Formation des lycées agricoles de BFC
Enseigner les transitions agroécologiques

Ariane Tilve
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Pour la 10e année a eu lieu, jeudi 12 octobre à Davayé, un temps d’échange et de prospectives autour de l’enseignement agricole, technique, publique et privée de Bourgogne-Franche-Comté. Les échanges lors des ateliers de la matinée ont été riches, l’après-midi a lui été consacré à une conférence intitulée "Les transitions agroécologiques, une politique de gouvernance en lien avec les politiques éducatives, les enjeux de recherche et d’expérimentation".

Enseigner la transition écologique, une question qui intéresse le Rectorat, la Région mais aussi la chambre d'agriculture de Bourgogne-Franche-Comté
Enseigner la transition écologique, une question qui intéresse le Rectorat, la Région mais aussi la chambre d'agriculture de Bourgogne-Franche-Comté.

Lorsqu’il s’agit d’un tel enseignement, tous les acteurs s’accordent sur l’importance du collectif. De l’éducation nationale au ministère de l’Agriculture en passant par la Draaf, le Conseil régional où la chambre d’agriculture de Bourgogne-Franche-Comté, chacun a son rôle à jouer, comme le souligne Franck Provots, adjoint à la cheffe du SRFD, Marie-Catherine Arbellot de Vacqueur. « Plus que jamais nous devons travailler en réseau, comme nous le faisons avec les chambres d’agriculture, mais aussi avec les instituts de recherche de l’enseignement supérieur et l’enseignement technique public et privé ». Selon lui, la question des transitions agroécologiques va bien au-delà des simples questions techniques, agronomiques et zootechniques. Cet enjeu est encadré depuis 2014 par un plan “Enseigner à produire autrement”, dont la première mouture (EPA1) a été remplacée en 2020 par un EPA2 qui s’achèvera en 2024. L’occasion pour le Lycée agricole de Davayé, qui accueillait l’évènement, de revenir sur les enjeux mais aussi les actions concrètes menées dans le cadre de ce second plan. Car la transition n’est pas que l’affaire des exploitants, mais aussi de tous les enseignants, agricoles ou non. « Faire vivre la transition, c‘est donner la parole aux jeunes, construire une vision du futur et des imaginaires qui passent par la culture de l’engagement ». L’année qui commence va être consacrée à l’évaluation du plan EPA2 afin de le faire connaître au plus grand nombre et d’en valoriser les actions. « Pour entrer dans des dynamiques favorables, il faut renforcer les compétences techniques, psychosociales et renforcer l’animation des territoires », insiste l’adjoint à la cheffe du SRFD. Il existe par exemple des projets tels que l’Agro Smart Campus, véritable passerelle entre l’enseignement technique agricole et l’enseignement supérieur agronomique et agroalimentaire, qui vont en ce sens.

L’EPA2, c’est quoi ?

Ce plan européen fixe quatre grands axes. Le premier est d’encourager les apprenants à prendre la parole et à s’approprier les enjeux des transitions. Le second axe mobilise la communauté éducative, jusqu’aux équipes techniques qui, en cuisine notamment, peuvent décliner les transitions. Au troisième niveau, on trouve les ateliers technologiques et les exploitations agricoles des lycées qui sont des supports d’apprentissage, de démonstration et d’expérimentation ; de pratique et de collaborations avec les structures partenaires. Les établissements publics et privés ont dessiné un plan local EPA2 avec quatre leviers :

  • Préserver les ressources, de l‘air aux paysages en passant par la biodiversité, mais aussi l’eau ou l’énergie ;
  • Produire et transformer autrement dans une perspective de durabilité avec l’agroforesterie, le bien-être animal, le développement de l’autonomie fourragère et l’économie d’intrants phytosanitaires et/ou vétérinaires. Développer également les signes d’identification de qualité ;
  • La consommation : certains établissements développent une restauration collective, en particulier avec les circuits courts ;
  • Former les citoyens et producteurs d’aujourd’hui et demain en les encourageants à débattre sur des sujets de controverse et à prendre des initiatives, à gérer des projets et coopératives.

Et alors que Cyril Bon, de la Draaf, nous expose ce plan, un représentant de la profession agricole prend la parole pour interpeller enseignants et élus présents : « Je voudrais, en tant que représentant de la profession agricole, attirer l’attention sur le fait qu’il nous semble que le discours véhiculé dans un certain nombre d’établissements a tendance à privilégier une des deux jambes de la transition par rapport à l’autre. Face aux changements climatiques actuels, nous avons deux jambes. La première consiste à agir en amont, pour ne pas amplifier les changements, la seconde consiste à agir en aval, de manière à s’adapter. On a l’impression que certains enseignants insistent beaucoup sur la première jambe et oublier un peu la deuxième ». Réponse de la communauté enseignante : « sur ces questions de postures, il y a du travail de fait de la part des enseignants. C’est primordial de pouvoir accrocher tous les élèves pour les aider à rentrer sur ces questions-là, sinon ils sont butés et on ne peut plus travailler avec eux. On utilise aussi des grilles d’analyse des concepts permettant sur ce qu’on attend par durabilité, allant de la durabilité faible à la durabilité forte qui interpelle aussi du rapport qu’on peut avoir à la nature, la technique et à l’histoire. Il y a tout un tas de sujets développés depuis 2014 et on progresse. Des expérimentations, des outils, des repères existent ». Pour conclure, l’intervenant en question ajoute : « J’ai beaucoup apprécié que vous invitiez les étudiants à débattre de sujets de controverse. Il est important que l’on donne à l’opinion publique des éléments, de manière à ce qu’ils puissent construire, dans un débat contradictoire, leur propre vision ».

La Région engagée sur le fond 

Marie-Jeanne Forte-Muller, directrice Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la forêt, a rappelé que pour « consolider la souveraineté alimentaire de la France, il faut assurer un renouvellement considérable des générations d’actifs en agriculture, sur l’ensemble des métiers para-agricoles, en les préparant aux transitions agroécologiques et climatiques ». Alors que l’on arrive à la fin d’EPA2, la Région vise à formaliser et à valoriser les expériences collectives de formation aux transitions et d’agroécologie. Expériences qui ont pris vie dans les établissements durant ces dernières années, il s’agit maintenant de les mutualiser au sein de la communauté éducative. « La question des transitions embarque bien au-delà de la stricte sphère du ministère de l’Agriculture. […] La question des transitions suppose de nouvelles compétences professionnelles attendues sur le terrain. La proximité du Vitilab de Mâcon-Davayé nous rappelle aussi la nécessité d’expérimenter et d’innover », conclut-elle.
De son côté, Océane Godard, vice-présidente du Conseil régional en charge des lycées, de l’offre de formation, de l’apprentissage et de l’orientation, a, elle aussi, insisté sur la nécessité de travailler ensemble, avec les autorités académiques notamment, sous le regard du recteur Pierre N’Gahane. Elle est également revenue sur les “écolycées” puisque l’un des objectifs de la Région est d’avoir 100 % de lycées agricoles labellisés d’ici à la fin de l’année. Elle a également souligné l’enjeu du renouvellement des générations. « Il nous faut former, accompagner les besoins en compétences, les transitions autour de la production, notamment, et sur le fait de produire autrement. Tout cela induit un autre enjeu, celui de l’attractivité des métiers ».