ÉQUINS
Des chevaux pour faire face aux allergies

Quand un médecin fait la rencontre de chevaux hypoallergéniques et désensibilisants, c’est le coup de foudre. C’est à Chantemerle-lès-Grignan, dans la Drôme, que Benoît Miailhe s’est installé à la tête de l’élevage Curly de Provence. Découverte.

Des chevaux pour faire face aux allergies
: L’exploitation de Benoît Miailhe offre à ses chevaux la possibilité de vivre en collectivité, un atout pour le bien-être animal et la communication avec l’homme.

De ses vacances d’été passées sur l’exploitation agricole de son grand-père en Gironde, Benoît Miailhe en garde un savoureux souvenir : « pour un enfant de la ville, ces trois mois de vacances estivales ressemblaient à un monde féerique, une grande liberté ». De cette époque naît sa passion pour les chevaux. Une passion qu’il transmet plus tard à ses enfants, en pratiquant l’équitation en loisir, « pour retrouver ce goût de liberté ». À côté, il exerce la profession de médecin de campagne en Normandie, au rythme des gardes régulières. Après vingt-cinq ans de carrière, l’envie d’autre chose se fait sentir. « En approchant le milieu de la cinquantaine, j’ai ressenti le besoin de changer de rythme, de travailler à l’extérieur et de faire quelque chose de mes mains », explique-t-il. C’est alors qu’il fait une découverte tout à fait improbable : l’existence d’une race de chevaux hypoallergéniques et désensibilisants, la race North American Curly. Ou comment lier passion et métier. C’est donc dans la campagne verdoyante de Chantemerle-lès-Grignan, dans la Drôme, qu’il pose ses valises, au cœur d’une ferme de vingt-sept hectares, avec des parcs dédiés aux chevaux et des parcs de production fourragère, pour assurer l’autosuffisance de l’exploitation.

La nature comme voie de guérison

Depuis 2011, il apprend le métier d’agriculteur et d’éleveur. « Les premiers chevaux sont arrivés du Canada en 2012 », explique-t-il. Pour les accueillir, Benoît Miailhe s’est attaché à leur façonner un lieu de bien-être, et s’est engagé dans l’agroécologie, afin de protéger non seulement ses chevaux mais aussi la terre. Et quoi de mieux que les animaux – ou les plantes (Benoît Miailhe produit également de la lavande pour son huile essentielle, NDLR) pour se guérir ? Ce n’est pas le médecin qui dira le contraire : « De tout temps de l’agriculture, nous avons des choses pour nous guérir. Je n’ai pas vraiment d’explications quant à la puissance de guérison qu’apportent ces chevaux. En tant que médecin aujourd’hui retraité, c’est forcément troublant. Mais le principal, c’est de pouvoir soulager les personnes allergiques », indique-t-il, avec bienveillance. L’élevage Curly de Provence offre ainsi la possibilité aux citoyens de se débarrasser d’une allergie au cheval certes, mais aussi à toutes les allergies : pollen, ambroisie, acariens, etc. Benoît Miailhe met à disposition gratuitement ses chevaux pour une mise en contact, à raison d’une fois par semaine pendant 4 à 6 mois. « C’est un service que je rends », note-t-il. Une aubaine pour ce néo-éleveur qui souhaite véhiculer ce message auprès du plus grand nombre.

Une nouvelle médecine ?

« Depuis neuf ans, peu de gens allergiques ont franchi le pas. C’est tellement compliqué de désensibiliser avec des médicaments qu’il est difficile de croire que de simples canassons peuvent faire mieux, et plus rapidement, que la médecine pure et dure », souligne-t-il. « Pourtant, c’est important de communiquer sur cette médecine si nous voulons qu’elle soit prise en considération par le monde médical et le milieu équestre. »
Pour en arriver là, Benoît Miailhe s’est laissé le temps d’apprivoiser ses chevaux et d’en observer leur puissance : « il m’a tout de même fallu plusieurs années pour que je sois sûr qu’ils aient vraiment un impact bénéfique sur la santé humaine ». Aujourd’hui, l’ancien médecin s’amuse d’ailleurs à dire qu’au sein de son exploitation, « on ne produit pas des aliments, mais des médicaments ». Pour faire connaître son élevage, Benoît Miailhe a participé fin juin à l’opération « De ferme en Ferme ». « L’information du public est importante », signale-t-il, alors qu’il a reçu plus de 1 000 personnes à cette occasion. « À terme, l’idée est de permettre aux gens allergiques de retrouver une vie normale », stipule-t-il. « Ce « cheval médicament » est une continuité de ma carrière de médecin. Nous ne sommes qu’au début de ce que la nature peut nous apporter », conclut Benoît Miailhe. Dans une ère où la santé, mêlée à l’importance de l’industrie pharmaceutique, est au cœur de tous les débats, la nature semble reprendre peu à peu ses droits !

Amandine Priolet

Le Curly, un cheval mystérieux

Le Curly, un cheval mystérieux

Les chevaux de race Curly présentent de nombreuses particularités : « ce sont des animaux proches de l’homme, calmes et vifs à la fois, confiants et curieux », explique Benoît Miailhe, éleveur. « Ils aiment vivre en collectivité, et, grâce à cela, renforcent leur communication corporelle entre eux mais aussi avec l’homme ». Ces chevaux ne sont pas connus seulement pour leur côté hypoallergénique, mais aussi pour leur gentillesse et leur polyvalence : ils peuvent parfaitement convenir pour des ateliers d’attelage et de dressage, du tourisme équestre, des spectacles. Aux États-Unis et au Canada, ils sont notamment utilisés en équithérapie. Si cette race de chevaux est assez rare à travers le monde – on parle de 6 000 animaux - son origine reste mystérieuse. « La première trace de ces chevaux frisés remonte à 1800 », révèle Benoît Miailhe. Toujours est-il que cette race, qui se veut rustique, a commencé à être importée en Europe il y a une trentaine d’années, et plus précisément en Suède.

A.P

Témoignage / Marion Cellier : « Incroyable, mais vrai ! »

Témoignage / Marion Cellier : « Incroyable, mais vrai ! »

Drômoise d’adoption, Marion Cellier aime les chevaux depuis sa plus tendre enfance. Pourtant, allergique aux poils d’animaux, acariens et pollens, la jeune femme est asthmatique et fait de l’eczéma. « Approcher un cheval aurait pu m'être dangereux. Je savais la présence de chevaux avant même de les voir, mon corps faisant office d'alerte. Une personne portant des vêtements à l'odeur du cheval dans la même pièce que moi était impossible », explique-t-elle. Mais la passion, elle, ne se tarit pas. Marion Cellier comble ce besoin en parcourant des milliers de livres. À ses 13 ans, elle reçoit un atlas des plus beaux chevaux du monde. Elle découvre, sous le choc, la race Curly : « chevaux frisés et hypoallergéniques ». Son rêve s’effondre lorsqu’elle découvre que ces chevaux ne sont présents qu’aux États-Unis. Après avoir laissé cette idée de côté durant presqu’un an, elle reprend ses recherches. « Je découvre à l'époque qu'il y a un élevage en France, un seul, à côté d'Avignon », poursuit-elle. « Pour mes 14 ans, mes parents m’ont offert trois jours pour tester les Curlies. C’était le 6 avril 2009 », se souvient-elle, alors qu’elle avait fait la route depuis Grenoble. « Au premier contact, je ne réagis pas, ça paraît incroyable. Mais une fois rentrés au bungalow, la crise ne se fait pas attendre. Il paraît que c’est normal. Je ne perds pas espoir ». Le lendemain, elle ne fait pas de crise. « Incroyable mais vrai ! J'ai pu approcher, toucher un cheval et monter pour la première fois de ma vie. » Lors du dernier jour, l'éleveuse lui propose de mettre son nez dans l'encolure et de respirer le cheval. « Une appréhension certaine mais un bonheur encore plus indescriptible ». Elle retournera dans cet élevage à deux reprises. « Entre-temps, on m'explique que la désensibilisation se fait peu à peu, même si je ne les renifle qu'une fois par an. J'arrive à monter des chevaux normaux avec une amie, accompagnée de mon sac à dos remplis de mouchoirs et de médicaments. Je dois également porter des gants ». Une situation toute somme « vivable » pour la jeune fille, passionnée des équins. À l’issue de ses études, l’envie d’acheter son propre cheval apparaît comme un besoin viscéral. Elle trouve un cheval Curly, « mais étant encore trop allergique pour mettre les pieds dans une écurie normale, il me fallait trouver une pension avec d’autres Curlies ». C’est alors qu’elle rencontre Carole Mermin, éleveuse en Haute-Savoie, qui la dirige vers l’élevage de Benoît Miailhe, à Chantemerle-lès-Grignan. Entre-temps, Carole Mermin la contacte en lui annonçant qu’elle souhaiterait lui confier une jument prénommée Selka. Elle aménage donc dans la Drôme en avril 2016, avec Selka, pour toucher du doigt son rêve. « Côtoyant ma jument presque tous les jours, la désensibilisation se fait pour de bon, je ne réagis plus aux poils d'animaux, de moins en moins aux pollens et surtout très rapidement je peux me rendre dans un Salon du cheval couvert », savoure Marion Cellier. Elle adopte même deux chats, et seule la période de la mue reste délicate pour elle : « il me suffit de m'éloigner cinq minutes pour que cela passe », dit-elle. « Je porte toujours des gants à cause de mon eczéma sur les mains, mais je n'ai plus besoin de médicaments depuis Selka, ni de trois paquets de mouchoirs par jour ! Je peux même curer un box et monter d'autres chevaux ». Aujourd'hui, Marion Cellier est également propriétaire d'une pouliche Palomino de deux ans, Jaïna, issue de l'élevage de Benoît Miailhe. Croire en ses rêves mène parfois vers le chemin de la guérison…

A.P