EXCLU WEB : Suicide : les dispositifs de droits communs s’appliquent aux agriculteurs

Pour prévenir le mal-être et répondre à la détresse des agriculteurs, plusieurs dispositifs de droit commun peuvent être mobilisés. Ils touchent à la santé mentale et au retour au travail, et peuvent être aussi utilisés par les salariés agricoles en difficulté.

EXCLU WEB : Suicide : les dispositifs de droits communs s’appliquent aux agriculteurs

« Les dispositions de droit commun [sur la santé mentale] peuvent et doivent bénéficier aux agriculteurs », a déclaré le ministre de la santé Olivier Véran, le 23 novembre, durant la présentation de la feuille de route interministérielle visant à prévenir le suicide et le mal-être des agriculteurs. Le ministre de la Santé et des solidarités faisait référence au forfait de huit séances chez un psychologue prises en charge par l’assurance maladie obligatoire. Une mesure qui découle des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie qui ont eu lieu fin septembre, et qui a été validée depuis par le Parlement dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS 2022).

Le dispositif prévoit un remboursement de la première séance de bilan initial au tarif de 40€, et de sept séances de suivi au tarif de 30€. Pour en bénéficier il faut satisfaire à plusieurs conditions : être adressé par son médecin traitant ; consulter un psychologue conventionné et volontaire pour participer au dispositif ; ne pas faire l’objet d’un dépassement d’honoraire.

Passerelle vers Agri’écoute


Olivier Véran a rappelé qu’un nouveau numéro d’appel gratuit pour la prévention du suicide a été lancé à échelle nationale le 1er octobre : le 3114. « Nous travaillons avec Julien Denormandie pour le rapprochement [de ce numéro] avec [le numéro d’appel de la MSA] Agri’écoute, sachant qu’Agri’écoute a la particularité de parfaitement connaître le monde agricole, ses spécificités y compris les troubles de santé mentale » courants chez les professionnels, a indiqué Olivier Véran. La veille lors d’un brief à la presse, le cabinet du ministre de l’Agriculture avait indiqué qu’un « protocole d’articulation » sera établi « au cours du 1er semestre 2022 » pour permettre un « renvoi fluide » des appels d’agriculteurs au 3114 vers le numéro de téléphone d’Agri’écoute (09 69 39 29 19).

Redoubler de VigilanS


Le ministre de la Santé a également évoqué l’existence du programme Vigilans, qui facilite le suivi des personnes ayant fait une tentative de suicide pour éviter la récidive. « En janvier 2021, VigilanS était déployé dans onze régions métropolitaines et dans deux régions d’outre-mer. L’objectif est que chaque région dis­pose d’un dispositif opérationnel en 2022 », détaille le dossier de presse remis à l’issue de la présentation de la feuille de route.

En complément du programme Vigilans il est nécessaire de prévenir « la contagion suicidaire », a indiqué la Direction générale de la santé lors du brief aux journalistes. « Il est attesté que les personnes exposées directement ou indirectement à un événement suicidaire sont plus à risque elles-mêmes d’avoir des idées suicidaires ou de passer à l’acte », a expliqué l’institution publique. Plusieurs types d’actions peuvent être mis en place dans les entreprises, les territoires et les médias pour enrayer le phénomène : établir une stratégie de « postvention » décrivant les étapes à suivre après un suicide – pour en limiter les répercussions ; identifier les lieux à risques suicidaires ; sensibiliser les journalistes via le programme Papageno.

CRPE et essais encadrés


Lors du brief, le cabinet du Secrétaire d’État chargé de la santé au travail Laurent Pietraszewski a rappelé que deux dispositifs pour le maintien en emploi peuvent être mobilisés après une tentative de suicide. Il s’agit des contrats de rééducation professionnelle en entreprise (CRPE) et des essais encadrés, définis dans la loi de prévention santé au travail du 2 août. « [Ces dispositifs] permettent, quand un exploitant agricole ou un salarié agricole a eu un arrêt de travail longue durée, de revenir dans le monde professionnel de façon adaptée pour tester une reprise de travail : soit sous un emploi identique aménagé, soit dans d’autres parcours professionnels » a détaillé l’équipe de M. Pietraszewski.

Par ailleurs, le cabinet du Secrétaire d’État a indiqué qu’il saisira « très prochainement » la Commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (Cosmap) afin d’améliorer les conditions de prise en charge des pathologies psychiques des agriculteurs.