Louis Collaudin
Un grand homme s’est éteint

Marc Labille
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Le 6 juillet dernier, Louis Collaudin s’est éteint à l’âge de 89 ans. Ancien agriculteur à La Clayette, c’est une figure du monde agricole qui disparaît. Son parcours consacré à la cause collective fait de lui un acteur privilégié de la métamorphose agricole qui s’est opérée des années cinquante à 2000. Une expérience unique qu’il avait annotée dans un recueil de souvenirs détenu par ses proches, et qui permet aujourd’hui de lui rendre hommage à travers quelques évènements clés de sa fructueuse vie professionnelle.

Issu d’une famille de dix enfants, Louis Collaudin a grandi dans la ferme du château de La Clayette. Au début des années 1950, elle était tenue par Louis et deux de ses frères aînés. Dans ce secteur aux confins du Brionnais et du Piémont, la pression foncière a été le moteur d’une nécessaire diversification des exploitations. En 1951, la famille Collaudin créa l’un des tout premiers poulaillers de la région en plus des productions vivrières habituelles de l’époque. Après des débuts comme aide familial, le jeune Louis Collaudin s’installa en 1957, deux ans après le décès de son père. Marié en 1959 avec Claire Merle de son nom de jeune fille, ils eurent quatre enfants. 

La ferme familiale est devenue le Gaec de la Segaude en 1966. C’était le cinquième Gaec du département. En 1968, avec un Gaec voisin, les deux structures se sont lancées dans la commercialisation de leur lait en berlingots dans les nouvelles supérettes locales… En 1970, le Gaec de la Segaude adhérait au tout nouveau groupement de Paray pour sa production de bovins charolais. L’atelier lait s’équipa de sa première trayeuse en 1955. Une étable à pipeline fut construite en 1966… et depuis 2009, le Gaec de la Segaude possède un robot de traite. Aujourd’hui, le Gaec repose toujours sur ses trois productions historiques avec un troupeau laitier, des poulaillers label et des vaches allaitantes.

Un peu à l’image du modèle breton, le secteur de la Clayette, pourtant moins bien loti que le tout proche Charolais-Brionnais, a su tirer profit de ses handicaps en misant sur le progrès collectif et l’innovation. Il a été le premier territoire de Saône-et-Loire à accueillir un technicien de chambre d’agriculture ! Tous les deux ans, une journée de démonstration agricole était organisée dans le parc du château de la Clayette. C’est ainsi que les paysans de la région se sont ouverts aux évolutions de l’agriculture (maïs ensilage, mécanisation, etc.).

Indiscutablement, Louis Collaudin a été un acteur décisif de cette mutation. Bien qu’ayant dû commencer à travailler dès l’âge de 14 ans, le jeune agriculteur s’est formé par correspondance grâce aux cours dispensés à l’époque par les organisations du Sud-Est. Tandis qu’il prenait part, avec ses associés, au développement de son Gaec, Louis a été très actif dans la création et l’animation d’une Cuma cantonale. 

Parallèlement à son implication au sein de sa propre exploitation, Louis Collaudin a constamment été engagé dans la cause collective. Toute son action aura été guidée par la doctrine acquise dans les rangs de la Jac (Jeunesse agricole chrétienne) dont il a fait partie dès 1946. Ces premières années de dévotion aux valeurs de solidarité et de progrès auront été fondatrices pour le jeune Louis. C’est avec ces valeurs chevillées au corps qu’il a participé à la fondation du Centre cantonal des Jeunes agriculteurs en 1954 avant de devenir président du CDJA de 1964 à 1966. Cette entrée dans le militantisme syndical s’est poursuivie au sein de la FDSEA dont il a été administrateur de 1964 à 1995. Nommé administrateur de la FNB en 1968, il a participé à la création de la section bovine de Saône-et-Loire dont il a été le premier président de 1969 à 1977. La défense des intérêts du secteur allaitant pouvait enfin rattraper son retard par rapport aux autres grandes productions nationales. Élu secrétaire général de la FNB en 1975, Louis Collaudin en devint le président en 1984 jusqu’en 1990.

Parallèlement à ces fonctions syndicales nationales, l’agriculteur de La Clayette a été membre de Chambre et président de l’EDE. Louis Collaudin a été président de l’Iteb (Institut de l’élevage) ainsi que du conseil de direction de l’Ofival. Il a également été membre du Copa et administrateur au Crédit Agricole jusqu’en 1997.

La fin de ses mandats professionnels au milieu des années 1990 ne l’a pas empêché de continuer de s’engager pour sa commune. Et son attachement aux valeurs collectives a une nouvelle fois guidé son action, le voyant œuvrer pour l’adhésion de La Clayette à la communauté de communes du Pays Clayettois en 2001. 

L’ancien militant des Jeunesses agricoles chrétiennes s’est tout naturellement engagé au sein d’Afdi ainsi que du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement). Il a été actif au sein de l’association Chrétiens dans le monde rural…

Ce parcours impressionnant dépeint une dévotion qui dépasse de loin l’intérêt strictement professionnel. Pétri des valeurs fondatrices qui ont permis aux campagnes de se moderniser dans la solidarité, et luttant constamment contre les divisions, Louis Collaudin incarnait un engagement au service des autres et rien qu’au service des autres. Une mission complètement désintéressée. Avec comme seules ambitions le partage, l’entraide, l’équité, l’ouverture aux autres.