Les brèves du 15 novembre 2023

Mis en ligne par Cédric Michelin
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Voici les brèves du 15 novembre 2023

Les brèves du 15 novembre 2023

Tempêtes/inondations : Macron promet un « fonds exceptionnel de soutien » aux agriculteurs

Le niveau de plusieurs cours d’eau montait à nouveau fortement le 14 novembre après-midi dans le Pas-de-Calais, repassé en vigilance rouge aux crues en raison d’un risque de débordement de la Liane, potentiellement encore supérieur à celui de la semaine passée. Sur place à la mi-journée, le président Emmanuel Macron a annoncé le déblocage d’un « fonds de soutien » de 50 millions d’euros destiné à « accompagner les communes les plus touchées, pour que ça aille très vite ». Depuis un gymnase de Saint-Omer, le président a aussi présenté un « fonds exceptionnel de soutien » aux agriculteurs, y compris ceux de Bretagne et Normandie touchés par les tempêtes. Le chef de l’État a également indiqué lors de sa visite que l’état de catastrophe naturelle serait reconnu pour 244 communes (214 dans le Pas-de-Calais, une trentaine dans le Nord) dans l’après-midi, première étape vers l’indemnisation des sinistrés, affectés par la tempête Ciaran le 2 novembre, des crues record le 7 novembre et des précipitations intenses jeudi et vendredi.

 

Tempêtes Ciaran/Domingos : Pacifica recense 3000 agriculteurs clients sinistrés, 40 M€ de dégâts

L’assureur Pacifica (Crédit Agricole Assurances) a partagé avec Agra Presse une première évaluation des dégâts enregistrés par l’agriculture à la suite du passage de la tempête Ciaran : cela concerne 3000 exploitations sur la zone Bretagne et Manche, et 40 millions d’euros de sinistres enregistrés. Les dégâts portent essentiellement sur le bâti, les récoltes étant en grande partie effectuées au moment de la tempête. Cependant, des déclarations pour certains semis (orge, blé) auraient déjà été enregistrées. Concernant les inondations qui sévissent dans le nord de la France, l’assureur indique qu’il est encore trop tôt pour effectuer une évaluation précise des dégâts. Une indication cependant : en fin de semaine 45, il avait déjà enregistré 1000 dossiers de sinistres, sur le Pas de Calais, le Nord et aussi la baie de Somme. Une première évaluation pourrait au mieux, être effectuée à la fin de la semaine prochaine, selon Pacifica.

 

Inondations : Meteo France enregistre un record de pluviométrie cumulée en France

« C’est la première fois que le pays enregistre un tel cumul sur 26 jours consécutifs toutes saisons confondues » : les épisodes pluvieux, de l’averse à la tempête, se sont multipliés ces dernières semaines, conduisant à un record de pluviométrie selon Météo-France. « Sur les quatre dernières semaines, à l’échelle de la France, jamais de telles quantités de pluies n’avaient été mesurées », précise le prévisionniste dans un article publié le 13 novembre sur son site. Entre le 18 octobre et le 12 novembre (26 jours), la France a enregistré un cumul moyen de 215,4 mm. Le précédent record sur la même durée remontait à 1993, avec 196,9 mm enregistrés entre le 21 septembre et le 16 octobre. Et dans certaines régions, le cumul pourrait continuer d’augmenter. Météo-France explique cette « succession de passages pluvieux quasiment continus » par le phénomène de « rail des dépressions » : un courant atmosphérique d’altitude (courant-jet ou jet-stream en anglais), toujours présent dans l’hémisphère nord et soufflant d’ouest en est, est dirigé sur la France. En raison des différences de températures entre les zones subtropicales du nord de l’Afrique et le nord de l’Europe, un « couloir » amène les perturbations qui se forment au large dans l’Atlantique vers l’Europe de l’Ouest. Selon le prévisionniste, cela crée une « autoroute » pour les perturbations.

 

Sécheresse : au Maroc, des restrictions à l’irrigation dans certaines zones agricoles (presse)

Au Maroc, les ventes de matériel d’irrigation devraient reculer d’environ 30 % cette année, selon l’agence Ecofin rapportant les données de l’Association marocaine de l’irrigation par aspersion et goutte à goutte (Amiag). La chaleur et la longue sécheresse pour la quatrième année consécutive en 2023 ont creusé le déficit pluviométrique de 27 % et « fait chuter les niveaux des réservoirs et des nappes phréatiques à des niveaux critiques ». Les mesures publiques pour rationner l’eau consommée par l’agriculture et prioriser l’eau potable expliquent aussi la situation. Selon les détails relayés par le quotidien local Medias24, cité par Ecofin, la dotation allouée aux grands périmètres irrigués à partir des barrages en 2022/2023 a été de 900 millions de mètres cubes, « soit 17 % du volume prévu dans les documents de planification à 5,3 milliards de mètres cubes », est-il expliqué. Des autorisations sont désormais nécessaires pour la réalisation de pompage d’eau dans le cadre de projets agricoles. « Dans certaines zones agricoles de Marrakech, cette autorisation n’est plus accordée. La région compte d’ailleurs plus de 200 sociétés en arrêt d’activité. Idem dans la région de Berrechid-Settat », indique l’AMIAG. La zone de Marrakech est spécialisée dans les cultures céréalières, l’olive, les agrumes et l’élevage. Celle de Berrechid-Settat (Casablanca) représente 15 % de la production maraîchère nationale (oignons, tomates).

 

Fromages AOP : le comté baisse les droits alloués aux fruitières pour s’adapter à la demande

Le comité interprofessionnel de gestion du comté (CIGC) a décidé d’abaisser de 4 % les droits à produire alloués aux fruitières pour la campagne 2023-2024 dans le cadre des règles de régulation de l’offre (ROR) de l’AOP, apprend-on dans le journal d’information du CIGC. « Il s’agit de maintenir l’équilibre entre le marché et la production, condition indispensable pour tenir notre promesse de qualité aux consommateurs et ainsi d’éviter la dégradation de valeurs », indique son président Alain Mathieu dans l’éditorial. Tous les trois ans, le CIGC définit dans un « plan triennal » le niveau des « références de production comté », autrement dit les droits à produire, et leur répartition entre les ateliers de fabrication. Deux fois par an, en avril et en septembre, soit au début et au milieu de la campagne laitière, ce niveau peut être ajusté en fonction de la demande, des conditions de production ou des stocks. Entre le début des années 1990 (mise en place des ROR) et 2019, la production de comté a connu une croissance de 1,5 % à 2 % par an. Conséquence de l’inflation qui joue sur les arbitrages des consommateurs, les ventes de fromages AOP au rayon libre-service en grande distribution ont reculé de 2 à 9 % selon les fromages sur les quatre premiers mois de l’année 2023, d’après la publication Tendances de l’Idele.

 

Élevage/maraîchage : l’Anses relie l’usage du formol au développement de la leucémie myéloïde

Dans un rapport d’expertise publiée le 14 novembre, l’Anses conclut à une relation causale avérée entre l’exposition professionnelle au formaldéhyde, aussi appelé « formol » et utilisé comme désinfectant en agriculture (notamment en élevage et maraîchage), et les leucémies myéloïdes. L’autorité préconise la création d’un nouveau tableau de maladie professionnelle qui faciliterait la reconnaissance de cette maladie pour les travailleurs exposés. Il viendrait compléter les tableaux existants en lien avec le formaldéhyde dans les régimes de sécurité sociale (général et agricole). Ils portent sur des affections telles que les dermites, l’eczéma, les rhinites, l’asthme, et sur le cancer du nasopharynx, ce dernier ayant été créé en 2012. Selon l’Anses, la création d’un tableau de maladie professionnelle contribuerait également à une meilleure sensibilisation des salariés, des malades, des employeurs, des acteurs de la prévention et du corps médical, « étape importante vers une amélioration globale de la prévention des expositions au formaldéhyde ». Le formaldéhyde a été classé comme substance cancérogène par différents organismes européens ou internationaux, en relation notamment avec le cancer du nasopharynx. Ses liens avec l’augmentation du risque de leucémies étaient encore discutés jusqu’à récemment.

 

Horticulture : deux premières coopératives françaises du secteur reconnues comme OP

La société coopérative agricole Fleuron d’Anjou (Maine-et-Loire) a été reconnue comme Organisation de producteurs (OP), indique le Journal officiel du 8 novembre. Une première dans le domaine horticole français, selon l’entreprise. « Cette reconnaissance nous garantit un accès aux programmes opérationnels qui débuteront au 1er janvier 2024 et qui nous donneront accès aux aides européennes. Ce projet est stratégique pour notre coopérative et nos adhérents producteurs pour assurer notre développement », a commenté Fleuron d’Anjou sur son compte LinkedIn. Parmi les projets de la coopérative, la modernisation et le développement de nouveaux outils de production et la réduction de son impact environnemental, notamment en substituant les énergies carbonées. Fleuron d’Anjou (12 producteurs) dispose de 60 hectares de production (plantes à massif et géraniums, vivaces et graminées, plants potagers et aromatiques, arbustes à petits fruits, plantes automnales et cyclamens) Cette première reconnaissance a été rapidement suivie par une deuxième. Trois jours plus tard, dans le Journal officiel en date du 11 novembre, une deuxième entreprise, Horti-Flandre, basée à Lomme (Nord), a aussi été reconnue OP. La coopérative horticole regroupe onze producteurs des Hauts-de-France et dispose de 130 000 m² de serres et 200 000 m² de surface plein air pour la production de plantes en pot, destinées aux jardineries et aux collectivités.

 

Céréales : en congrès, Intercéréales demande au gouvernement « une vision stratégique majeure »

À l’occasion de l’assemblée générale d’Intercéréales (interprofession céréalière) le 14 novembre, son président Jean-François Loiseau s’est interrogé sur le schéma directeur adopté par le gouvernement en matière d’agriculture et d’agroalimentaire dans les années à venir. « Que souhaite l’État, lorsqu’au moment où nous parlons, il nous demande à la fois d’augmenter la production alimentaire, de stocker du carbone tout en ayant moins de terres agricoles ? » Et de se désoler de la diminution des moyens de production, alors que « 30 millions de tonnes de biomasse supplémentaires » seront nécessaires à l’avenir. M. Loiseau a également évoqué le besoin qu’éprouve la filière à disposer d’un « cadre » face aux changements technologiques auxquels le monde fait face, et ce pour « ne pas passer à côté du train en marche ». Si l’innovation est selon Intercéréales permanente dans les métiers de la production, de la collecte et de la première et deuxième transformation, elle se doit d’être « accompagnée d’une vision stratégique majeure » alors « qu’il n’en existe plus depuis 25 ans », selon le président d’Intercéréales.

 

Stratégie nutrition climat : trois ONG veulent rencontrer Fesneau pour parler de viande

Dans une lettre ouverte publiée le 14 novembre à l’attention du ministre de l’Agriculture, trois ONG environnementalistes (Greenpeace, la FNH et le Réseau action climat) demandent à rencontrer Marc Fesneau, s’interrogeant sur sa « position vis-à-vis de la réduction de la consommation de viande », actuellement débattue dans le cadre de l’élaboration de la Stratégie nationale nutrition climat (Snanc). Les associations « s’interrogent » et craignent une forme « d’immobilisme » consistant à « brandir la menace des importations pour ne pas initier la transition de l’élevage, et dans le même temps ne pas agir sur la demande alimentaire, en particulier la consommation de viande ». S’appuyant sur les recommandations du Haut Conseil pour le climat pour mieux articuler les politiques d’offre et de demande, elles plaident pour « une trajectoire claire » pour l’élevage (réduction de cheptel « ciblée » sur les élevages « industriels et intensifs », soutien aux modes d’élevage « durables »), assortie de « mesures de protection » contre les « importations aux normes moins-disantes », et une politique « volontariste » visant à réduire la demande de viande en privilégiant la « qualité » et l’origine France. En avril, le CNA avait publié un premier avis sur la future Snanc, qui avait mis au jour d’importantes dissensions sur le bio et l’élevage entre l’ensemble des parties prenantes et le trio FNSEA/Coopération agricole/Ania (agroalimentaire).

 

Bio : la Fnab et la Conf’refusent le report de reliquats d’aides à la conversion sur les Maec

Mobilisées à Paris aux Invalides, aux côtés des Civam et d’Eau et rivières, la Fnab et la Conf’ont demandé, dans un communiqué le 11 novembre, « un écorégime bio à 145 euros/ha au lieu de 92€/ha ». Les deux organisations appellent aussi le ministère de l’Agriculture à flécher les reliquats de l’enveloppe d’aide à la conversion à l’agriculture biologique « sur des mesures bio uniquement », et non sur les Maec comme cela est pressenti. « Ces crédits doivent rester sur la bio. Si on commence à [les] mettre n’importe où, on éteint complètement l’idée que la bio est une réponse, une possibilité de la transition » a déclaré le secrétaire national de la Fnab Loïc Madeline. Co-organisatrices de l’évènement auquel ont participé une soixantaine d’agriculteurs et de députés, la Fnab et la Conf’pressent l’État d’abonder le budget réservé à la bio et le budget réservé aux Maec. « Il ne s’agit pas déshabiller Paul pour habiller Jacques en prenant les reliquats de la conversion à l’agriculture biologique pour les mettre sur les Maec », a renchéri la porte-parole de la Conf’Laurence Marandola. Le syndicat minoritaire estime qu’il manque 250 à 350 millions d’euros (M€) à niveau national pour soutenir tous les agriculteurs souhaitant s’engager dans des Maec, dont 100M€ pour la seule année 2023.

 

GNR, aides Pac, irrigation : la FDSEA et les JA manifestent dans le Tarn

À l’appel de la FDSEA et JA, quelques centaines d’agriculteurs du Tarn ont dénoncé, le 14 novembre dans les rues d’Albi, le projet de refiscalisation partielle du GNR (gazole non routier) agricole, les retards de paiement des aides Pac, et plus généralement les normes et contraintes imposées au monde agricole, rapporte l’AFP. « Il y a un mal-être dans les campagnes, un ras-le-bol général », se plaint Lionel Aussenac, 34 ans, à la tête d’une exploitation de 50 vaches laitières à Castres. Également secrétaire général des Jeunes agriculteurs (JA) du Tarn, il s’inquiète notamment des effets de la taxation du GNR sur « les trésoreries précaires » des éleveurs, vignerons et céréaliers du département. Lors de la mobilisation, les manifestants ont installé une bâche remplie d’eau devant la cité administrative, afin de sensibiliser sur les problèmes d’irrigations dus aux récentes sécheresses et réclamer la construction de retenues d’eau. « Jeunes agriculteurs de demain, mort de faim », « On marche sur la tête », « Alimentation, bientôt la faim », pouvait-on lire sur les banderoles. Dans les campagnes, nombre de panneaux d’entrée et sortie de villages ont été retournés, pour accompagner le slogan « On marche sur la tête » des agriculteurs. Le 22 novembre, une grande mobilisation régionale des agriculteurs est prévue à Toulouse pendant une semaine d’action nationale.