MARCHÉ
La filière vin estime être allée trop loin dans la limitation des rendements

Les représentants de la filière viticole dressent le constat d’une érosion structurelle des volumes de vin produits qui nécessitera de moins limiter les rendements dans les appellations.

La filière vin estime être allée trop loin dans la limitation des rendements
La production française de vin devient tout juste suffisante. ©Pixabay

« La filière viticole doit revenir à une notion de volumes de production de vin pour pouvoir approvisionner les marchés », a déclaré Bernard Farges, le président du Cniv (interprofessions viticoles), lors d'une conférence de presse au Salon de l’agriculture le 28 février. « À trop considérer qu'il faut réduire les rendements pour faire de la qualité, on risque de ne pas avoir assez de vin pour satisfaire la demande, et cela peut se révéler mortifère. » Déjà, le niveau des vendanges françaises s'érode, si l'on cumule la suppression de nombreuses molécules phytosanitaires, la réduction de la fertilisation, l'enherbement entre les rangs de vigne, le développement du bio et le dépérissement du vignoble. La production française de vin devient tout juste suffisante, et lorsque survient un aléa climatique, « on perd des marchés et ils sont difficiles à rétablir ». « Globalement il faut produire plus, car nous aurons encore des incidents climatiques », a-t-il évalué. Bernard Farges estime « qu'on a trop réduit les rendements » et qu'il faut « développer la capacité à produire », non pas tant en accroissant les surfaces de vigne qu’en limitant moins les rendements. Une telle politique nécessitera de pouvoir « aller au-delà des rendements » fixés par les cahiers des charges des appellations pour mettre de côté du vin pendant les années de vendange abondante, a ajouté Jérôme Despey, président du conseil viticole de FranceAgriMer.

Mettre en place une politique de stockage ambitieuse

Échaudée par la distillation de crise qui a soustrait des millions d'hectolitres de vin qui vont manquer maintenant à l'exportation, la filière préfère mettre en place une politique de stockage ambitieuse en développant les outils de stockage existants et en en créant un nouveau. La possibilité de produire au-delà du rendement autorisé existe déjà dans le volume complémentaire individuel (VCI). Sa finalité est de pallier les manques de vin pour les années de maigres productions. « Il faut accélérer les mécanismes de stockage comme le VCI (mécanisme individuel) et la réserve interprofessionnelle (mécanisme collectif) », a poursuivi le président du Cniv. Outre le VCI et la réserve interprofessionnelle, la filière envisage de créer un troisième outil, « la réserve climatique », a précisé Jérôme Despey. Il s'agirait d'une politique de stockage privé, comme celle qui a été mise en place au moment de la crise de surproduction due à la pandémie, a-t-il évoqué. Alimentée par les cotisations volontaires obligatoires des viticulteurs, elle ne coûterait rien aux finances publiques.

M.N.

 

Bernard Farges, le président du Cniv (interprofessions viticoles). ©Yohan_Castaing