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Agrioccasions, les occasions agricoles

Une table ronde inédite après la mobilisation des vignerons des Côtes-du-Rhône

Crise viticole / La mobilisation des viticulteurs des Côtes-du-Rhône les 15 et 19 janvier derniers a permis d’ouvrir une séquence jusque-là inédite dans la filière viticole.

Par Propos recueillis par Ch. Ledoux
Une table ronde inédite après la mobilisation des vignerons des Côtes-du-Rhône
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Le 29 janvier à la Chambre d’agriculture du Vaucluse, à Avignon, tous les maillons de la chaîne se sont retrouvés autour d’une même table.

Face à la détresse grandissante de la profession, les syndicats agricoles FDSEA et Jeunes Agriculteurs de la Drôme, du Vaucluse et du Gard avaient organisé une manifestation le 19 janvier afin d’exiger l’ouverture de discussions sur le partage de la valeur en viticulture. Cette action syndicale a conduit, dix jours plus tard, à une rencontre historique réunissant l’ensemble des acteurs économiques de la filière : négociants, courtiers, grande distribution, producteurs, mais aussi InterRhône et le Syndicat général des vignerons des Côtes-du-Rhône (SGVCDR).

Une réunion sans précédent à Avignon

Jeudi 29 janvier, à la Chambre d’agriculture du Vaucluse à Avignon, tous les maillons de la chaîne se sont donc retrouvés autour d’une même table. Une première dans l’histoire récente du vignoble : jamais auparavant une telle diversité d’acteurs n’avait accepté d’échanger collectivement sur la situation de la viticulture locale. Au cœur des discussions : le prix d’achat des vins, les coûts de production, ainsi que les prix pratiqués en rayon. Des éléments chiffrés ont été présentés par le Syndicat général des vignerons des Côtes-du-Rhône, complétés par le président de l’Union des Maisons de vins du Rhône (UMVR). Les témoignages de viticulteurs, particulièrement touchés par la crise depuis plusieurs campagnes, ont marqué la réunion.

Des prix qui ne permettent plus de vivre

Le constat dressé est jugé « sans appel » par la profession : les prix actuels ne permettent plus aux producteurs de vivre décemment de leur travail, mettant en danger l’avenir même du vignoble. Pour les représentants syndicaux, la situation est d’autant plus difficile à accepter que le prix d’une bouteille de Côtes-du-Rhône reste globalement stable, voire en légère hausse, dans les rayons des grandes enseignes. FDSEA et JA rappellent ainsi leur revendication centrale : une construction des prix « en avant », basée sur les coûts de production, et un partage plus équitable de la valeur, afin que les vignerons puissent vivre dignement de leur métier, et non se contenter de survivre.

Une première avancée, mais une vigilance maintenue

À l’issue de cette rencontre, une lueur d’espoir a néanmoins émergé : la proposition d’un engagement commun associant SGVCDR, InterRhône, UMVR et les enseignes de la grande distribution. L’objectif serait de bâtir des contrats permettant d’étudier les demandes formulées par la profession et d’y apporter des réponses concrètes. Pour les FDSEA et JA, il s’agit d’un premier pas dans leur combat pour des prix rémunérateurs. Mais les syndicats restent prudents : les annonces ne sont pas encore à la hauteur des attentes, jugées immenses au regard de l’urgence.

La profession prévient : la tenue prochaine d’une rencontre tripartite et les engagements qui en découleront détermineront les prochaines actions syndicales.

Propos recueillis par Ch. Ledoux

« Jamais autant de volumes n'avaient été représentés autour de la table »

Point de vue / Mathieu Peysson, vice-président des Jeunes Agriculteurs de la Drôme, revient sur cette rencontre qualifiée d'historique pour l'avenir de la filière Côtes-du-Rhône.

« Nous avions en face de nous la quasi-totalité des négociants "vrac" de la Vallée du Rhône. Cela représentait entre 500 000 et 600 000 hectolitres, soit un volume très conséquent , indique Mathieu Peysson. Côté grande distribution (GMS), toutes les enseignes étaient représentées. Pour la profession agricole, il y avait les JA et la FDSEA du Vaucluse, du Gard et de la Drôme, le Syndicat des Côtes-du-Rhône, ainsi que les présidents d'InterRhône et de l'UMVR (Union des Maisons de Vins du Rhône).

Contrairement à la remise des convocations qui avait été, lors de l'action du 19 janvier, disons, "virulente" pour leur faire comprendre notre désarroi, la réunion s'est très bien passée. L’ambiance était constructive. Il n'y a pas eu d'embardées. Tout le monde s'est vite rendu compte que nous étions là pour aller de l'avant et pour travailler, confie le vigneron.

Le but de cette rencontre était de confronter les négociants et la grande distribution sur le partage de la valeur. Aujourd'hui, environ 60 % de notre production de Côtes-du-Rhône est écoulée via la grande surface, soit 450 000 à 500 000 hectolitres par an. Le constat est simple : en rayon, le prix de la bouteille ne baisse pas, voire augmente légèrement. À l'inverse, pour nous producteurs, le prix d'achat a été divisé par deux en quatre ans. Nos exploitations sont en dessous de zéro, nous vendons à perte, constate Mathieu Peysson. Il fallait donc une prise de conscience rapide. Jusqu'à présent, les négociants renvoyaient la balle à la GMS, et la GMS aux négociants. Le but de les réunir était d'arrêter ce jeu de dupes.

Deux nouveaux rendez-vous sont prévus très prochainement, annonce le vigneron. L'objectif est que le cadre de travail soit fixé avant la fin du mois de mars, avant la fin des négociations commerciales. Nous allons travailler à la mise en place de contrats tripartites (producteur, transformateur, distributeur). Il y a une volonté de la part du négoce de fixer un prix "minimal". On ne parle pas d'un prix plancher ou d'un prix d'objectif, mais bien d'un filet de sécurité pour l'avenir, en dessous duquel personne ne s'engagera à vendre ni à acheter. »