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Grands prédateurs : l’inquiétude grandit en Europe

En marge du conseil européen du 21 mars, Christiane Lambert, présidente du Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne (Copa), a alerté la Commission européenne sur les grands prédateurs qui menacent l’activité agricole.

Grands prédateurs : l’inquiétude grandit en Europe
C’est en Roumanie que l’on trouve le plus grand nombre de grands carnivores : entre 2 500 et 2 900 loups et environ 7 000 ours. Ces derniers ont attaqué plus de 1 000 fois en 2020.

« Le nombre de conflits avec les grands carnivores augmente en Europe », s’est inquiétée Christiane Lambert, présidente du Copa. Ses services ont d’ailleurs dressé une cartographie qui s’appuie sur les dernières statistiques officielles des pays et qui sont, selon certains éleveurs, « sous-évaluées ». C’est en Roumanie que l’on trouve le plus grand nombre de grands carnivores : entre 2 500 et 2 900 loups et environ 7 000 ours. Ces derniers ont attaqué plus de 1 000 fois en 2020. Au total, en Roumanie, ce sont plus de 6 600 animaux qui ont été indemnisés pour un coût supérieur à 1,5 million d’euros. Surtout, les ours s’en prennent directement à l’homme dans ce pays avec en moyenne 9 à 10 attaques mortelles par an. Sur l’ensemble de l’Union européenne à 27, ce sont des dizaines de milliers d’animaux qui ont été tués en 2020, entraînant une indemnisation globale, pour les 13 pays ayant donné leurs statistiques, de plus de 20 millions d’euros d’indemnisation. Il faut y ajouter les presque 40 millions d’euros (M€) déboursés chaque année (dont 28 M€ en France) pour la prévention des attaques. Les chasseurs aussi s’inquiètent de l’incidence de la densité des grands carnivores sur les populations de gibier et de la disparition de « la perte de précieux chiens de chasse ».

La tolérance diminue

Pour le Copa qui pointe aussi la difficile cohabitation des loups et des ours avec les activités liées à la nature, ces dégâts nécessitent une révision juridique du statut de protection de ces grands prédateurs. Ce que réclament aussi les éleveurs (lire encadré). Or dans de nombreux cas, l’interprétation qui est faite par les autorités européennes de cette protection stricte empêche l’application d’une gestion adaptée et adaptative des espèces. Très clairement, le Copa considère que le nombre de ces grands carnivores, dont les populations se développent constamment, justifie de les déclasser, c’est-à-dire de ne plus les classer « en danger ou vulnérables ». La pression des populations locales commence à se faire sentir : « la tolérance sociale à l’égard des grands carnivores a atteint ses limites ou est en train de diminuer », prévient le Copa dans un communiqué commun1. « Il faut revoir la directive Habitat faune-flore ainsi que la convention de Berne qui classent ses espèces ainsi que le financement des mesures de prévention et de compensation », a déclaré Christiane Lambert. Mais il n’est pas question pour les agriculteurs européens de prélever sur le budget de la Pac pour financer ces indemnisations. Rien qu’en France, où près de 12 000 animaux ont été « prélevés » par les prédateurs, la seule protection du loup coûte environ 66 millions d’euros par an à la collectivité et celle de l’ours environ 10 millions.

Christophe Soulard

1 Communiqué commun avec la Confédération générale des coopératives agricoles européens (Cogeca), l’Organisation européenne de propriétaires fonciers (ELO), le Centre européen des jeunes agriculteurs (Ceja) et la Fédération des associations de chasse et conservation de la faune sauvage de l’UE (Face).

Le soutien des éléveurs

La Fédération nationale ovine (FNO) s’associe pleinement aux demandes du Copa-Cogeca et demande, elle aussi, la révision du statut de protection des grands carnivores, en particulier le loup. « Le seuil de viabilité de l’espèce (500 individus) est largement dépassé depuis 2019. Or le loup reste une espèce strictement protégée », estime-t-elle dans un communiqué publié le 24 mars. Agacés et traumatisés par l’augmentation des attaques sur leurs troupeaux, les éleveurs de moutons demandent « que les fonds de la politique agricole commune ne soient plus utilisés pour financer les mesures de protection et d’indemnisation ». Ils estiment que cet argent soit d’abord dédié « aux éleveurs, à la modernisation de leur exploitation, à leur transition agroécologique ».