qui pensaient échapper discrètement dans leur coin à la contagion. 

Premières mesures

Dans les deux premiers foyers, les animaux ont été enlevés en totalité. Quelques troupeaux laitiers ont évité miraculeusement la contagion dans ces zones-là. Ces cheptels ne sortaient plus depuis la canicule de juin, gardés dans des bâtiments ventilés. Et les éleveurs désinsectisaient au quotidien, même si on sait aujourd’hui que ce geste de biosécurité n’est pas 100 % efficace : les experts parlent plutôt de 25 à 30 %, mais l'ensemble des gestes arrive à protéger un troupeau. 

Il faut rappeler aussi l’importance du triptyque "dépeuplement, vaccination et arrêt des mouvements", voire ajouter le 4e outil : les mesures de biosécurité. Cet ensemble a compté ainsi que la rapidité, le sérieux, l’efficacité, la responsabilité des éleveurs autour des foyers. 

Ça n’a pas été facile !

La situation s'est vite compliquée : au 20 juillet, seuls les responsables des JA, de la Fédé, de la Chambre et GDS croyaient que la vaccination restait la seule solution et qu’il fallait continuer. Nous n’avions pas la preuve que ça allait fonctionner. « Nous étions dans des journées avec 5 ou 6 cas positifs par jour. Nous avions le moral dans les chaussettes, alors que le réseau syndical était en train de se déliter », se souvient Guillaume Léger.

Malgré tout, « nous avons renversé la vapeur ensuite. Il a fallu communiquer syndicalement pour commencer la vaccination. On s'est aussi interrogé sur la pertinence de l’abattage, une fois que l’immunité collective aurait été atteinte », explique-t-il le cheminement des décisions.  

Soigner les annonces

« Lors du premier cas haut-savoyard, j'ai refusé que la DDPP se charge d'effectuer l'annonce aux éleveurs. Nous avions un mauvais souvenir en 2022, lors d'un abattage pour la brucellose. Les façons de faire ont un impact sur la suite de la procédure, dans ces cas-là ! Ces malfaçons dans la prise de contact ont fait dérailler les gens dans le Doubs puis en Ariège, d'où les blocages ! », détaillait-il les responsabilités qu'il a dû endosser.

Les premiers éleveurs touchés ont apprécié d'être accompagnés par des gens qu’ils connaissent et des habitués du soutien. « Ils nous ont remerciés ensuite », façon de dire que sur le moment et sur le coup de l'émotion, nul ne peut être satisfait, et que la raison ne reprend le dessus qu'après le deuil fait. 

Les dépeuplements

« Avec mes vice-présidents, nous y avons assisté, sur le conseil de la psychologue de la MSA qui souhaitait éviter que les éleveurs assistent à cet abattage. Et aussi, pour soulager les vétérinaires, qui enchaînaient des opérations à l'opposé des missions pour lesquelles ils sont formés. Psychologiquement, certains ont du mal à s’en remettre », ne sous-estime-t-il pas le choc que ces épreuves représentent et qui doivent faire l'objet d'un suivi au long cours.

« Nous avons vite compris qu'il fallait être présents ensuite ; parce que l’Administration, en raison de ses moyens humains, financiers et logistiques, n’est pas capable d’appliquer cette stratégie », tenait-il à préciser pour démontrer toute l'utilité des organisations professionnelles.

« Nous avons continué les dépeuplements, car la DNC continuait de frapper, avec une augmentation des cas journaliers. Neuf administrateurs JA ont participé, ainsi que des agriculteurs retraités, des amis des familles, parfois hors syndicalisme majoritaire », alors que la phase d'émergence d'une maladie est faite de multiples cas.

La division

« Et surtout, nous n'avons pas fait de récupération syndicale. D’emblée, nous nous sommes dit "ce n’est pas un sujet syndical, on laisse travailler le GDS et la chambre d'Agriculture, car c’est de leur compétence" », donnant ainsi une neutralité au bénéfice de la science. En revanche, les deux seuls représentants de la Coordination ont participé en affichant bien leurs couleurs, avec drapeaux, bonnet, et suivi média, cinglait Guillaume Léger qui soulignait ainsi ne pas vouloir se tromper de combat alors.

Car, tout le monde le regrette à présent, « le grand drame de cette affaire, c'est la division entre les gens. C'était l'enfer, mais très vite, les adhérents sont revenus à la raison. Ils ont commencé à s’informer différemment. On s’est aperçu que plus, on s'éloigne des foyers, plus c’est difficile de savoir. D’où notre choix de partir témoigner, pour rappeler comment ça s’est passé », objectif justement de cette réunion à Jalogny au cœur du Clunisois où beaucoup de choses se racontent.

La vaccination

Elle débute le 17 juillet à midi. Guillaume Léger se souvient : « Le président du GDS nous sollicite “car il a besoin de bras”. Ses services nous ont fourni le listing des cliniques vétérinaires, que nous avons contactées. Avec les cliniques proches des foyers, nous avons suscité des groupes de bénévoles pour compléter l’action des vétérinaires, pour changer les aiguilles, cocher les listings, monter les pièges de contention. Nous avions décidé de commencer par les troupeaux laitiers à l’intérieur, car c’était une priorité parmi les catégories à sauvegarder ».

Un aspect de la vaccination est resté un « échec collectif » en termes logistiques dans cette effervescence et cet apprentissage au pied du mur. L’acheminement et la répartition des doses se sont mal déroulés. Les zones servies en premier n'étaient pas les exploitants les plus nécessiteux. Les voisins des élevages abattus vivaient alors un gros pic de stress.

Indemnisation

Mais ce n'était pas encore la fin de l'histoire et la morale pourrait être plus positive que ne laissait craindre la crise. « Le repeuplement a été fait avec des animaux de bonne qualité génétique. Sur les indemnisations, un acompte de 2.100 € par vache a été versé très rapidement après les abattages. 

Aujourd’hui, tous les dossiers ne sont pas clôturés. Une petite partie a été mise en paiement final ; sur les premiers dossiers soldés, on atteint une moyenne de 3.500 € par animal. Et il y a une réelle solidarité : les vendeurs ont cédé de bonnes bêtes, à des prix raisonnables, en moyenne moins de 2.000 euros. Nous espérons qu’il y aura des efforts en termes de fiscalité en faveur des éleveurs solidaires, nous travaillons en ce sens avec les députés et services de l’État », continue à se battre le leader syndical.

« On sait que ces cheptels-là auront un taux de renouvellement plus important dans les trois prochaines années. L’argent, il sera donc consommé dans l’intégralité. Il faudra peut-être de la vigilance pour les élevages où ça se passe moins bien techniquement, pour qu’il y ait un retour ». Mais quelque part, ces "survivants" peuvent être fiers, car maintenant, ils savent qu'ils ont protégé l'ensemble des éleveurs français. La cinquantaine de JA présents les applaudissaient pour leur courage, n'ayant pas cédé au renoncement facile.

Séance d'infos sur la DNC

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