Fertilisation minérale du colza
Soutenir la croissance automnale

Alexandre Coronel, d’après Terres inovia
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La croissance dynamique et continue des colzas à l’automne est la condition sine qua non de la réussite de cette culture. Cela passe à la fois par un bon développement racinaire et par une bonne disponibilité en azote et phosphore, à un moment où les plantes en ont besoin.

Soutenir la croissance automnale
L’apport de phosphore localisé sur la ligne de semis est une option qui se développe dans les zones sans élevage.

Plusieurs stratégies peuvent être déployées pour assurer une bonne alimentation minérale de la culture de colza d’hiver. Elles peuvent être combinées pour améliorer les chances de succès. À commencer par la diversification des cultures et le positionnement optimal du colza dans la rotation… L’allongement du délai de retour du colza, l’insertion de légumineuses dans la rotation et le positionnement du colza après une culture laissant de l’azote valorisable à la récolte contribuent à favoriser la croissance automnale du colza. Un précédent « légumineuses à graines » permet ainsi d’améliorer la quantité d’azote absorbé par le colza d’une quinzaine d’unités en moyenne par rapport à un précédent « blé ». C’est ce que montrent les résultats de huit expérimentations conduites de 2008 à 2010 par Terres Inovia et les Chambres d’Agriculture de la Mayenne, de la Moselle, de la Nièvre et de l’Yonne dans le cas d’un précédent pois.

Tabler sur le précédent cultural

L’apport de produits organiques avant le semis du colza permet également d’améliorer la disponibilité en azote pour le colza. Dans le cadre des 25 expérimentations conduites par Terres Inovia de 1995 à 1998, avec apport de produits organiques de type II principalement (lisier de porc, fumier et fientes de volailles…) et pour des dates de semis du colza allant du 18 août au 11 septembre, cette augmentation de la disponibilité en azote a permis une augmentation de la quantité d’azote absorbé par la culture à l’ouverture du bilan (Pi) de 40 u en moyenne.

Une autre technique permettant de soutenir la croissance du colza à l’automne consiste à réaliser un apport de 30 unités d’azote sous forme d’engrais minéral au semis, dans le respect de la réglementation en vigueur (pas d’apport d’engrais azoté minéral après le 31 août : le nouvel arrêté directive nitrate sera en vigueur à partir de 2024). Dans les expérimentations conduites par Terres Inovia et ses partenaires, ce type d’apport a permis d’améliorer le poids de matière fraîche aérienne à l’entrée de l’hiver (+ 780 g/m² en 2021 sur 21 essais et + 550 g /m² en 2022 en moyenne sur 15 essais). En moyenne, le coefficient apparent d’utilisation (CAU) de l’azote apporté (gain d’absorption permis par l’apport des 30 u par rapport au témoin sans apport) a toujours été au moins égal à 1.0, ce qui signifie que l’apport n’a pas contribué à une augmentation du risque de lixiviation de l’azote à l’automne. Des CAU supérieurs à 1.0 ont même été enregistrés, ce qui est la conséquence probable d’une simulation de la croissance racinaire ayant permis une meilleure utilisation de l’azote du sol. Dans les situations où le colza a eu une croissance limitée à moins de 1.300 g/m² de biomasse fraîche aérienne à l’entrée de l’hiver en l’absence d’apport d’azote, l’apport d’azote au semis a permis de réduire les dégâts consécutifs à des infestations larvaires.

Une culture exigeante en phosphore

L’exigence du colza est forte vis-à-vis du phosphore. C’est-à-dire que cette culture répond fréquemment aux apports d’engrais phosphatés, minéraux et/ou organiques. Le phosphore est en particulier impliqué dans la mise en place du système racinaire. Il est donc indispensable dès la mise en place de la culture même si la phase de plus forte absorption se situe au printemps. La fertilisation phosphatée doit donc de préférence être réalisée au semis, en particulier dans les situations les plus carencées. En cas d’impasses répétées, les pertes moyennes de rendement sont les plus élevées. L’impasse minérale ou organique est donc déconseillée.

Pour la potasse, l’exigence est moyenne. L’impasse est donc possible. Elle se raisonnera selon la teneur du sol, le devenir des résidus de récolte du précédent et le passé récent de la fertilisation minérale et/ou organique. Selon les douze analyses réalisées en Franche-Comté de 2008 à 2010, la teneur moyenne des graines de colza en P205 est de 1,29 kg par quintal de grain et 0.8 kg par quintal pour le K2O. Soit des exportations par ha de 52 kg de P205 et 32 kg de K2O pour un rendement de 40 q/ha (équivalent à 115 kg/ha de SUPER 45 et 53 kg/ha de Chlorure à 60 %).

L’apport de 15 à 20 tonnes de fumier de bovins sur un colza couvre généralement les exportations de la culture, et donc dispense de fumure de fond minérale.