Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Volailles fermières

Une filière en quête de renouvellement

Si le marché de la volaille se porte bien, les éleveurs de la filière régionale misent sur un renouvellement de l’activité pour maintenir une production locale de volailles certifiées et du quotidien.

Par Emmanuelle Berne
Une filière en quête de renouvellement
Crédit photos Emmanuelle Berne

Pas de doute, la volaille garde sa première place dans les assiettes françaises. Sur les neuf premiers mois de 2025, la consommation est en hausse de 2,9 % par rapport à la même période en 2024, avec une moyenne de 31,6 kg de volailles par an, dont 24,9 kg de poulets, selon les chiffres de l’Interprofession de la volaille de chair (Anvol), publiés fin novembre 2025. Cette tendance explose lors des fêtes de fin d’année, avec 7 millions de volailles achetées. Au niveau de la production, selon une note d’Agreste du 8 décembre 2025, ce ne sont « pas moins de 76,6 millions de volailles de chair qui ont été abattues en France en octobre dernier. La majeure partie des abattages concerne les poulets (65,5 millions), devant les canards gras (2,8 millions), les dindes et poules de réforme (2,3 millions chacune), les canards à rôtir (2,1 millions) et les pintades (1,5 million) ».

Une conjoncture favorable que confirme Sandrine Segaud, éleveur à Uxeau et présidente des Volailles fermières de Bourgogne, filière qui totalise 88 éleveurs et représente 2,23 millions de volailles certifiées Label rouge par an. "Le marché 2025 a affiché de bonnes ventes en termes de volailles fermières et festives, selon l’abattoir LDC, avec presque un léger manque au niveau des volumes. Les dates des fêtes, en milieu de semaine cette année, ont été favorables à la consommation, avec plusieurs repas festifs ».

Même écho du côté de Cédric Bernier, président du Comité d’orientation régional de l’élevage Bourgogne-Franche-Comté (Corel), section avicole, éleveur à Saint-Péreuse. « La vente directe, à la ferme et sur les marchés, semble connaître la même dynamique qu’en 2024, avec une clientèle fidèle et des ventes stables, au quotidien comme au moment des fêtes. La viande blanche demeure une viande bon marché qui attire le consommateur durant toute l’année ».

Développer la filière de production locale

La région Bourgogne-Franche-Comté pèse 3 % de la production française, avec 626 élevages, pontes ou chair confondues, selon les chiffres de novembre 2025 d’Agreste, basés sur le recensement agricole 2020. Ses cheptels sont passés de 5,5 millions en 2010 à 6,8 millions de poulets en 2020, soit une hausse de 23 %. La région produit 690.000 autres volailles, dont des canards (277.000 têtes), des dindes (249.000 têtes) et des pintades (160.000 têtes).

« La volaille est un marché de niche et doit rester proportionné à la demande existante afin d’éviter les difficultés d’écoulement. L’enjeu est de répondre à la demande du quotidien et d’arriver à maintenir et à développer la production », souligne Cédric Bernier.

Pour Patrice Labrosse, éleveur à Chassigny-sous-Dun, président de la Coopérative production avicole de Saône-et-Loire (CPASL), leader régional du canard à rôtir de Barbarie, de poulets certifiés et du quotidien, avec 42 adhérents : « Il y a eu dix-huit mois compliqués en raison de l’inflation qui a touché la consommation et d’une hausse des prix en GMS au niveau du canard. L’année 2025 a été globalement porteuse, avec une consommation en hausse, mais une capacité de production en baisse et des importations d’Ukraine, du Brésil, du Paraguay ou de Thaïlande qui prennent des parts de marché. Ce sont six poulets sur dix qui sont actuellement importés ». En effet, selon les chiffres d’Anvol : « les importations n’ont cessé de croître au fil des années : 10 % en 1990, 25 % en 2000, 40 % en 2010, 48 % en 2024 et 51,4 % sur les neuf premiers mois de 2025 ».

Maintenir le parc existant

L’enjeu majeur pour les filières avicoles régionales est de « développer la construction de bâtiments pour compenser les arrêts potentiels d’activité et l’usure. Il y a une carte à jouer en Bourgogne, en raison d’une faible densité d’élevage », affirme Patrice Labrosse. Des bâtiments, dont le coût de construction d’environ 750.000 euros pour une superficie de 1.800 m2, demeure élevé.

« Il y a eu une amélioration en 2025, avec l’augmentation du prix de reprise des bâtiments, en prenant en compte la hausse des charges liées à l’inflation. En 2026, il s’agira de maintenir les marges pour permettre le renouvellement du parc. On a besoin de préserver l’ensemble de la filière », explique Sandrine Segaud, « que ce soit au niveau du poulet du quotidien ou du poulet label. Il est important de conserver un zonage diversifié en France, de répartir la production sur l’ensemble du territoire et de conforter le parc de bâtiments existants ».

Afin de soutenir la filière régionale, la Région Bourgogne-Franche-Comté a annoncé une amélioration des aides Feader à l’investissement en 2026 pour favoriser la construction de nouveaux bâtiments avicoles. « Il y a une prise de conscience régionale de l’importance de la production de la volaille, en tant que première viande la plus consommée en France », conclut Cédric Bernier.

La production de volailles, une valeur ajoutée (encadré)

Source de revenu supplémentaire pour bon nombre d’exploitations, les atouts de la production de volaille pour un éleveur sont « liés à une faible densité de la production en France. Il est encore possible de monter des exploitations, avec des zones céréalières à proximité. Une valeur ajoutée économique, en raison d’une production moins gourmande en main-d’œuvre qui permet de diversifier sa production agricole », selon Cédric Bernier.

Emmanuelle Berne