Zones de non traitement
« De nouvelles bandes tampons sources d'interrogations »

Quentin Barge, céréalier à Genas, témoigne des conséquences du nouveau décret concernant les ZNT pour son département. 

« De nouvelles bandes tampons sources d'interrogations »
Quentin Barge, agriculteur, installé en zone périurbaine, à Genas.

Près de 200 ha de grandes cultures, dont 50 % en maïs irrigué. Du blé pour Les Robins des champs, du colza et soja, plus du tournesol pour compléter la rotation. Voilà en quelques mots la description de la surface cultivée par l'agriculteur Quentin Barge, installé en zone périurbaine, à Genas. «On s'attendait à cette distance de 5 m, on aurait pu avoir plus, c'est donc un moindre mal. Mais ce genre de démarche, on aurait pu la faire nous-mêmes sans qu'un décret nous l'oblige. Ce sont toujours les mauvais élèves, une minorité, qui sont montrés du doigt alors que nous sommes une majorité à traiter tôt le matin, jamais le samedi et dimanche, sans vent, avec une hygrométrie élevée. Ces bonnes pratiques nous sont aussi bénéfiques. » Cette distance obligatoire de 5 m pour les cultures basses aura des incidences directes sur la surface travaillée par l'agriculteur. « J'estime à 8000 m² de bandes tampons en plus, ce qui représente 0,3 % de ma surface totale. De plus, je vais perdre des SIE (surface d'intérêt écologique). Alors certes, sur la totalité de mes terres cela ne représente pas beaucoup, mais ce geste est une fois de plus symbolique.»

Une image exclusivement négative du pulvérisateur par le citadin

Ces nouvelles bandes tampons signifient également du travail supplémentaire, notamment pour l'entretien. « Chardon, renouée du Japon, ce sera une charge supplémentaire pour tenir propre ces terres contre des espèces invasives, avec en plus deux tontes par an. » Avec ces nouvelles bandes tampons, Quentin Barge prévient déjà de situations qui pourraient être conflictuelles. « Sur la commune de Genas et plus globalement dans l'Est lyonnais, on connaît des problèmes de dépôts sauvages. Ces espaces seront autant de nouveaux emplacements potentiels pour ces déchetteries à ciel ouvert. Nous avons aussi régulièrement des gens du voyage sur la commune, quatre camps cet été. Ils pourront ainsi s'installer plus facilement. Et dans ce genre de situation, nous nous sentons bien seuls. » Quant au soutien financier du gouvernement pour acheter du matériel de traitement performant, l'agriculteur dit déjà utiliser un pulvérisateur avec une manche à air qui plaque le produit au sol. « Est-ce qu'on est dans les règles avec ce type d'équipement ? Depuis sept ans, nous travaillons en agriculture de conservation en gardant un sol vivant pour favoriser les micro et macro organismes. Mais le citadin continue d'avoir une image exclusivement négative du pulvérisateur. Au final, quoi qu'il en soit, toutes ces mesures mises bout à bout participent à étrangler chaque année un peu plus l'agriculture. »