Inter Beaujolais
Une passation sans révolution

Arrivé au terme de son mandat de président d’Inter Beaujolais, Dominique Piron a été remplacé par Daniel Bulliat. Dans la continuité des évolutions apportées depuis quatre ans, le vigneron de Beaujeu a fixé ses priorités : diversification, valorisation, transition écologique, restructuration du vignoble et développement commercial. Sans oublier, le dossier de délimitation avec la Bourgogne.

Une passation sans révolution

Avec six mois de retard sur le planning initial, en raison du report des élections dans les crus du Beaujolais et de leur ODG, une nouvelle ère débute à Inter Beaujolais. Le 28 janvier dernier, ses nouveaux membres statutaires ont entériné la nomination de Daniel Bulliat (63 ans, viticulteur à Beaujeu) et Philippe Bardet (61 ans, président de la Maison Jean Loron), aux postes respectifs de président et vice-président de l’interprofession. Sur place, au 210 en Beaujolais à Villefranche-sur-Saône, ou devant leur écran d’ordinateur – l’assemblée générale s’est aussi déroulée en visioconférence – tous les participants ont ainsi assisté à la dernière représentation du duo Dominique Piron – David Ratignier, auxquels des acteurs du vignoble ont loué de près comme de loin le développement d’une stratégie (le nouveau triptyque) présentée comme « simple et adaptée au vignoble » par son principal protagoniste, Dominique Piron. 
Dans son ultime rapport moral, l’ex-président d’Inter Beaujolais est revenu sur les enseignements marquants de ses quatre années de travail. Ses points positifs d’abord : le plan Beaujolais de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) et soutenu par d’autres collectivités (Département du Rhône, communautés de communes), la fin du Beaujolais bashing – « il est devenu de mauvais ton de critiquer le Beaujolais » - la Beaujonomie – « je pense que le Beaujolais doit redevenir une sorte d’activiste de la convivialité » - la valorisation des vins à travers des projets (Pierres dorées, Lantignié, lieux-dits, etc.) mais aussi le boom des certifications environnementales (AB, HVE, Terra Vitis). Ses quelques regrets ensuite, traduction d’une réalité parallèle pour Beaujolais, venant gâcher son retour au premier plan, y compris pendant et malgré la crise sanitaire en 2020. Dominique Piron a fait référence à l’arrachage trop important des parcelles, « encore un an ou deux et nous aurons perdu 50 % du vignoble », ainsi qu’au « manque de puissance commerciale en interne, de valorisation, de confiance en nous et en nos appellations ». David Ratignier, son vice-président, dans une posture identique à celle affichée durant la précédente campagne des primeurs, a réclamé une traduction plus concrète des résultats et de l’appréciation des vins du Beaujolais, « par des revenus améliorés pour la viticulture beaujolaise car elle aura de nombreux défis. L’environnement nécessite des revenus importants. On aura aussi de la peine à attirer des jeunes. C’est une nécessité impérative à la vue du nombre de retraités à venir ». 

« Travailler dans la continuité »

À partir de ce bilan encourageant, Daniel Bulliat n’entend pas stopper la montée en puissance du vignoble. D’emblée, le nouveau président l’a assuré, « on ne va rien révolutionner mais travailler dans la continuité ». Sa première ambition : aider la filière à investir. Son axe de travail : la valorisation. Il s’est notamment fixé pour objectif d’ajouter aux cours des vins en vrac 50 €/hl pour chaque AOC sous cinq ans. « C’est ambitieux, mais ça nous permettrait d’avoir une capacité d’investissement et de renouveler le vignoble, ce qui coûte entre 25.000 et 30.000 €/ha », a-t-il justifié. Ses autres chantiers prioritaires : poursuivre la transition écologique – « la société est en plein mouvement et la nouvelle génération veut travailler avec moins d’intrants » - rendre les entreprises plus compétitives et accroître le développement commercial.
Emboitant le pas à Daniel Bulliat, dans une plus courte allocution, Philippe Bardet s’est aussi exprimé sur ses deux axes de progrès importants : d’une part, la qualité irréprochable des vins et d’autre part, la création de valeur. « Un seul objectif : il faut faire rêver le consommateur, avec l’histoire de nos terroirs, de nos vignes, de nos paysages et de nos hommes et femmes ».

La Bourgogne, par anticipation

Voici donc la ligne de conduite annoncée par le nouveau duo pour ces quatre années. Mais par expérience de ses précédentes responsabilités qu’il a occupées au sein de la filière viticole (ODG, INAO), Daniel Bulliat s’est livré sur l’épineux sujet de la relation entre le Beaujolais et la Bourgogne. « On veillera à ce qu’elle soit bonne. On appartient au bassin de production de la Grande Bourgogne », a-t-il rappelé, soulignant à juste titre la fusion des deux syndicats de négociants depuis 2016. Cependant, « il est encore trop tôt pour envisager un rapprochement de nos interprofessions », a-t-il concédé. Et pour cause, la production reste divisée par « des problèmes en interne », Daniel Bulliat faisant évidemment référence au projet de délimitation de l'AOC Bourgogne, véritable serpent de mer pour les deux vignobles et pour l’INAO. « Tout est figé concernant les dossiers de délimitation. En Beaujolais, nous avons des projets. Il faudra bien les mener. Il faut du dialogue et de l’unité ». 
David Duvernay