BREVANS / La première unité de méthanisation qui injecte du gaz vert dans le Jura a été inaugurée le vendredi 4 mars. Pour les 19 agriculteurs sociétaires, la première campagne d’épandage de digestat va également démarrer. À l’heure de la guerre en Ukraine et des tensions sur les livraisons de gaz russe, les enjeux géopolitiques rejoignent, malheureusement, les enjeux bioclimatiques. « La production d’énergie durable localement prend tout son sens », estime le président de Dole Biogaz.

Inauguration de Dole Biogaz
Inauguration de l’unité de méthanisation Dole Biogaz, zone artisanale La Combe à Brevans

La première unité de méthanisation qui injecte du gaz vert dans le Jura a été inaugurée le vendredi 4 mars.

L’unité de méthanisation Dole Biogaz située à Brevans a injecté ses premiers mètres cubes de gaz vert le 10 juin 2021 dans le réseau de gaz naturel. Le site fonctionne actuellement à son optimal et la première campagne d’épandage va démarrer.

Un projet collectif à taille humaine depuis l’origine

Le projet Dole Biogaz, c’est l’aboutissement de 8 ans de travail et de développement d’une solution innovante, portée par 19 exploitations agricoles toutes localisées dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres, ainsi que les collectivités locales, la société Naskeo, puis le groupe Keon, sociétés françaises. L’idée : porter ensemble un projet de méthanisation avec valorisation du biogaz en biométhane injecté directement dans le réseau de distribution de gaz naturel de Dole exploité par GRDF.

Une première en Bourgogne Franche-Comté

Ce projet multipartenarial voit le jour et devient la première unité de méthanisation en injection de biométhane dans le département. Les autres méthaniseurs présents sur le territoire jurassien ont choisi la cogénération (le méthane alimente un moteur produisant électricité et chaleur).

Pour Dole Biogaz, le gisement de matière organique est estimé à 30 150 tonnes par an et injectera 261 Nm3 de biométhane par heure soit l'équivalent de 10 % de la consommation en gaz de la ville de Dole en hiver et 100 % en été.

S’élevant à 10 millions d'euros, le coût d'investissement de cette installation est porté par les actionnaires : les agriculteurs, Ter’Green et la communauté d'agglomération du Grand Dole.

Un projet qui a reçu l’appui de la Région BFC, du département du Jura, et de la commune de Brevans, sur un terrain de 2 ha.

Une porte ouverte était proposée le samedi. Une visite par mois sera possible par la suite pour les groupes, sur demande.

Philippe Spannagel, président de la SAS Dole Biogaz et directeur délégué Keon présente le process aux élus et au sous-préfet de Dole, en compagnie du directeur GRDF
Les agriculteurs sociétaires accueillent le public pour la visite

Un atout pour les collectivités

« Dole Biogaz participe à la résilience d’un territoire à travers les enjeux climatiques, énergétiques, agronomiques et, malheureusement aujourd’hui, géopolitiques. Une énergie verte produite localement, disponible 24 heures sur 24, prendra encore plus de sens si la tendance se confirmait », indique Philippe Spannagel, président de Dole Biogaz.

En plus de la production d’énergie renouvelable, l’installation permet la réduction de 2 600 tonnes de CO2/an grâce à un meilleur traitement des effluents agricoles et crée 10 emplois directs et indirects.

Deux autres volets pourraient être valorisés avec les collectivités : le traitement des déchets verts (retour obligatoire de la partie fermentescible des déchets d’ordures ménagères en 2023) et la mobilité verte avec une flotte de véhicule GMV. « Une réflexion qui est dans la tête des élus du Grand Dole, et qui est complémentaire de l’hydrogène », indique Pascal Fischer, président de la communauté d’agglomération.

Du fumier au digestat

MÉTHANISATION/ « Une des raisons qui m’a motivé dans ce projet de méthaniseur c’est d’abord de travailler le côté agronomique », explique Cyrille Maignan, l’un des 19 agriculteurs qui est sociétaire de la SAS Agri, apporteur au capital de Dole Biogaz.

« Les agriculteurs récupèrent en effet un digestat bien plus riche que leur fumier. Je n’achète pratiquement plus d’engrais et j’ai revendu mon matériel d’épandage », indique l’agriculteur qui est en polyculture élevage sur 100 ha.

Autre motivation, tout aussi importante : le gain de temps. Une société réalise l’enlèvement du fumier sur les exploitations et l’achemine jusqu’au méthaniseur, entre 80 à 200 tonnes par semaine soit une douzaine de camions. De même, les agriculteurs n’ont plus à se préoccuper de la fertilisation : le digestat est directement épandu dans les parcelles, rendu racines, par deux autres sociétés. Ce « temps gagné », Cyrille Maignan l’a réinvesti en devenant responsable du site Dole Biogaz, dont il assure le fonctionnement et la maintenance avec deux autres salariés.

Et les odeurs ?

L’installation, aux portes de Dole, est classée. Pour pallier les nuisances olfactives, le fumier est stocké sous un bâtiment équipé d’un système de désodorisation : aspiration de l’air et filtres à charbon.

La capacité de stockage du fumier est d’environ 9 à 12 mois. À la sortie du méthaniseur, le digestat est séparé en phase liquide et solide. La phase solide est épandue comme fertilisant, directement assimilable par la plante et sans odeurs pour le voisinage. La phase liquide est réinjectée dans le méthaniseur, dont le contenu brassé en permanence doit rester à 12 % de matière sèche maximum. Quand la phase liquide finit par être chargée en éléments, elle est utilisée en fertilisant liquide.

Actionnaires à 51 %

Le retour sur investissement de la vente de biogaz viendra dans un second temps pour les agriculteurs.

« Participer à ce projet de méthaniseur nous a d’abord permis de faire l’économie de la mise aux normes du stockage d’effluents dans nos exploitations », explique Cyrille Maignan.

Les 19 agriculteurs sociétaires ont investi 150 000 euros dans la SAS Biogaz dont ils sont actionnaires à 51 %, au côté de Ter’Green (filiale de Keon) 39 % et la communauté d’agglomération du Grand Dole 10 %.

GRDF, distributeur, rachète la production de Dole Biogaz sur la base d’un contrat d’achat sur 15 ans de 100 euros le méga watt/heure.

70 % des intrants proviennent de l’agriculture

Sur la totalité des intrants : un tiers provient des fumiers, un tiers des résidus de culture, cannes de maïs, cultures intermédiaires (seigle, sylphie…) et un tiers des biodéchets de l’industrie agroalimentaire (issus de silos, résidus d’amidonnerie, purges de process d’ateliers de gâteaux, pâtes à tartes, oignons, invendus périmés, déchets de cuisine…)

« Les déchets de cantine sont une filière que l’on étudie, ce qui nous permettrait de remplacer les 50 ha de maïs utilisés chaque année pour le méthaniseur, ce serait une bonne chose », conclut Cyrille Maignan.

I.R.

Valeurs fertilisantes

Résultats des dernières analyses des digestats Dole Biogaz avant campagne d’épandage.

Digestat solide : pH 9.5 / NPK 6,6 . 8,9 . 6,3 / Ca 6,7 / Soufre 2,5

Digestat liquide : pH 9 / NPK 6 . 2,5 . 6,7 / Ca 4.3 / Soufre 1.3

Jusqu’à 12 mois de stockage de fumier, avec un système de désodorisation
Digestat