Cave d’Azé
171 jours valant des millions d’années !

Cédric MICHELIN
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Issue d’un partenariat insolite entre la cave coopérative d’Azé et le Département de Saône-et-Loire, la cuvée 171 de 2021 a vieilli 171 jours au cœur des Grottes d’Azé datant de 171 millions d’années. L’opération de retrait de la première cuvée s’est effectuée le vendredi 4 février. 400 nouvelles bouteilles ont pris place dans la caverne.

171 jours valant des millions d’années !

Le millésime 2019 a donc remplacé les 200 bouteilles de Mâcon Azé prestige 2018, une cuvée de chardonnay issue d’une sélection parcellaire de « vieilles vignes » (rendement inférieur à 50 hl/ha) effectuée à la Cave d’Azé et vinifiée à 90 % en cuves inox et 10 % en fûts de chêne, expliquait Annabelle Chaland, responsable du nouveau magasin. Son élevage dure habituellement entre 12 et 18 mois. Ces 200 bouteilles sont les toutes premières à avoir pu entrer dans l’histoire en ayant passé 171 jours à 80 mètres sous terre, « dans des conditions de température (autour de 12 °C) et d’hygrométrie constantes », avec la présence de la rivière souterraine notamment.
S’inscrivant dans un projet œnotouristique entre les Grottes d’Azé et la cave coopérative d’Azé, le conseiller départemental en charge de la Culture, Hervé Raynaud, saluait cette promotion qui fait « le lien entre la grotte et le produit phare de ce territoire, le vin issu de ce terroir viticole ». Un accord qui est amené à être « renouvelé chaque année » comme le prouvait l’arrivée de 400 nouvelles bouteilles millésimées 2019 qui seront également « bonifiées » 171 jours dans les Grottes d’Azé puis vendues à la cave coopérative d’Azé et à la boutique des Grottes. Le prix se veut inédit lui aussi puisqu’affiché au tarif de 25 € la bouteille.

Chacune d’elles est numérotée

171 fait référence à la mer du Jurassique présente il y a 171 millions d’années et évidemment au numéro du Département, le 71, qui a investi pour notamment rénover le bâtiment, sécurisé les accès et va finir d’utiliser les dernières connaissances scientifiques pour encore mieux scénographier ce site qui attire près de 25.000 visiteurs par an. La réouverture est prévue le 9 avril prochain.
Que de beautés découvertes depuis les années 1950 dans ces grottes « désobstruées » (depuis 1959) de monticules de boues qui empêchaient de contempler ce temple souterrain. Un site promis à un « brillant avenir » puisque des sondages récents ont révélé d’immenses réseaux souterrains encore inexplorés par les spéléologues. La faune cavernicole endémique, non présente ailleurs, les traces d’ours et de fauves préhistoriques et les traces de Néandertaliens font que ce site scientifique est protégé.
Pour éviter d’introduire trop de « corps étrangers », les vignerons ont utilisé un bouchon en liège pour ne pas « contaminer » la grotte, à l’image des dégradations dans la grotte de Lascaux. Mais le plus compliqué aura été la bataille avec les Douanes qui réclamaient l’étiquetage des bouteilles entreposées. Au moment donc de mettre dans les coffrets bois (pour absorber l’humidité aussi) les 200 bouteilles, la dizaine de vignerons faisait très attention à ne pas décoller, abîmer ou déchirer les étiquettes et contre-étiquettes qui se décollaient des bouteilles.
Les vignerons passaient à la dégustation pour constater l’évolution par rapport à un élevage classique au chai. « Ce vieillissement en grotte lui a apporté de la rondeur et son bouquet est clairement différent », se réjouissaient les coopérateurs.

Visite œnologique des Grottes d’Azé

Elle est organisée pendant les mois de juillet et août en compagnie d’un guide et d’un coopérateur viticole qui font découvrir les liens entre géologie, vigne et vin. Les visiteurs parcourent une des grottes tout en dégustant trois vins médaillés, assortis d’un apéritif local.