Cédric Ducarouge à Sainte-Foy
A Sainte-Foy, Cédric Ducarouge a pu agrandir son parc de bâtiment grâce au photovoltaïque

Marc Labille
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Dans le Brionnais, Cédric Ducarouge vient de mettre en service une toiture photovoltaïque qui lui permettra de financer un hangar destiné à recevoir un stockage d’aliments en matières premières et un parc de contention.

A Sainte-Foy, Cédric Ducarouge a pu agrandir son parc de bâtiment grâce au photovoltaïque
Inséré dans le parc de bâtiments existants, le nouveau hangar abritera du matériel, un stockage de matières premières pour les animaux et un parc de contention.

À Sainte-Foy, près de Semur-en-Brionnais, Cédric Ducarouge est à la tête d’une exploitation de 120 vêlages charolais. Une partie de la production est engraissée et vendue directement à des bouchers. Installé depuis 17 ans sur une ferme hors cadre familial qu’il a reprise, Cédric Ducarouge a créé deux bâtiments d’élevage en 2007 et 2015 qui lui permettent d’abriter toutes ses vaches. Alors que le prêt du second édifice sera fini de rembourser en 2022, l’éleveur avait encore besoin d’améliorer son outil de travail. Il lui fallait en effet de quoi abriter du matériel, stocker des matières premières pour l’alimentation de ses animaux et s’équiper d’un parc de contention.

Seul pour conduire son troupeau, Cédric ne dispose jusqu’alors que d’un couloir de contention mobile qu’il est obligé d’installer dehors. Son souhait est de disposer d’un véritable parc de contention sous abri, avec cases d’attente et quais de chargement pour l’enlèvement des bêtes.

Dans un souci de mieux maîtriser ses coûts d’aliment, l’éleveur s’apprête aussi à réaliser lui-même les aliments de ses bovins en mélangeant les matières premières à la ferme (maïs grain, pulpe, tourteau de lin, luzerne, drèche…). L’achat de matières premières en grandes quantités (camions de 30 tonnes) revient moins cher à la tonne et cela permet aussi de faire rentrer la marchandise quand les cours sont les plus intéressants, confie Cédric. Mais cette stratégie implique de disposer d’une bonne capacité de stockage.

Financé par le solaire

Le photovoltaïque représentait une solution pour financer des mètres carrés de toiture supplémentaires. Prudent et soucieux d’insérer le projet dans les bâtiments existants, Cédric a d’abord pensé à faire installer des panneaux solaires sur sa vieille stabulation. L’idée d’un bâtiment gratuit – mis à disposition par un producteur d’électricité – a également été envisagée. Mais la réflexion conduite avec son conseiller bâtiments de la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire l’a amené à envisager les choses autrement. La rentabilité des toitures photovoltaïque n’est plus à démontrer aujourd’hui. Des aides sur les bâtiments de stockages conséquentes existent. La fin des emprunts de l’exploitation permettait à Cédric d’investir à nouveau. Et à 42 ans, l’installation d’une centrale photovoltaïque promettait non seulement un léger revenu supplémentaire sur l’exploitation, mais à terme un complément pour sa retraite. La pertinence du projet s’est confirmée lorsque l’éleveur l’a présenté à sa banque.

Un hangar pour l’aliment et la contention

Le fait que ce soit lui l’investisseur et l’exploitant de la centrale solaire a permis à Cédric de pouvoir réaliser un hangar à son idée. Seule l’inclinaison et la surface du pan de toit exposé plein sud devaient répondre aux critères optimums de production solaire. Perchée à plus de 500 m d’altitude sur l’un des points culminants du Brionnais, la ferme se trouve dans un secteur privilégié en termes d’exposition solaire. Le nouveau bâtiment a été implanté en se greffant sur une stabulation et un stockage de fourrage existant. Les futurs parcs de contention et stockage d’aliments seront bien situés dans la cour de ferme par rapport aux animaux. Mesurant 44 m de long par 16,50 m de large, le hangar est plus long que la couverture photovoltaïque. Cette dernière s’arrête en effet à environ 5 m du bord de la toiture pour ne pas être pénalisée par l’ombre du stockage de fourrage adjacent.

Bâtiment conçu par l’éleveur

Conçue et réalisé par le charpentier qui avait déjà bâti les stabulations de Cédric, la nouvelle construction est robuste, fonctionnelle et adaptée aux besoins de l’éleveur. Contrairement à un bâtiment « gratuit », le hangar reprend les cotes des travées de la stabulation existante à savoir cinq mètres. Du coup, les poteaux se retrouvent en face de ceux de l’ancien bâtiment abritant les bêtes à l’engraissement. La centrale photovoltaïque impose une forme particulière avec un très grand pan de toit côté sud et un tout petit côté nord ; les deux raccordés par une surface verticale. Profitant de ce profil géométrique singulier, Cédric a fait couvrir cette surface verticale avec des panneaux translucides. Ils compensent l’opacité de la toiture photovoltaïque et l’éleveur entend ainsi profiter d’une lumière gratuite qui sera appréciable pour les opérations de contention.

Le bâtiment sera séparé en deux parties par une cloison. La partie ouest, ouverte côté nord, accueillera le stockage à plat des matières premières. La partie est, ouverte côté sud (stabulation des vaches), recevra le parc de contention.

Pour le raccordement de la centrale photovoltaïque au réseau, Cédric avait la chance d’avoir, en bordure de sa propriété, un transformateur Enedis 20.000 volts à seulement dix mètres de la limite de propriété. Le montant de ce raccordement effectué par Enedis est même revenu moins cher que prévu à moins de 5.000 €, confie l’éleveur.

Amorti au bout de dix ans

La centrale, dont la puissance est de 100 kWc (Kilo Watt Crête), est entrée en production le 25 août dernier. La production des deux premiers mois d’exploitation s’élevait à 22.930 kWh. Un niveau de production mensuel censé préfigurer la moyenne de l’année et qui semble d’ores et déjà supérieur aux promesses faites par le constructeur (environ 99 kWh par an). La production est facturée à Enedis 10,51 centimes d’euros le kWh. Sur ces bases, Cédric pense pouvoir amortir son investissement au bout de dix ans. Dans les faits, son financement est établi sur 15 ans. Les panneaux sont garantis pour une durée de 25 ans et les onduleurs 20 ans.

« La production de onze vaches à l’année ! »

Cédric a contracté une maintenance d’un montant de 600 € pour l’année. Il s’est aussi équipé d’une appli mobile fournie par le constructeur qui lui permet de suivre la production instantanée de ses panneaux en direct. Cet outil de surveillance permet aussi de détecter les panneaux défectueux. Pour ses onduleurs – de gros boîtiers électriques qui transforment le courant continu fourni par les panneaux en courant alternatif renvoyé vers le réseau – Cédric a construit un petit support avec auvent espacé du bardage par sécurité et protégé des bovins. « Ces onduleurs, c’est l’équivalent en production de onze vaches à l’année ! Alors je préfère en prendre soin », conclut Cédric Ducarouge.