Ce qu’il faut retenir du dernier rapport de l’Observatoire des prix et des marges

Toujours très attendue par la profession agricole, la parution du rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) a été singulière cette année. L’organisme a publié pour la première fois les marges nettes de l’industrie laitière, sur l’année 2019. Pour sa 10e édition, le rapport contenait aussi une première rétrospective décennale, sans dégager toutefois de tendance claire si ce n’est une forte variabilité interannuelle. L’éclairage sur l’année 2020 n’a pas non plus permis de tirer de bilan de la loi Egalim.

Ce qu’il faut retenir du dernier rapport de l’Observatoire des prix et des marges


« Nous avons accès à une décennie d’observation dans le domaine que sont les marchés agricoles », s’est félicité Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM), lors de la publication de la 10e édition de son rapport annuel le 15 juin.

Ce recul permet de constater entre 2010 et 2020 l’instabilité des prix agricoles. « Nous ne pouvons qu’être frappés en reprenant l’évolution à partir de la compétitivité agricole et des résultats avant impôts de la très forte instabilité pour toutes les filières », explique l’universitaire lors de la conférence de presse. En face, il y a la « stabilité des prix des produits de base qui font le fond du caddie ». Cette instabilité des prix agricoles et le lissage des prix au stade du consommateur « peuvent expliquer un partage des marges parfois difficile entre industrie et distribution », écrit-il dans son rapport au Parlement.

« Sur dix ans il est intéressant de voir comment s’est opéré le jeu des marges entre industriels et distributeurs », contraints de procéder à un ajustement de leur marge. « L’analyse de l’évolution de la répartition des marges brutes au fil de cette décennie ne fait pas apparaître de tendance claire », note-t-il. L’analyse des dix rapports de l’OFPM montre que la transmission des chocs de prix agricoles est en général absorbée par l’un ou l’autre maillon dans un premier temps avant que ne s’effectue un certain rééquilibrage. C’est souvent le segment industriel qui subit le premier choc, mais dans nombre de cas la marge brute de la distribution peut diminuer afin de maintenir la stabilité du prix de produits emblématiques.

Toujours pas de bilan d’Egalim pour cause de Covid


« L’année 2020 a été une année très très particulière dans notre secteur agroalimentaire », concède le président de l’OFPM. « Globalement les prix des produits agricoles à la production sont à la hausse, et il y a une hausse relativement forte des prix alimentaires à la consommation liée aux conditions climatiques et à la pandémie », observe-t-il.

Ces remarques faites, l’analyse de l’année 2020 par l’OFPM devait permettre d’évaluer – ou tout du moins entrevoir — les premiers effets de la loi Egalim entrée en vigueur en novembre 2018 et dont certains textes d’application ont tardé. Mais comme l’année dernière, quand « aucun effet sensible sur les prix payés aux agriculteurs en 2019 » n’était à déplorer du fait de sa mise en œuvre « encore un peu trop récente », il n’est à nouveau « pas possible de mesurer (son) impact éventuel ». La raison : la disponibilité à date des données et « ce d’autant plus que l’année 2020 a été fortement perturbée par la pandémie », note le rapport.

Il faudra donc attendre un peu au-delà de la parenthèse pandémique de la période 2020-2021 pour savoir si la loi Egalim se traduit concrètement dans la pratique. « Le bilan de la loi Egalim, nous le ferons plus tard », tranche-t-il tout en s’interrogeant si cela est bien le rôle de cet observatoire.

L’OFPM publie la marge nette des industries laitières


Ce 10e rapport de l’OFPM a aussi été l’occasion de dévoiler pour la première fois une nouvelle donnée qu’attendaient avec impatience les producteurs laitiers : les résultats de marge nette des industriels laitiers. « C’était nouveau, nous avons réussi en liaison avec les industries laitières à sortir une première évaluation », se réjouit Philippe Chalmin non sans noter quelques réticences et difficultés de certaines laiteries.

Leur marge nette sur l’année 2019 est en moyenne de 0,9 % du chiffre d’affaires, soit 8,7 €/1 000 litres de lait collecté. « Cela permet de relativiser un certain nombre de discussions en cours », glisse Philippe Chalmin. L’écart type de ce résultat est « relativement élevé », ajoute-t-il l’expliquant par une grande diversité des métiers laitiers. Leur marge brute moyenne est de 31,1 % du chiffre d’affaires, soit 308,2 €/1 000 litres de lait collecté.

« C’était important d’arriver à une plus grande transparence, se félicite-t-il. Pour l’instant, nous obtenons un résultat moyen pour l’ensemble des industriels mais nous allons essayer d’aller plus loin. » La prochaine étape sera d’obtenir un échantillon suffisamment représentatif pour éclater les résultats en fonction des quatre grands métiers du lait et de les suivre dans le temps. Ces résultats sont obtenus à partir d’un échantillon « largement représentatif » d’entreprises concentrant 56 % de la collecte française.