Viticulture
La France peine à exporter

Selon une récente étude d’Agreste, les exportations françaises sont inférieures en ce début d’année 2024 à ce qu’elles étaient il y a un an. Les stocks grossissent, faisant chuter les prix et mettant en péril de nombreuses exploitations. 

La France peine à exporter

La baisse de la consommation de vins en France n’explique pas tout, même si elle représente une partie du problème. S’il reste, avec plus de trois milliards de bouteilles consommées par an, le deuxième pays consommateur de vin dans le monde, derrière des États-Unis, notre pays a vu sa consommation décroître au fil des ans, passant de 100 litres par habitant en 1975 à 40 litres aujourd’hui. En 2022, les consommateurs réguliers de vin en France représentent 11 % de la population, en baisse de cinq points par rapport à une précédente étude de 2015. En 1980, les consommateurs réguliers représentaient la moitié de la population nationale. Dans le même temps, la production elle-même a chuté, passant de 82 millions d’hectolitres (Mhl) en 1975 à 48 Mhl l’an dernier. Le millésime 2023 affiche cependant « une croissance de +4 % par rapport à 2022 et de +8 % par rapport à la moyenne quinquennale 2018-2022 », souligne Agreste.

Recul en Chine

Si cette augmentation s’inscrit sur fond de diminution des récoltes mondiales, les exportations de notre production sont surtout à la peine sur les cinq premiers mois de la campagne (août-décembre 2023). Selon le service statistique du ministère de l’Agriculture, les ventes à l’étranger (hors spiritueux) « s’effritent nettement en volume (- 14 %) comme en valeur (- 10 %) par rapport à la même période de 2022. Toutes les catégories de vins sont touchées, notamment les AOP et le Champagne ». Ainsi, les exportations de vins AOP diminuent aussi bien en volume (- 16 %) qu’en valeur (- 12 %), principalement en Chine (-28 %). « En particulier, les ventes de Bordeaux, pour lesquelles la Chine constitue le premier marché, reculent de 26 % sur un an », analyse Agreste. D’une manière globale, depuis 2017, l’ensemble des importations de vins français en Chine ont chuté de 55 % en volume. La tendance est identique au Japon où les ventes françaises dévissent de - 28 % en volume et de - 20 % en valeur par rapport au début de la campagne de commercialisation de 2022. En Europe aussi, dans un contexte d’inflation généralisée, les vins français sont boudés par les consommateurs britanniques : -7 % en volume et -11 % en valeur.

1,66 euro la bouteille

Le champagne et le cognac, deux valeurs phares du savoir-faire viticole français sont également touchés : Pour le premier, le recul touche les principaux pays clients de la France : les États-Unis (- 22 %), le Japon (- 40 %) et le Royaume-Uni (- 4 %). L’érosion globale est cependant moins forte en valeur (- 9 %). Quant aux volumes exportés (469.000 hl) de cognac, ils diminuent de 18 % par rapport à la même période de 2022, tant en volume qu’en valeur. Les ventes en volume diminuent vers les États-Unis (-35 %), l’Allemagne (-25 %) et le Royaume-Uni (- 6 %). Avec une hausse de la production et des exportations en baisse, les disponibilités de vins (stocks) en début de campagne de commercialisation 2023-2024 atteignent 64 Mhl et sont supérieures de 3 % à celles de l’an dernier (+ 1,6 Mhl), indique Agreste. Conséquence de la conséquence, le prix du vin s’effondre par endroits, comme dans le Bordelais où le jeu de l’offre et de la demande amène des grands distributeurs à brader les bouteilles à 1,66 euro la bouteille comme dans le Carrefour de Lormont (Gironde). « En dessous de 3 euros, le prix de la bouteille est inférieur au coût de production du vin de Bordeaux. Sans vin, une bouteille nue coûte déjà 1,10 euro à un viticulteur », a ainsi alerté Serge Bergeon, secrétaire général de la FNSEA 33 qui a parlé de dénigrement du travail et de « massacre opéré par les foires aux vins proposant des prix aussi indécents ».