EXCLU WEB / Agriculture et restauration collective font cause commune

La FNSEA a organisé le 28 février sur son stand du Salon de l’Agriculture, une conférence de presse sur le thème « La restauration collective en danger : l'urgence d'arbitrages politiques pour maintenir une filière d'approvisionnements France de qualité » D’un bout à l’autre de la chaine, chacun des acteurs veut être mieux rémunéré. 

EXCLU WEB / Agriculture et restauration collective font cause commune

« Que va-t-il nous rester ? Avec un 1,80 euro le coût matière pour confectionner un plat de restauration collective, on ne va pas loin », s’étrangle Jean-François Arcontel représentant La Coopération agricole qui s’inquiète que la montée en gamme prévue dans de nombreux textes soit considérée maintenant « comme un dû » de la part des consommateurs. Le problème est aussi que les sociétés privées et les régies en charge de la restauration collective sont aussi prises au piège de marchés publics. « Le code de la commande publique rend les prix intangibles ». C’est-à-dire que lorsqu’une collectivité (mairie, hôpital, etc.) a conclu un contrat pour un prix et une période donnée, il n’est pas possible de renégocier. Or aussi bien les collectivités que les entreprises doivent faire face à des hausses de prix devenues « impossibles à tenir », concède Sylvie Dauriat, présidente de Restau Co, le réseau interprofessionnel de la restauration collective. Cette hausse des prix découle elle-même des lois Egalim 1 et 2, Climat et résilience, et Anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC). « L’équation devient insoluble », a-t-elle martelé.

« Aucune réalité » 

Esther Kalonji, déléguée générale du Syndicat national de la restauration collective (SNRC) avoue elle-même que son secteur «  a du mal à transformer l’essai » et que les contraintes imposées par les différents textes ont « un coût ». Rien que la montée en gamme, c’est-à-dire l’obligation depuis le 1er janvier 2022 de fournir 50 % de produits de qualité dont 20 % de bio dans la restauration collective entraîne une hausse des coûts de 33 %. Or les budgets des collectivités, des hôpitaux etc. « sont stables », explique-t-elle. Pis, certains contrats étant indexés sur l’indice Insee (Ce type de clause est inclus dans les contrats), certains établissements publics et certaines collectivités imposent une baisse de la facture. En janvier 2022, l’indice cantine était en recul de 3,79 % et celui de lycées et universités de 8,85 % ! « On ne peut pas vivre avec -3 %,-6 % ou -8 % et même avec zéro % », dénonce Daniel Rocher du Syndicat national des entreprises de restauration et services (SNERS). Eric Juttin de la Confédération du commerce de gros et international (CGI) renchérit stigmatisant « l’incapacité de réviser les tarifs. La vente à perte est autorisée », finit-il par lâcher. Il demande notamment à faire en sorte que les révisions soient des contrats plus rapprochés : « Une fois par trimestre suggère-t-il ». Ne serait-ce que pour prendre en compte l’évolution du cours des matières premières agricoles mais aussi celles qui y sont directement ou indirectement liées (énergie, acier pour boites de conserve…) « Car aujourd’hui les indices sont sans aucune corrélation avec la réalité de nos achats ». C’est d’ailleurs ce qui explique que de nombreux contrats soient aujourd’hui cassés entre des entreprises et les collectivités. En bout de chaîne, l’agriculteur ne peut pas non plus compresser ses prix. Tant et si bien « qu’on a perdu 100 000 agriculteurs en 10 ans parce qu’on ne gagne pas assez sa vie », accuse Arnold Puech d’Allissac, membre du bureau de la FNSEA. « Le prix ne doit pas et ne doit plus être un critère déterminant dans les appels d’offres des marchés publics de la restauration », a-t-il affirmé.