Cultures d’hiver
Estimer précisément les besoins azotés

Dans un contexte de prix élevé des engrais azotés, le pilotage précis des apports est source d’économies substantielles. C’est le moment d’effectuer les pesées de biomasse des colzas en sortie d’hiver, pour estimer le reliquat azoté.

Estimer précisément les besoins azotés

Copieusement arrosés par les précipitations de début janvier (de l’ordre de 40 mm), peu endommagés par des gelées modérées, les colzas semés à l’automne dernier se portent globalement bien. « Malheureusement, une partie des parcelles concernées par les larves de grosses altises n’a pas pu être traitée par un Boravi, faute de fenêtre météorologique propice (soit il pleuvait, soit il faisait trop froid). Et plus on tarde, moins les efficacités seront bonnes », déplore Émeric Courbet, technicien grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. L’heure est aux pesées de biomasse de fin d’hiver « avec des colzas qui semblent repartir en végétation cette semaine ». L’optimisation des apports azotés nécessite en effet de faire coïncider la disponibilité de l’azote avec les besoins de la plante… On sait que plus la vitesse de croissance est importante, et plus les besoins en azote sont élevés, plus la valorisation de l’azote apporté sous forme minérale ou l’azote efficace d’une déjection sera grande. « Avec un prix élevé de l’azote comme cet hiver, le raisonnement des apports sera source d’économies substantielles », poursuit le conseiller. Il était justement sur le terrain cette semaine pour des pesées de biomasses de colza en sortie d’hiver, dans une parcelle d’essai du côté de Cugney (Haute-Saône), chez Matthieu Constantin. « Cet essai fertilisation comporte trois modalités : une sans apport à l’automne, une avec un apport de 20 t de fumier à 0,5 % d’azote et la dernière avec 6 t de compost de boue à 1,2 % d’azote ». La méthode par pesée consiste à couper des pieds de colza, si possible secs, au ras du sol, dans deux placettes de 1 m² chacune si la parcelle est homogène et dans quatre placettes si la parcelle est hétérogène, en évitant les bordures. La biomasse prélevée est pesée et le poids exprimé en kg/m². La différence de poids de biomasse entre les prélèvements réalisés à la fin de l’automne et celui de cette semaine sert de base de calcul de la dose X (voir tableau). Le calcul de cette dose dépend de la biomasse du colza, du potentiel de rendement de la parcelle, du type de sol, de l’apport de produits organiques, du précédent et éventuellement de l’association de légumineuses gélives. « Pour déterminer la dose totale à apporter, on peut facilement utiliser la Réglette azote colza en ligne sur www.regletteazotecolza.fr ou bien grâce à l’application smartphone ».

Entre 25 et 35 unités d’azote minéral économisées !

Grâce à la pesée à l’automne et au printemps, on gagne donc en précision pour calculer la dose d’azote à apporter (dans notre cas de figure pour un potentiel de 40 qx / ha). « Grâce aux apports de matière organique, fumier et compost, le colza n’a pas perdu en poids. Il a eu une croissance plutôt active pour arriver à un poids moyen par plante de 50 et 70 g. Ces poids supérieurs à 45 g, peuvent garantir un moindre impact des larves de grosses altises d’autant que cet automne, les conditions météo froides n’ont pas permis de réaliser les Boravi. Dans la zone sans effluent, les pieds pèsent en moyenne 35 g, ils pourraient être trop petits pour résister à de fortes infestations en larves de grosses altises.
Les apports de fumier et compost permettront d’économiser respectivement 25 et 35 unités/ha d’azote minéral ! »

Respect de la réglementation

Réglementairement, à partir du 1er février, tous les types d’effluents peuvent être épandus quasiment partout. « Seuls les effluents avec un rapport C/N inférieur à huit, types lisier ou digestat, doivent être épandus après le 15 février sur les futures parcelles de maïs ». Mais il n’y a pas vraiment d’urgence à fertiliser compte-tenu des températures fraîches de ce début d’année 2022. « Techniquement, il est inutile de démarrer les apports sur céréales au 1er février cette année (on est à peine à 50 °C jour). Sur colza, un premier apport est envisageable entre le 1er et le 15 février ».

En résumé, en termes de règles d’épandage d’engrais azotés, pour les céréales à paille, « il faudra réaliser un deuxième reliquat si vous exploitez plus de 100 ha de céréales à paille en zone vulnérable afin de calculer le reliquat de sortie hiver (RSH). Les apports d’engrais minéraux peuvent débuter à partir du 1er février sur colza et céréales. Il est nécessaire de fractionner l’apport d’azote en au moins deux apports dès que la dose totale dépasse les 60 unités N/ha. Enfin, le second apport d’azote doit être réalisé au moins 15 jours après le premier ».

Alexandre Coronel